LIVRE I. SECTION II
va penser que tous les gens riches se porteront à quelques travaux, comme les orangeries et serres chaudes, les parterres et vergers. Il n'en sera rien; les riches comme les pauvres s'adonneront à toute sorte de travaux , parce qu'on s'enrôle en Harmonie à une quarantaine de sectes. On va voir, aux deux sections de l'éducation, qu'il existera des appâts suffisants dans chaque industrie pour y attirer quelques riches; donnons-en provisoirement les indices.
Si l'éducation civilisée développait , dans chaque enfant, ses penchants naturels, on verrait presque tous les enfants riches se passionner pour divers travaux très-populaires, tels que maçonnerie, charpente, forge , sellerie. J'ai cité Louis XYI qui aimait l'état de serrurier : un Infant d'Espagne préférait celui de cordonnier; tel roi de Danemark se plaisait à fabriquer des seringues; l'ancien roi de Psaples aimait à vendre lui-même , au marché , lô poisson de sa pèche ; le prince de Parme , élevé par Condillac aux subtilités métaphysiques , aux perceptions d'intuition de cognition, n'avait de goût que pour l'état de marguillier et frère lai.
La grande majorité des enfants riches donnerait dans ces goûts vulgaires, si l'éducation civilisée n'en contrariait pas le développement , et si la saleté des ateliers et la grossièreté des ouvriers ne créait des répugnances plus fortes que les attractions. Quel est l'enfant de prince qui n'ait du goût pour l'une des quatre fonctions que je viens de citer, maçon, menuisier, forgeron, sellier, et qui n'y fît des progrès, s'il voyait dès son bas âge ce travail exercé dans de brillants ateliers, par des gens polis, qui ménageraient toujours aux enfants un atelier miniature , avec de menus outils et de menus travaux?
Chaque Série industrielle doit disposer, dans le Sérislère , un local pour les bambins et chérubins qui voudront mordre à l'hameçon. Ces enfants y rencontrent quelque doyen de l'art, tiré des trois tribus de Révérends, 14, Vénérables , \o, et Patriarches, 16, qui se plaît à les former au travail. L'atelier est distingué en espèces et variétés : si c'est une secte de forge , son Séristére ou salle générale de Série contiendra des salles de genre, pour serruriers, maréchaux et forgerons ; puis dans chaque salle, des ateliers d'espèce pour les subdivisions; et partout, l'ateHer minime ou miniature, destiné aux petits enfants. Ces salles seront tenues, sinon avec magnificence, au moins avec propreté et méthode.
■ On sait qu'un groupe d'enfants ne cherche pas le luxe des édifices; il préférera aux lambris dorés de petites truelles et petites gûches, avec un petit tas de mortier à broyer ; une menue forge et de menues enclumes qu'on lui ménagera à côté des lignes de grands forgerons. Ces enfants seront triomphants de pouvoir fournir quelqu'une des pièces d'un ouvrage fabriqué à leurs côtés dans le grand atelier; en outre, ils auront pour véhicule d'émulation l'aspect d'enfants plus grands, âgés de 6, 8 et iO ans , et exerçant déjà dans quelques travaux de la forge.
Un appât aux enfants comme aux pères sera le luxe de chaque Série en parade. Celle des forgerons paraît aux jours de sa fêle en costume de Cyclopes; elle figure ainsi sur le théâtre de sa Phalange : ses salles représentent des antres effrayants , qui plairont aux enfants mieux que les meubles somptueux d'un salon.
En exerçant ainsi les enfants en bas âge , on leur ménage toujours un levier d'amour-propre , une portion