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CHAPITRE IX

Cultures Enfantines de lllarnionic.

En opposant aux désordres civilisés la perspective du bonheur sociétaire, n'omettons jamais de donner des démonstrations en mode composé, ou positif et négatif, par preuve et contre-preuve. Ainsi, au tableau des prodiges industriel^ qu'opéreront les enfants hannonii il faut opposer celui du vandalisme et de l'oi>ivele de* enfants civilises.

.l'ai dépeint les enfants M) comme vandales positifs, .licteurs par instinct et par esprit de corps. I nvi- OnS-lefl maintenant comme vandales négatifs, refusant Ions les travaux que la nature leur iSSÎgM dans le H végétal.

Il faut qu'en Cette branche d'indu<lne, la nature ait

compté beaucoup sur le service des enfants, car elle a créé en grande affluence les petits végétaux et arbustes qui doivent occuper le bras de l'enfant et non celui du père. Les deux tiers du parterre, du potager et du bosquet, se composent de ces menues plantes adaptées à l'enfance.

Les fleurs, à part un très-petit nombre, sont presque toutes le lot du travail enfantin et féminin; aussi la nature donne-t-elle aux femmes et aux enfants beaucoup de penchant pour les arbustes et fleurs, dont pourtant ces deux sexes n'exercent point la culture dans l'état actuel.

Un c lutin » qui veut graderet monter aux c bambins », doit , dans ses trois épreuves , choisir au moins un végétal, comme pensée ou cerfeuil , et justifier qu'il a été admis au groupe qui cultive cette plante; admission qu'il ne peut obtenir que par un service utile et une dextérité éprouvée. Un « bambin » postulant pour l'entrée aux « chérubins », doit justifier, sur trois végétaux au moins, d'un service distingué et constaté par le suffrage des groupes compétents. Ces cultures lui donnent peu à peu des notions sur les diverses branches des sciences , car l'agriculture se lie à toutes.

L'enfant harmonien prend parti très-activement dans les rivalités de canton à canton. Un groupe d'enfants cultivant les oreilles d'ours à la Phalange de 3îeudon, est piqué de voir que celles de la Phalange de Marly ont eu la palme pour le velouté et autres qualités. Les vaincus veulent connaître la cause de cet insuccès qui tient peutêtre aux différences déterres. Là-dessus, le c révérend » qui dirige ce groupe, leur fait une leçon sur les variétés déterre; et cette étude répétée dans d'autres groupes, !<Mir donne peu à peu des notions élémentaires sur le rrgne minéral. C'est déjà pour eux un appui à s'introduire

dans les écoles, y demander quelque livre élémentaire sur telle branche de la minéralogie, comme le classement des terres.

Ainsi, l'ordre sociétaire ne donne jamais à l'enfant aucun enseignement simple. Elle ne l'initie à une science que par combinaison avec des notions pratiques déjà acquises sur telle autre science , et notamment sur l'agriculture , la maçonnerie , la charpente, la cuisine.

Les intrigues de rivalités agricoles habituent de bonne heure les enfants a l'esprit spéculatif. Il est très-nécessaire dans la culture des fleurs : quoi de plus difficile à élever à la perfection que la jonquille, le narcisse, la renoncule, la tulipe, les variétés de roses et d'œillels? Si la nature exige tant de connaissance dans le soin de ces fleurs, c'est qu'elle veut former de bonne heure a l'esprit de calcul les enfants [et les femmes] qui se passionneront pour les cultiver.

Elle leur a ménagé aussi quelques lots dans la grande culture; le blé noir, la peselte , la lentille, etc.: une troupe d'enfants qui s'adonne passionnément au soin de ces végétaux, est obligée d'étudier les qualités de terre et d'engrais, raisonner sur l'influence des températures pour connaître les causes qui ont valu du succès à tel ou tel canton. L'enfant adonné par rivalité passionnée a ces occupations, deviendra insensiblement chimiste et physicien, tout en croyant ne s'occuper que des luttes émuhilives de ses groupes , de son canton.

D'où vient que l'éducation actuelle n'a sur l'enfant aucune de ces sortes d'influence, el qu'en aucun sens ello ne l'entraîne aux études? C'est que les travaux auxquels on astreint l'enfant, manquent de trois reports qui lo conduiraient a l'étude . ce sont

1°. La passion. L'on ne sait pas le stimuler par des rivalités de canton à canton et de groupe à groupe , telles qu'elles existent dans les Séries passionnelles.

2°. L'emploi « culinaire ». Cet enfant ne travaille pas aux cuisines où il jugerait pratiquement des perfections ou défauts de l'objet qu'il a cultivé.

3°. Le raffinement gastronomique. Il serait dangereux aujourd'hui d'y habituer l'enfant , et cela devient indispensable dans l'Harmonie , où il « apprend à » distinguer vingt nuances de saveur sur le moindre végétal, cerfeuil ou persil , qu'il aura cultivé ; sans ce raffinement il ne saurait pas juger pourquoi son groupe a échoué ou triomphé dans ladite culture ; pourquoi tel canton a le 1er. rang, tel autre le 2e., 5e. dans l'opinion, relativement à ce végétal.

Cette combinaison de leviers n'existant pas dans l'état civilisé , faut-il s'étonner que l'enfant ne veuille s'adonner ni à la culture, ni aux sciences exactes, dont les rivalités de Série lui feraient de bonne heure sentir le besoin et demander l'enseignement, sans qu'on lui en suggérât l'idée!

Résumons sur cet aperçu : d'une part, vandalisme et oisiveté; d'autre part, occupation productive et études passionnées; voilà le parallèle des deux éducations harmonienne et civilisée : celle-ci, je l'ai déjà dit (16), ne produit que de petits vandales qui bientôt deviendront de grands vandales.

Tout est faussé dans le système agricole , par cette défection des enfants et des femmes, à qui la nature assigne tant de végétaux à soigner. Tous les arbustes en fleurs ou en fruits, et presque tout le potager et le parterre, doivent être envahis par les femmes et les enfants. Loin de là; un iv. 5

enfant civilisé n'entre au jardin que pour y manger les fraises et les groseilles qu'il n'a point cultivées, y friper les fleurs et les légumes : aussi , ce qu'il y a de plus à désirer dans un jardin , c'est que les enfants n'y mettent pas les pieds.

Les botanistes nous peignent leur science comme la plus intéressante , la plus rapprochée de la nature : d'où vient donc qu'elle ne peut passionner l'enfant qui est l'être le plus voisin de la nature , et que, loin de se prendre de belle passion pour la botanique, il ne fait que ravager les jardins et vergers, refuser tout travail agricole?

On nous dit que les paysans tirent parti de leurs enfants dés l'âge de 7 ans : sans doute , à force de coups de bc\ton; mais quel service en obtiennent-ils? Ils emploieront trente enfants à transporter en fardeau ce que conduiraient trois enf3nts barmoniens sur trois chars attelés de trois Anons.

Une preuve incontestable que les civilisés ne savent tirer en agriculture aucun parti ni des femmes, ni des enfants, c'est que l'homme est obligé d'abandonner les travaux (pu lui sont spécialement attribués par la nature, et qui sont principalement les forêts et l'irrigation; deux choses dont le cultivateur civilisé ne peut pas s'occuper, parce qu'il est absorbé par les travaux ikmimns et enfantins, teh que les petites élables et volailleries, le potager et autres fonctions, dont les femmes et enfants devraient le dé-

jer.

Singulier ré<u!nt de lu tyrannie masculine! L'homme croit avoir asservi les femmes; qu'en rèsotle-t-il? que c esl lui-même qui esl esclave; qu'au lieu d'avoir subordonné les femmes, il a dégoûté de l'industrie femUM

enfants. M se tro-n<' réduil a ex< rcer les irai m\ donl c< -

deux sexes devraient se charger; il est de plus obligé de prélever, sur le produit de son travail, les frais d'entretien et dotation des femmes et enfants: c'est l'effet de toute tyrannie; elle se prend dans ses propres filets.

Analysons mieux le trébuchet où est tombé le sexe masculin : sa véritable destination est de vaquer aux grands travaux qui exigent la force des bras : tels sont les trois emplois de

Culture des forêts , Ouvrages d'irrigation , Soin des graminées.

La troisième fonction absorbe tout; l'agriculteur ne peut vaquer, ni à la culture des forêts, ni à l'irrigation et aux ouvrages qu'elle exige: au contraire, le cultivateur ne s'attache qu'à détruire les forêts, il détruit par contrecoup les sources et moyens d'irrigation.

Voilà donc deux des trois branches de grande culture gérées à contre-sens de la raison. Quant à la troisième, celle des graminées, comment est-elle traitée? j'y distingue trois vices des plus choquants.

1°. Le défaut d'engrais et de qualité. On en a si peu, qu'il faut ensemencer des champs en quantité énorme, et à peu près double de ce qu'emploiera l'Harmonie pour obtenir égale quantité de grain. Quant aux qualités d'engrais, c'est une distinction que ne fait ni ne peut faire le paysan civilisé.

2°. Les jachères. Des terres qui se reposent une année ! le soleil se repose-t-il? manque-t-il à venir tous les ans mûrir les moissons? aurait-on besoin de jachères si on n'employait aux céréales que les terres convenables et soutenues des masses et qualités d'engrais nécessaires?

3°. Les vices de détail : on voit dans divers champs

autant de pavots que d'épis. On y voit cent autres négligences qui ne seraient pas môme connues dans l'état sociétaire, où des groupes d'enfants parcourent les champs pour les émonder.

D'où viennent tous ces désordres? De ce que le sexe masculin est surchargé de la tâche des deux autres, qui ne font qu'un simulacre de travail.

Mais quelle carrière va s'ouvrir pour l'industrie masculine, du moment où les deux autres sexes rentreront en disponibilité par le régime sociétaire ! on verra tout à coup les 7/8e. des femmes en vacance industrielle, par la suppression des travaux compliqués et parasites qui naissent du morcellement des ménages, du soin pénible des enfants , de la mauvaise qualité des étoffes et des confections; enfin, des sots caprices de la mode, qui absorbent tant de femmes en ouvrages de couture interminables et en minuties superflues.

Après la cessation de ces désordres, on s'apercevra que les 5/6cs . des femmes sont disponibles : à quoi les occuper? A l'agriculture; elles envahiront donc majeure partie des menus travaux qui occupent aujourd'hui les hommes.

D'autres seront envahis par les enfants, qui seront amorcés à la culture parle régime des Séries contrastées. > iralisces , engrenées.

Dès lors il ne restera aux hommes dans la force de I âge que les fonctions de vigueur, comme les trois citées plus haut; puis celles de manufacture pénible, charpente, maçonnerie, forge, etc. Ils interviendront tCtettOVeiMOl dans toutes les menues cultures, parterre et potager, Mi;ii> sans en supporter le soin permanent : 06 sera le lot des femmes et enfants.

Cette répartition naturelle est anéantie par la défection des enfants et la complication qui absorbe les femmes. Toute la masse du travail retombe sur l'homme seul, qui, surchargé de la sorte, doit négliger les branches les plus importantes, comme le soin des forêts et l'irrigation. 11 effleure la tâche de son sexe, pour vaquer à celle de tous trois.

Jugeons-en par un seul végétal, par les raves , sentier des vertus républicaines. Si la république ne doit vivre que de raves, au moins faut-il, pour le bon ordre, qu'on répartisse aux trois sexes le travail de culture, savoir : Aux enfants les petites raves ; Aux femmes les raves moyennes ou navets ; Aux pères les gros ravognons de Curius Dentatus, et grosses ravasses de la citoyenne Phocion.

Telle serait la série naturelle de distribution; elle est impraticable dans l'ordre civilisé : vous y verrez le fier républicain obligé de cultiver lui-même les raves de toutes les dimensions, et de faire en plein l'ouvrage des deux autres sexes. Désordre inévitable hors des Séries, qui appliqueraient chaque sexe aux fonctions que la nature lui destine. C'est une des conditions nécessaires à faire naître l'attraction industrielle, qui, même en Séries, ne pourrait pas se développer si on maintenait dans les travaux la confusion d'emplois qui y règne aujourd'hui ; si on voulait, comme dans la civilisation perfectibilisée, atteler une femme et un âne à la même charrue (coutume des provinces-nord de l'Espagne. Les femmes ne sont guèrr moins maltraitées dans la belle France).

On a vu dans ces deux chapitres , combien les enfants sont éloignés de leur destination en travaux de règne animal et végétal, et combien il est évident que le régîmi

civilisé ne les pousse qu'à l'oisiveté et à tous les vices anti-industriels. Les moralistes ont bonne grâce, après cela, de nous vanter les tendres enfants, si dignes de Jours vertueux pères, petits vandales, bien dignes de grands vandales! Voilà la vraie devise des enfants et des pères civilisés.

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