‹ Œuvres complètesChapitre 20 sur 276 · Gymnastique ou mouvements mesurés · texte numérisé non relu

Gymnastique ou mouvements mesurés

7. Peinture ou [costumes et] ornements mesurés. >4. Mécanisme ou distribution géométrique mesurée.

L'opéra est donc l'assemblage de tous les accords matériels [du charme qui en résulte], et l'emblème actif de l'esprit de Dieu, ou esprit d'unité mesurée. Or, si l'éducation de l'enfant doit commencer par la culture du matériel, c'est en l'enrôlant de bonne heure à l'opéra (2) , qu'on pourra le familiariser avec toutes les branches d'u-

(i) On n'admet que peu ou point la gymnastique a Topera civilisé : elle est réputée genre populaire, et reléguée sur les petits théâtres. C'est dépravation de goût, et non pas raffinement. Toutes les harmonies matérielles sont nobles : mais comme les grotesques, funambules, sauteurs, etc., plaisent au peuple , ils ont du être disgraciés par la haute compagnie civilisée , qui répugne le peuple et ses goûts. La gymnastique rentrera en faveur dans un état de choses ou les grands et le peuple seront UNS par le ton et les manières.

(2) J'ai observé que la Phalange d'essai n'aura pas besoin d'un opéra dès le début. On ne pourrait pas l'organiser avec des paysans qui , excepté ceux de Bohême et d'Italie, ne savent que brailler et non chanter : mais ces êtres grossiers sont l'embryon de l'espèce humaine ; elle ne commencera a naître que dans la génération élevée en pleine Harmonie. C'est sur celle-là que nous devons spéculer. Traitons donc l'opéra comme objet de première nécessité pour les Harmoniens ; car, dès l'organisation sociétaire, on ne tardera pas deux ans à sentir le besoin indispensable de co spectacle pour l'éducation unitaire.

nité matérielle, d'où il s'élèvera facilement aux unités spirituelles.

Dans l'ordre civilisé , l'opéra, à supposer qu'il n'eiiat aucuns frais, serait un levier trè>-danuereux en éducation ; il ne convient point aujourd'hui de polir le peuple, mais d'entretenir la dissidence, la duplicité matérielle entra les classes riche et pauvre. L'opéra serait dangereux môme pour l'enfant riche, parce que cette réunion des beaux-arts excite à l'enthousiasme, aux idées nobles et néreuses qui naissent de la culture des arts : de telles impressions sont nuisibles à un enfant qui, au sortir de la , va rentrer dans le commerce d'un monde vil et perfide . L'enfant harmonien est exempt de ce danger; il ne ri du temple de justesse matérielle ou opéra, que pour rentrer dans un océan de justesse passionnelle, dans les Séries de groupes où il voit cfaaqs passMti coopérer aux accords sociaux , a la justice , à la vérité , à l'unité , dont l'opéra est le tableau. L'opéra formera donc les Iïarmoniens aux mœurs qu'ils devront pratiquer, et sons ce rapport il sera une boussole de sag< sse dans l'éducation, où il ne serait aujourd'hui qu'un fanal trompeur, qu'une voie d'égarement.

Objectera-t-on que ce serait élever tout le genre humain à l'état de comédien? il n'y aura plus de comédiens, quand tout le monde le I d'ailleurs . noire éduca-

tion civilisée Jbrme-t-elle autre chose que des arlequins sociaui , depuis les jongleries de probité eues les boom* jusqu'aux jongleries de c piété et fidélité » chei I femmes re système d'éducation n'engendre que d

histrion^ politiques et moraux , indignes même du nom de

tnédien , qui , d ma 1 1 rigoureuse acception , indique le peinire fidèle de la nature <-i de la vérité. Or, dcschanv*

pions de fausseté comme les civilisés , dont on aperçoit à chaque instant la duplicité , ne sont pas dignes du nom de comédiens, et ne méritent que celui d'histrions sociaux. [Laissons ces folles objections et venons au sujet.]

Aucun bambin n'est admis aux chœurs de chérubins , s'il n'a de l'aptitude à figurer dans quelque fonction d'opéra ; et, pour donner plus de relief à cet exercice, on en fait un accessoire du culte religieux, dont il relève le cérémonial par les hymnes et les manœuvres. On amène à l'opéra, mais en loge lointaine, les poupons , pour leur former l'oreille à la justesse : elle germe aisément chez le jeune âge.

L'opéra devient donc branche d'institution essentielle pour l'enfant du prince comme pour celui du berger. Le bambin s'y prête d'autant mieux , que l'opéra est souverainement attrayant pour lui. Rien ne plaît tant au jeune âge, que l'unité des évolutions et des chœurs, que les enchantements et les féeries : aussi est-on assuré que tous les enfants se porteront avec une ardeur fougueuse a ce genre d'exercices , et qu'on sera obligé , non pas de les attirer à l'opéra, mais de contenir leur impatience par des statuts d'admission très-rigoureux.

L'opéra n'étant parmi nous qu'une arène de galanterit et un appât à la dépense, il n'est pas étonnant qu'il soit réprouvé par la classe morale et religieuse ; mais il est, en Harmonie, une réunion amicale, non payante; il ne peut donner lieu à aucune intrigue vicieuse entre gens qui se rencontrent à chaque instant dans les divers travaux des séries industrielles.

Rassurons sur ce point certains lecteurs qui s'insurgeraient à l'idée de voir leur femme ou leur fille figurer dans une lésion théâtrale d'un millier de personnes, .le sais

comme eux ce qui résulte des réunions de comédie, même de celles d'amateurs; mais qu'ils attendent de connaître le régime de l'Harmonie , où , ni à l'opéra , ni ailleurs , les amours ne peuvent donner aucune inquiétude à père ni à mari. Ils auraient grand besoin de pareille sécurité en ci- \ilisation, où leurs précautions échouent si constamment contre les intrigues d'amour.

On ne saurait trop leur répéter , à ce sujet , que le mécanisme sociétaire les dégagera simultanément de deux épines bien embarrassantes pour les pères et les époux , de la difficile fonction de surveiller et contenir femmes et filles, et déjà corvée bien plus fâcheuse encore de leur procurer des établissements et leur donner des dots qui ne sont pas nécessaires en Harmonie. Peut-on faire deux promesses plus agréables aux pères et aux maris? point de dots à fournir , point de fraudes à redouter !

Venons à l'article de la dépense. Un opéra, dira-t-on, coûte au gouvernement des millions en construction , des millions d'entretien; et les Phalanges prétendraient en avoir un , même dans le plus pauvre canton! Sans doute, puisque c'est une semaille d'Harmonie et d'industrie , dont le produit doit être infiniment supérieur aux frais.

La construction est peu coûteuse pour 1rs Harmoniens, qui sont tous maçons, forgerons, charpentiers par attraction, dès le bas-âge. Il su (Tira qu'un canton riche ait construit sa salle, pour que les autres, par amourpropre, en veuillent faire autant. Qaanl à l'achat dos matériaux, les Harmoniens faisan! d'énormes bénéfices et jouissant d'un plein crédit , vu l'impossibilité dos banqueroutes , aucun canton ne sera gêné dans l'entreprise votée à l'unanimité, autant par spéculation d'intérêt que par plaisir el amour-propre. Toute Phalange aura «1rs groupes

de peintres et décorateurs, de mécaniciens, etc. : l'affaire ne coûtera donc en frais de façon, que le dividende réparti à la grande Série des constructeurs.

Ainsi, ce plaisir aujourd'hui réservé aux capitales et résidences royales deviendra celui des moindres cantons agricoles : chacun d'eux aura un opéra bien supérieur à ceux de Paris , Londres et Naples ; car chaque Phalange , même avant de recourir aux cohortes vicinales et aux légions de passage , aura environ 1200 acteurs à fournir, soit en scène, soit à l'orchestre et aux mécaniques; chaque Harmonien étant élevé dès le bas-âge sur ce théâtre, peut y tenir quelqu'emploi musical ou chorégraphique ; et sur ce point comme sur tout autre on verra se vérifier le principe déjà énoncé , c que le plus riche potentat ne » peut atteindre , en aucun genre, au degré de jouissances » où atteint le plus pauvre des hommes en Harmonie. »

Les fonctions théâtrales aujourd'hui si épineuses ne sont sujettes, en c Association > , à aucun des inconvénients actuels : on ne court le risque ni de sifflets, ni de critiques offensantes : la faculté de ne pas applaudir suffit à informer l'amateur du rang qu'il tient dans l'opinion. II n'y a que peu ou point de mauvais acteurs, parce que leur quantité immense oblige chacun à se restreindre à un petit nombre de pièces où il excelle.

Les champions médiocres sont bornés à s'essayer devant leur Phalange , dans la petite salle , et aux jours où il n'y a ni rassemblement extérieur, ni passage de légions ou caravanes. Si un individu n'excelle que dans 2 ou 3 pièces , il ne paraît que 2 ou 5 fois par an sur le théâtre ; et en d'autres moments il s'entremet dans les chœurs, l'orchestre, les danses, la peinture, les machines, etc.

Celle affluence de coopérateurs permet de varier a

S 2 ASSOCIATION C03IPOSÉE.

l'infini les répertoires, et en même temps l'unité de langage procure une multitude infinie d'acteurs , car un passage d'armée donne à une contrée cent mille acteurs ou actrices ; les llarmoniens étant tous nés sur les planches («), acteurs par enthousiasme, par habitude, et non par intérêt.

11 n\ a point de comédiens salariés dans l'Harmonie. Les Séries de l'opéra et des beaux-art^ y sont, comme toutes les autres, payées par un dividende sur le produit général. Les pères ainsi (pie les enfants, figurant sur le théâtre et s'en taisant une intrigue agréable, ne voudraient pas que cette fonction fût moins honorée que d'autres. Elle jouit, au contraire, d'un lustre immense, et détient une foie d'avancement à d'éminents empl

Envisagé quant à l'influence morale sur l'enfant , l'opère est une école de morale en image : c'est la qu'on élé\e la jeunesse a l'horreur de tout ce qui blesse la vérité, la justesse et l'unité; Aucune faveur ne peut excuser a l'opéra , celui qui est faux de la voix ou île la mesure .

(i) Dans Tordre sociétaire, on considérera comme estropie de ince L'enfant qui , à l'âge de s ans \h2 , n'aurait pas la jusl de voix, d'oreille et de mesure. Ce deTaut ne pourra guère avoir lieu, parer que les enfants seront clevc- (1rs le berceau dans les cbœan musicaux. Chaque groupe ayant ses cantates et hymnes de travail, les entonne en début et clôture de , comme

le BenedUUe et les Grâoet dans nos nom iam ha-

bitue* à ces concerts dès l'âge le plus tendre, ne peut manquer périr I» justesse d< voix et de mesure, et l'aptitude a figurer à l'opéra. Quanta la comédie, comme ■ l'Association donne un plein développement aacun de s' 'tout

Harmonien excelle nécessairement en quelqu de corn

au ti

du geste ou du pas. L'enfant d'un prince, dans les figures et les chœurs, est obligé de souffrir la vérité, et les critiques motivées de la masse. C'est à l'opéra qu'il apprend à se subordonner en tout mouvement aux convenances unitaires , aux accords généraux. L'opéra est donc l'école matérielle d'unité , justice et vérité : il est, sous ces rapports, l'image de l'esprit divin, le vrai sentier des « mœurs d'harmonie. »

C'est non-seulement en tableaux , mais aussi en relations sociales que l'opéra est sentier d'unité. Par exemple, en fait de langage, quelle honte pour les civilisés, qu'avec leurs jactances de perfectibilité ils ne puissent pas se comprendre de voisins à voisins, ni régulariser le langage, pas même de province à province d'un même empire , vivant depuis mille ans sous les mêmes lois!

C'est à l'habitude générale de la scène que les Harmoniens devront en grande partie l'unité de langage et même de prononciation réglée en congrès universel. Tout est lié dans le système des unités; le langage est le premier anneau de cette vaste chaîne : la duplicité actuelle du langage est le sceau de réprobation pour la sagesse philosophique. Où donc prétend-elle établir l'unité, si elle ne peut pas même l'introduire dans la première des relations sociales , celle du langage ?

Nous reviendrons sur l'excellence de l'opéra comme levier d'éducation et voie de lien amical entre tous les inégaux d'un canton. Avant d'insister sur ce sujet, il faut faire connaître plus amplement les Séries industrielles dont on retrouve l'emblème dans les Séries musicales et chorégraphiques. Aussi l'opéra sera-t-il chéri des Harmoniens, à titre d'image du régime social qui fera leur bonheur. Chez nous , il n'est qu'un tableau sans intérêt ,

sans analogie : notre système social n'établissant que le règne de toutes les duplicités politiques et inorales, quel charme peut nous offrir une image matérielle de toutes les unités , dont aucune, pas même celle de langage , ne nous est connue?

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