LIVRE I. SECTION If. 55i
seul ; car ou aurait évité les grands excès qui , d'ordinaire, n'ont lieu qu'à la fin du repas, et dans les séances trop longtemps prolongées.
En parlant de ce principe , on doit conclure que plus les plaisirs seront nombreux et fréquemment variés , moins on pourra en abuser ; car les plaisirs, comme les Iravaux , deviennent gage de santé quand on en use modérément. Un dîné d'une heure, varié par des conversations animées qui préviennent la précipitation et la gloutonnerie , sera nécessairement modéré , servant à réparer et augmenter les forces, qu'userait un long repas sujet aux excès, comme les grands dînes de civilisation.
L'Harmonie qui présentera , surtout aux gens riches, des options de plaisirs d'heure en heure , et même de quart d'heure en quart d'heure, préviendra donc tous les excès par le seul fait de la multiplicité des jouissances ; leur succession fréquente sera un gage de modération et de santé. Dès lors chacun aura gagné en vigueur, à proportion du nombre de ses amusements. Effet opposé à ceux du mécanisme civilisé , où la classe la plus voluptueuse est partout la plus tôt dépourvue de vigueur. On ne doit pas en accuser les plaisirs , mais seulement la rareté de plaisirs, d'où naît l'excès qui semble autoriser les moralistes à condamner la vie épicurienne.
L'ordre sanitaire, ou équilibre et modération dans l'usage de nos sens, naîtra donc de l'aflluence même des plaisirs, aujourd'hui si pernicieux par les excès que provoque leur rareté. Un tel résultat sera double prodige, charme composé permanent, relativement à la santé.
10. Il transformera en gage de vigueur cette vie épicurienne qui, dans l'état actuel, est voie de perdition, tant de la santé que de la fortune.
â**. En prodiguant aux riches ces alternats continuels de plaisirs , il transformera en voie de santé la richesse , qui aujourd'hui n'est communément que voie d'affaiblissement; car la classe riche est toujours la plus sujette aux maladies; témoins les gouttes, rhumatismes et autres maux qui s'acharnent sur le prélat et le ministre, et n'entrent pas dans la cabane du paysan, où d'autres maladies, comme les fièvres , ne pénètrent que par excès de travail et non de plaisir.
Ici se trouve résolu le problème posé (534) sur la goutte et les germes de maladies à transformer en germes de vigueur. La Goutte ne provient que des abus de bonne chère et autres jouissances ; elle rentre dans la théorie d'équilibre sanitaire que je viens de décrire, et qui fondant les contre-poids sur l'afjluence et la rapide succession des plaisirs , métamorphose en gage de santé toute jouissance dont l'abus est germe de maladie en civilisation.
30. Double prodige en mécanisme. Je l'ai déjà énoncé : c'est la propriété qu'ont les Séries pass. d'élever les économies en raison de la multiplicité des caprices et raffinements sensuels.
On a vu , à l'article boulangerie (page 596), qu'une Phalange peut fabriquer trente sortes de pain à moins de frais qu'un seul pain qui, par sa monalité d'espèce, aurait le vice de ne point exciter les rivalités cabalistiques, €t qui par suite ne répandrait aucun charme sur les travaux, ne mettrait pas en jeu les leviers économiques de l'Attraction.
Nous regarderions déjà comme prodige économique, l'art de mener un train de vie fastueux, sans dépenser plus que si on vivait dans la médiocrité; que sera-ce de