‹ Œuvres complètesChapitre 205 sur 276 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Engrenage îles Séries par la gastronomie cabalistique*

Dans le cours des sections précédentes et de la Préface, on a pu badiner sur une thèse plusieurs fois répétée et risible au premierabord; c'est (22 i) qu'en régime sociétaire la gourmandise est source de sagesse, de lumières et d'accords sociaux. Je puis donner sur cette étrange thèse les preuves les plus régulières.

Aucune passion n'a été plus mal envisagée que la gourmandise. Peut -on présumer que Dieu considère comme vice la passion à laquelle il a donné le plus d'empire ? (car il n'en esl point de plus généralement dominante sur le peuple.) D'autres passions, l'amour, l'ambition, exercent sur les âges adulte et viril beaucoup plus d'influence; mais la gourmandise ne perd jamais son empire sur les divers âges : elle est la plus permanente, la seule qui règne depuis le berceau jusqu'au terme delà vie. Déjà très-puissante sur la classe polie, elle règne en souveraine sur le peuple et sur les enfants, qu'on voit partout esclaves de la gueule. On voit le soldat faire des révolutions pour qui veut l'enivrer; et le sauvage, si dédaigneux pour les civilisés, s'associer à leur industrie moyennant un flacon d'eau-de-vie, leur vendre au besoin sa femme et sa fille pour quelques bouteilles de liqueurs fortes.

Dieu aurait-il asservi si impérieusement les humains à cette passion, s'il ne lui eût assigné un rôle éminent dans le mécanisme auquel il nous destine ? Et si ce mécanisme est celui de l'Attraction industrielle, ne doit-elle pas se lier intimement avec l'attr ac tion gastronomique dite gourmandise? En effet, c'est la gourmandise qui doit former le lien général des Séries industrielles, être l'âme de leurs intrigues émulativcs.

Dans l'état civilisé la gourmandise ne se lie pas à l'industrie. parce que le producteur manouvrier ne goûte pas des denrées exquises qu'il a cultivées ou manufacturées. Cette passion devient donc parmi nous l'attribut des oisifs; et par cela seul elle serait vicieuse, si elle ne l'était déjà par les dépenses elles excès qu'elle occasionne.

Dans l'état sociétaire fa gourmandise joue un rôle tout opposé:

5M section iv. — mh kXiSRH f.t uu.momks m i.'yttraction.

elle n'est plus récompense de l'oisiveté, mais de l'industrie; car le plus pauvre cultivateur y participe à la consommation des denrées précieuses. D'ailleurs elle n'influera que pour préserver à force de variété, et stimuler au travail m alliant les intrigues de consommation avec celles û*e production, préparation et distribution -,; 3 . Laproductionétantla plus importante des quafa d'abord le principe qui doit la dii si la généralisation de la

gourmandise. En effet :

Si on pouvait élever tout e genre humain aux raffinements gastronomiques, même sur les mets les plus communs, tels que choux et raves, W donner a chacun une aisance qui lui permit de refuser tout comestible médiocre en qualité ou en accommodage, il arriverail que chaque pays cultivé serait, au bout de quelques années, couvert «le productions ei quises; car 9 tramait au mnplacemenl desmédiocres, telles que melon- amers, pèches amères, que donnent certains terroirs où 11 n ne cultiverait ni le melon ni la pèche : tout canton solderait aux productions que son sol peut élever à la perfection; il rapporterait c> sur les lieux qui donnent de mauvaises qualités, ou bien il trait le local en forêt, en prairie artificielle ou antre emploi qui pût donner on produit dé bonne qualité. Ce n'est pas que les 5 ries passionnées ne consomment du commun en comestibles el en étoffes; mais elles veulent, même dans les ' communes, telles que Les fèves ot le gros drap, une qualité aussi parfaite que possible, conformément aux proportions que la nature a établii attraction manufacturière [voyez 152 .

Le principe d'où il faut partir, est qu'on anin ,

■ah d( V industrie i / ar <.i'iiji nec (t ra/l'uu nu ut

unioi ru hl< i consommai urst sur U s comestibles it vétt nu nlf, sur le mobilier et lesplaisirs. Ce principe est ri c< nnu par les moralistes mêmes ; car on voit les 1 1 lssiqi bs : oner i ontre le mau-

oût du public adonné aux mélodrames «•( aux monstmo; que dédaignerai! une société d'un goût épuré

point connue Bur tout autre, la morale est en i ontradiction avec elle-même, car elle aous veut raffinés wr la littérature et les arts; puis elle nous veut grossiers sur la branche essentielle du système social, celle des subsistances qui sont la partie d< lations I rmer VAUracUod industrielle, pour

n- répandre de là dans toutes les autres branches, Avinsi les moralistes, toujours malencontreux en théoi me en pratique,

ont appliqué le principe de perfectionnement, ou nécessité de goût raffiné, au dernier objet auquel on devait l'appliquer, aux beaux arts; et je les place au dernier échelon en politique sociale, parce que le raffinement qu'on y a introduit tombe dans double vice :

4° Il pervertit les arts mêmes qui, par spéculation mercantile . s'engagent de plus en plus dans les faux brillants, le romantique outré, les écarts de toute espèce; dépravation qui se communique au génie adonné plus que jamais à l'esprit de système, et au dédain de la nature ou attraction.

2° Si le raffinement règne plus ou moins dans les arts, il y est limité, il ne se répand point dans les relations primordiales, celles de consommation et préparation, d'où il se communiquerait à la production (139 et 22 \ . Ainsi la marche du bon goût ou raffinement est tout-à-fait faussée ou neutralisée par cette bévue morale qui veut le limiter aux arts avant de l'introduire en gastronomie, d'où il se répandrait partout, sauf emploi des Séries passionnées.

A l'appui de ce double grief, observons que Paris, qui est le foyer des beaux arts, est aussi le foyer du mauvais goût en gastronomie. Les Parisiens consomment indifféremment le bon ou le mauvais il; ; c'est une fourmilière de huit cent mille philosophes

(1) L'assertion pont sembler injurieuse aux Parisien?, je vais l'appuyer de bits décisifs.

Depuis 1826, les boulangers et pâtissiers de Paris ne font cuire qu'à demi toutes leurs pâtes. Pari- était doue bien Ignare en gastronomie, au temps où l'on faisait mire en plein le pain et la pâtisserie! Ce temps pourtant, celui des (iriniod et des Berchonx «lui se trouvent coupables 5e yasiro-àiicrie , si la mode aetue le est conforme aux saines doeti Faut-il dire le secret de cette monstruosité ? C'est que les pètes à demi cuit.-- conservent phis dVau, sont plus lourdes et se maintiennent mieux en eaa de mévente. Cette demi-caisson sert l'intérêt des man bands,mais non pas celui des consommateurs. Si les ï»;i ri s i« n< n'étaient pas van» en gastronomie, on aurait vu la grande majorité d'entre eux s'élever contre cette impertinence mercantile , et exiger une emeson suffisante ; maie on leur l'ait croire que c'est le bon genre , le genre angknt qui tient de Vuiitjiiis.

Kn i7:»7, on les habitua aussi, par mode anglaise, ;i manger de la viande I demie crue, avec fourchettes courbées à rebours et presque Impossible* a manier. C'est encore l'anglomanie qui les a habitués à ; crirean déjeuné les bons mets de leurs pays, et les remplacer par une vilenie qu'on appelle thé, drogue dont les anglais s'accomodent forcement , p. n e qulls n'ont ni bon \:n . ni bons nuits , à moins d'énorme dépense Hssonl réduits au thé. comme les malades, el aubeurre, comme lits enfans à qui une mère pauvre donne une rôtie de beurre.

25ô SECTION IV. — Ml .« \NISML LT HARMONIES Dt L* ATTRACTION.

qui ne se nourrissent que {»"iir modérer leur.- passions et favorise: L'astuce de- marchands par une Bervile résignation à toutes le> fraudes, à tous les poisons qu'il plait au commerce d'inventer.

Un autre genre de dépravation particulier à la France, et qui esl encore d'origine parisienne, c'est le dédain du sexe féminin pour la gastronomie, dédain qui va croissant. Ce sera un trèsgrand Nice au début de l'harmonie ; car on ne peut pas -îuiiner vivement pour les cultures, épouser a\ec ardeur les intrigues - si on ne se | assionne pas en gastronomie, voie initiale d'Attraction industrielle. Des piedicants de morale et de bon ton persuadent aux daines françaises que la gourmande une passion de mauvais genre; il faudra qu'elles changent de thème en harmonie, qu'elle- s élèvent au raffinement cabalistique, au moins sur les dix passions permises par les coutumes civilisées. Le sexe féminin est moins vicié en Allemagne, il -y livre plus franchement à la gourmandise, même sur les vins, que le beau e français tient à honneur de mépriser.

Tous ces goûts de modération ne sont que Ira menl de

la nature : elle a ménagé, en come-Iibles solide- ou Liquides, un liment propre a passionner les trois BOXeS : et de plus un engrenage de goûts, engageant dans les goûts mâles un huitième de femmes, et clans Les goûts féminins un huitième d'hommes. Cet

Peut-on nommer astronomes des êtres sans gooi pnmoncjé, dociles à toutes les sottes Idées que leur suggère la mode, l'astuce mercantile? Témoin la vogue de la colle rance nommée i ermickeUi , qui est devenu poupe générale I Paris , parce qu'elle fait gagner L'épicier et épargne du temps a l.i cuisinière. Voilà le savo r des parisiens en gastronomie , la docilité à tout fripon qui veut les duper ; aussi ne voit-on nulle part tant de falsifications des liquides, \ in . vinaigre , liqueur- , bine , lait , huile, sucre, etc. : leurs viandes sonl échauffées et infectées par les courses rorcées de ranimai a qui le marchand veut faire sauter une étape; leurs herb Imprégnés du parfum «le certaine denrée dont on fume

rdlns de la banlieue ; ils ont quelque l*»ns fruits parée que le commerce ne peut pas Les falsifier comme leurs vins, (abriqu l*>is de teinture , potasse . Qthargc . lie , esprit 8 0 . \ in cuit , m< glisse . miel alun , Iris et autres poisons mercantiles dont le \ vm de Languedoc St.-Oilles. Du reste, leurs cultivateurs sont Ignares

10 point de gâter la moitié des pommes de terre des le jour de la récolte : sur vingt paniers pris au marché . vous en Irouverei dix Immangeable? par amertume , aigreur, ! Bst-U de nation plus profane, plus

vandale en gastioiiocniefCn entant de & ans, élevé en harmonie, trouverait (inquanie fautes choquantes su dîné d'un sol-d itronome ds Parte. (jus ('ir,> de leurs autres anglomanies , leur écriture où on ne Voit que des u , uuuuuuuuuuu

engrenage exisle quoique déguisé. Je connais une demoiselle de neuf ans qui aime beaucoup l'ail et mange des gousses d'ail avec avidité. Sans doute à quinze ans elle se sevrera de ce régal; mais il prouve qu'en dépit des arrêts de la mode, les femmes sont pourvues, en proportion convenable, de tous les goûts nécessaires à l'engrenage des Séries passionnées, selon les règles posées en 1re section.

Il faudra donc développer ces goûts dans la phalange d'essai, faire éclore chez les femmes leurs penchants naturels souvent fort opposés au bon ton. Ce sera d'abord sur la gastronomie qu'il faudra les rappeler à la nature, si l'on veut atteindre sans délai à l'engrenage des séries industrielles et à l'équilibre des passions. Une jeune fille aime l'ail en dépit des plaisants ; spéculez sur ce goût pour un engrenage double, il peut opérer:

4° L'alliage des sexes dans une série; car la série qui cultivera les légumes bulbeux, oignon, ail, échalotte, porreau, ciboule, sera communément masculine. Il faut, par engrenage, y introduire au moins I/8 de femmes; et c'est dans le bas âge qu'il faut les chercher, car ce n'est guère à seize ans que les filles prennent goût a l'ail.

L'alliage des travaux chez l'individu. Telle jeune fille aime l'ail et n'aime pas étudier la grammaire. Ses parents voudront qu'elle renonce à l'ail et qu'elle s'adonne à l'étude; c'est doublement contrarier son naturel ; cherchez plutôt à le développer en double sens. Apres l'avoir mise en liaison cabalistique à table et au jardin avec les amateurs de l'ail, patentez-lui l'Ode en l'honneur de l'ail, par M. Marcellus : elle s'empressera de la lire, si elle est vivement piquée contre les détracteurs de l'ail. Profitez de cette lecture pour l'initier superficiellement à la poésie lyrique, aux distinctions de strophes et de vers libres; peut-être se passionnera-t-elle pour la poésie avant la grammaire, et l'une conduira bientôt à l'étude de l'autre. Ainsi renseignement sociétaire combine l'esprit cabalistique et les penchants bizarres pour éveiller chez un enfant le goût des étudos, et le conduire indirectement à celle qu'il aurait repoussée obstinément sans le concours de quelques stimulants d'intrigue.

J'insiste sur le principe de rattacher toutes ces intrigues à la gourmandise, qui est pour les enfants la voie naturelle d'initiative et d'engi m industrie. Sans doute il est d'autres ressorts u

mettre en jeu, mais celui-là est au premier rang chez l'enfance.

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