PREMIÈRE PARTIE. NOTICE II. 23i
taires : enfin , qu'on les a leurrés, qu'on n'a cherché qu'à esquiver les études urgentes.
Après tout , quels sont nos trophées sur le point le plus important, sur l'élude de l'homme? Au lieu de l'élever au bien-être, nous n'avons su que l'assujettir à l'esclavage matériel et sexuel chez les barbares; puis à l'esclavage politique chez les civilisés , où il est doublement asservi à l'argent; directement, par les privations qu'il endure s'il manque de ce métal; indirectement, par la défaveur qui pèse sur le pauvre , et par les bassesses auxquelles il est réduit s'il veut échapper à l'indigence. Voilà donc l'homme social en servitude bi-composée : c'est la meilleure réponse à faire à nos discoureurs sur la liberté.
Lorsque les sciences ont conduit l'espèce humaine à cet excès d'avilissement , n'est-il pas évident qu'elle est leur dupe , et que loin d'avoir fait quelques pas vers le bonheur, tout lui reste à désirer? C'est sur quoi je vais deviser , dans une bluette qui servira d'acheminement à la 3^. Notice.
TRANS-MÈDIXNTE.
Aux Amis du Plaisir. — Les trois Souhaits.
C'est une fable renouvelée des Grecs. Si je !a traite d'une manière neuve , elle fera une petite diversion aux fadeurs mercantiles , sur lesquelles il a fallu préluder jusqu'à plus ample informé (9". section ).
Aux mille et une définitions du bonheur , je dois d'abord ajouter la mienne , et je le définis , essor continu des douze passions radicales.
Cet essor étant impossible en Civilisation, et la politique étant obligée de réprimer en tout sens les passions, personne n'ose donner la vraie définition du bonheur, mais chacun sait en deviner la voie", chacun s'efforce de satisfaire ses passions, et nous estimons heureux celui qui les satisfait le mieux; c^esl bien jugé : mais pour arriver au bonheur collectif, il reste à trouver le moyen de satisfaire les passions de tout le monde.
Si les Dieux permettaient à tous les mortels de former trois souhaits, quels seraient les vœux les plus unanimes, ceux des sages mêmes? Il est facile de les déterminer;
1°. Richesse. 2°. Vigueur. 3°. Longévité,
^ Et la sagesse pour user con'. enablement de tant de biens.
Voilà donc les irois gages du bonheur , selon nos désirs. On avoue qu'ils sont subordonnés au sage emploi, car l'abus de l'un détruirait l'autre: or, celte sagesse est précisément ce que les Dieut ne pourraient pas nous accorder en Cii'ilisation : il ne peut y exister aucune balance dans l'exercice des plaisirs; ils y sont distribués de manière à blaser promptemenl les sens et l'âme, provoquer les excès , compromettre la santé et se neutraliser l'un par l'autre.
L'effet est visible chez les riches civilisés, la plupart assaillis de maladies à 1 âge où le villageois est en pleine vigueur: on les voit, même en santé, se plaindre encore de satiété et de vide. L'un manque d'appétit dans les festins; l'autre ne trouve plus dans les amours le charme des premières années; les plans d'ambition, les liens de famille, tout trahit leurs espérances : enfin , leurs sens et leurs âmes sont de bonne heure émoussés.