La matière , principe passif et mu
3. Les mathématiques, principe neutre et arbitral. Dieu se trouve en scission avec les deux autres principes, s'il a destiné irrévocablement le deuxième, la matière, aux conflits, intempéries, congélations polaires et ravages des hommes et des animaux. Si ce chaos actuel du globe est le dessein ultérieur de Dieu, il régit donc la matière contradictoircment aux lois du troisième principe, des mathématiques, où lui-môme ayant puisé des lois d'harmonie pour les astres, aurait dû les appliquer à établir l'harmonie dans les relations matérielles de l'homme et des éléments.
Cette série de griefs contrevient en tout sens aux attributions de Dieu , déjà énoncées (245 ).
A'.iribution radicale. A Direction intégrale du mouvement par Attraction dans toutes ses branches.
;• Économie de ressorts.
"^primateT j JusUce distributive.
{ Universalité de Providence.
Aiiribution piiouie. ^ Unité de Système.
J'ai exposé les torts dont Dieu serait coupable, s'il eût manqué à composer pour nous un code social passionnel, coordonné aux mathématiques , et interprété par synthèse de l'Attraction.
J'ai réduit ces torts à un canevas de seize griefs; un xiutre en pourra doubler et tripler le nombre; il suffit de ceux qui sont énumérés ici , pour appuyer la thèse posée dans ce chapitre :
Que dans une accusation méthodique de Dieu, tous les griefs retombent à la charge de la raison humaine, si on peut prouver que ce n'est pas Dieu qui a négligé de composer pour nos relations un code unitaire , mais que c'est la fausse raison ou Philosophie qui s'est refusée obstinément à toute recherche de ce code.
Raisonnons ici comme si la découverte n'en était pas faite : la justification de Dieu serait déjà des plus faciles ; elle se fonde sur un moyen péremptoire, sur le refus d'exploration dont les hommes se sont rendus coupables. Dieu adhère volontiers à ce qu'on élève contre lui toutes ces accusations, et cent autres, sur la négligence de confection et révélation d'un code social; mais s'il y a pourvu avant même de créer l'espèce humaine, et s'il nous a donné dans l'Attraction passionnée un agent de révélation et d'impulsion permanente, sur qui retombent les divers chefs d'accusation, sinon sur les savants qui ont perdu 25
Pt\EMIÈRE PARTIE. NOTICE III. 267
siècles en controverse politique, sans daigner rechercher le code divin par le calcul analytique et synthétique de l'Attraction passionnelle; calcul dont on devait s'occuper dès les premiers siècles savants , ne fût-ce que par pure curiosité, et par règle d'exploration générale.
Ainsi l'accusation de Dieu, qui semble au premier coup d'oeil un acte d'impiété, devient par le fait l'acte le plus judicieux que puisse faire l'homme , en ce qu'elle amène le mis en cause de la fausse raison ou Philosophie , contradictoirement avec Dieu.
Les consciences timorées pourront craindre qu'un tel acte ne soit outrageant pour la Divinité , en la compromettant d'égal à égal avec la raison humaine. Dieu est inaccessible à ces petitesses; il est trop grand pour craindre de s'abaisser en daignant nous confondre, comme il arrivera toutes les fois qu'on voudra mettre en balance les torts apparents de Dieu et les torts réels de la raison humaine.
En accusant ostensiblement la Divinité dans ce débat, on n'accuse réellement que les sophistes ; car plus on aurait accumulé contre Dieu ces griefs dont il serait facile de doubler et tripler le nombre , plus il serait devenu incroyable que Dieu eût pu tomber dans cet océan de ridicules et d'absurdités, en négligeant la confection et révélation d'un code passionnel unitaire, et plus on aurait incliné à en faire la recherche et sommer la Philosophie d'y procéder.
L'accusation méthodique de Dieu, loin d'être un acte d'audace et d'irréligion, aurait donc été un acte de haute sagesse, en ce qu'elle aurait suffi à désabuser les hommes du préjugé qui nous ôte la foi et l'espérance en l'universalité de la Providence. On aurait conclu de ce débat,
qu'il devait exister un code divin; et sa découverte aurait suivi de près, dès qu'on aurait seulement admis en principe son existence.
Pouvait-on présumer que Dieu s'offensât d'une pareille accusation? L'administrateur qui a géré fidèlement, ne craint pas qu'on en vienne à une vérification de ses comptes : il est le premier à la provoquer, pour mettre au grand jour sa probité.
Telle est nécessairement l'opinion de Dieu : il a trop sagement organisé l'Univers matériel et passionnel, pour craindre qu'on critique ses méthodes et ses dispositions , qu'on s'enquiére des causes et des fins du mal apparent : loin de là; nous ne saurions faire de démarche plus flatteuse pour lui, que de sortir du système d'adoration servile et superstitieuse, de scruter sévèrement ses plans sur la distribution du mouvement et surtout des passions, pourvu toutefois que nous en agissions de même avec l'adversaire de Dieu, avec la Philosophie ou fausse raison qui, depuis la naissance des sociétés, s'est emparée de la régie du mouvement social, excluant Dieu d'y intervenir.
On ne peut donc pas accuser Dieu sans accuser en même temps la raison humaine. C'est le seul moyen de mettre en évidence la sagesse de Dieu, qui jusqu'ici est grièvement compromise aa\ yeux de l'humanité : elle ne sera régulièrement justifiée , qu'autant qu'on fera l'examen des devoirs de Dieu et de leur exécution, en faisant subir pareil examen à la raison humaine.
Le procès entre Dieu et le raison humaine se réduit aux deux points suivants :
Les devoirs de l'un sont de composer pour le genre humain un code passionnel attrayant, et de le lui révéler par interprétation permanente.
PREMlftRE PARTIE. NOTICE HI. 269
Les devoirs de l'autre sont de chercher ce code par étude analytique et synthétique de l'Attraction, et d'en faire l'examen critique et l'essai quand il est découvert.
Pour peu qu'on veuille examiner qui des deux a manqué à remplir sa lâche , la Philosophie sera d'emblée suspectée, et sommée de procéder à la recherche du code divin , à l'étude méthodique de l'Attraction passionnelle.
Tel est le résultat où nous auraient conduits nos scandales d'athéisme , si leurs auteurs n'eussent été des avortons en raisonnement et en caractère. Cette insurrection contre Dieu, qu'ont tentée les modernes, était peutêtre un effet de désespoir, chez un siècle fatigué de ses bévues et du désordre apparent de la nature. L'athéisme, tout odieux qu'il est , serait devenu une voie de découverte, si les Philosophes eussent été moins timides quant aux formes. S'ils s'étaient crus fondés dans leur agression contre Dieu, ils n'auraient pas craint d'établir le procès régulièrement, de tenter un engagement sérieux entre la raison et la Divinité, en débutant par un tableau détaillé des griefs et surtout des devoirs respectifs.
Et comme tout débat sur ce sujet, en nécessitant le mis en cause de la Philosophie, aurait fait planer le soupçon sur elle comme sur Dieu, et entraîné une vérification de l'accomplissement des devoirs, il est indubitable que la Philosophie aurait succombé par le seul fait de contravention à ses douze devoirs énoncés ioO, et notamment au devoir d'exploration générale, premier des douze.
Ainsi les extrêmes se touchent : ce mystère des destins sociaux , ce code unitaire à la découverte duquel on serait arrivé par la plénitude de foi et d'espérance en Dieu, on y serait arrivé de même par une accusation méthodique de la Divinité. Un tel acte, impie en apparence, aurait
conduit par voie inverse au même but où nous eût conduits , par voie directe, une foi raisonnée, une espérance ardente en la sagesse divine, et une exploration du code qu'on en devait attendre.
Nos philosophes, en athéisme comme en toutes choses, ont donc péché par simpHsme et petitesse. L'athéisme simple est une opinion hideuse; l'athéisme composé, ou suspicion de la Divinité et de la Raison humaine , eût été une conception très-heureuse et nullement déraisonnable; car il est conditionnel , et ne révoque en doute l'existence de Dieu que jusqu'à l'examen de son antagoniste la Philosophie, jusqu'à la vérification de ce qu'a fait chacun d'eux pour l'accomplissement de ses devoirs. Sous ce rapport, l'athéisme composé conduit au même but que la foi raisonnée, car tous deux provoquent l'élude régulière de l'Attraction.
Noire globe jusqu'ici n'a connu que la foi simple ou aveugle, attribuant le mouvement au pur caprice de la Divinité , sans intervention du principe mathématique ou arbitral.
Dans cette étude comme en toute autre, la Civilisation s'est perdue par le simplisme ; et avec ses subtiles théories sur la génération des idées , elle n'a jamais pu , dans ses études relatives à Dieu , l'Homme et l'Univers , s'élever à aucune idée composée, à aucune hypothèse d'unité et de lien universel. J'analyserai dans un chapitre spécial ce simplisme continu de la raison civilisée.
Les demi-mesures ne servent qu'à aggraver un mal : qu'on en juge par l'équipée de nos athées modernes , dont Ja demi-agression nous a éloignés de la découverte des lois de l'Attraction; tandis qu'un athéisme composé et méthodique nous aurait conduits directement à l'acçu-