‹ Œuvres complètes (volume 5)Chapitre 277 sur 298 · LIVRE I. SECTION II · texte numérisé non relu

LIVRE I. SECTION II

fortune dès l'âge de 40 ans, ce qui est infiniment difficile on civilisation.

Mais si on arrivait à la grande fortune de bonne heure, à 20 ans , sans versement de capitaux et sans autre effort que de se livrer immodérément aux plaisirs de toute espèce, le charme serait double , il y aurait prodige de faire grande récolle sans semailles apparentes, et prodige d'obtenir la fortune par l'exercice des plaisirs qui, en civilisation , la font perdre si souvent à qui la possède.

Chacun en Harmonie voit s'opérer en sa faveur ce double miracle. En effet, les travaux y étant transformés en plaisirs lucratifs et attrayants, chacun arrive à la fortune par l'exercice des plaisirs; et on y arrive de bonne heure , à 20 ans , à i 0 et à 5 , puisqu'un Harmonien jouit de tous les biens enviés par nos gens opulents. La bonne chère, les chevaux , les voitures, les meutes, les spectacles et fêtes continuelles, sont en Harmonie l'apanage du plus pauvre des êtres; et comme tout plaisir y est payé, parce qu'il est utilisé en système général, comme on paie en dividende proportionnel les groupes qui s'adonnent à la chasse , à la musique , aussi bien que ceux qui exercent à la charrue devenue attrayante , il arrive :

40. Que l'Harmonien, dès son jeune âge, recueille sans semailles, puisqu'il n'a songé qu'à se divertir.

2°. Qu'il s'enrichit par l'exercice de ces nombreux plaisirs qui aujourd'hui le ruineraient en peu de temps.

C'est donc en sa faveur [un charme composé et non pas simple], un double prodige permanent sous le rapport de la richesse. Passons à d'autres miracles composés.

20. Double prodige en santé. Il est de règle parmi nous, qu'on doit user modérément des plaisirs, afin de ménager le corps; et l'on regarde comme prodige l'a-

vantage bien rare de conserver la santé en se vautrant dans la débauche. L'antiquité s'étonna de ce que JNéron conservait une pleine vigueur, après 18 ans d'excès habituels.

Si cet usage immodéré des plaisirs devenait voie de santé , si celui qui s'adonnerait le plus aux jouissances quelconques, devenait l'homme le plus robuste, un tel effet serait double prodige tout à fait inconcevable dans les mœurs civilisées, où chaque plaisir entraîne communément à des excès qui compromettent la santé; tandis que dans les Séries pass., où il existe partout des contrepoids fondés sur la variété de jouissances, chacun gagne en vigueur à proportion de son activité à figurer dans les plaisirs de toute espèce.

Démontrons : l'homme qui aura parcouru dans le cours de la journée * trente » sortes de jouissances, aura donné à chacune « environ » une demi-heure. Celui qui n'en aura parcouru que « quinze » , y aura donné le double de temps , environ une heure à chaque.

Il est évident que celui qui n'aura donné qu'environ une demi-heure à chaque plaisir, aura beaucoup moins abusé, moins commis d'excès, que celui qui donnant une heure à chaque séance , n'aura goûté dans sa journée que « quinze » plaisirs au lieu de « trente. »

Si vingt hommes se plaignent d'indigestion, le lendemain d'un grand repas, on peut assurer que dix-neuf d'entre eux auraient échappé à l'indigestion, si le repas eût duré moitié moins. Les généraux d'Alexandre firent une orgie d'ivrognerie et gloutonnerie à la suite de laquelle 42 d'entre eux moururent le lendemain ; cette orgie avait duré toute la nuit. Chacun pensera que si l'orgie n'eût duré que le quart du temps, il n'en serait pas mort un

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