CHAPITRE XXXIX
Du Trai bonheur III, is ;
Je n'ai vu qu'un écrivain civilisé qui ait un peu approché de la définition du vrai bonheur; c'est M. Bentham, qui exige des rea-
- et non des illusions: tous les autres sont >i loin du but, qu'ils ne sont pas dignes de critique. Il existait à Rome, au lem; Varron, 278 opinions contradictoires sur le vrai bonheur; on en trouverait bien davantage à Paris, surtout depuis que nos contrôles suivent deux routes diamétralement imposées; les nns préchant le mépris des richesses et l'amour des plaisirs qu'on L'oùte sous le chaume, les autres excitant la convoitise effrénée des richesses; les moralistes plaidant pour l'auguste vérité, les économistes pour le trafic et le mensoi
Débrouillons en peu de i vieille cent:
l'une des Tours de Babel de la ténébreuse philosophie: Dieu nous a donné douze passions, nous ne pouvons être heureux qu'en les satisfaisant toutes les douze. S'il y en a une seule d'entravée, le corps ou l'âme est en souffrance; mais loin de pouvoir satisfaire chaque jour les douze passions, notre peuple essuiera plutôt douze
IT il en est -i qui le menacent et le poursuivent HUM 6 (III, 191 et 55 i I ts riches, mieux partagés sans doute. encore bien loin du bonheur, et ne peuvent guère se le procurer une seule journée . J'en ai donné peur preuve le détail d'une journée de vrai bonheur 1\ . i l'on VOtl qu'il n'est pas
même possible de faire lever par plaisirs les cens riches ; ils coin-
mencent leur journée par une lutte entre le plaisir et l'ennui ; dans une belle matinée d'été chacun voudrait être levé dès l'aurore, mais chacun est retenu par l'ennui de s'habiller et de quitter le lit qui est un plaisir simple. Voilà un pauvre début de journée; plaisir simple et perspective d'un quart d'heure d'ennui : il manque à tous les chilisés une passion véhémente qui les sorte du lit par amorce d'un plaisir composé, assez fort pour faire dédaigner le plaisir simple de rester au lit.
Le jeu des trois passions mécanisantes exigeant de courtes séances, il faut, pour le courant de la journée, au moins quatorze séances, savoir : une majorité de 8 séances en plaisirs composés, 5 en plaisirs simples pour délassement des composés, plus un ou deux parcours, genre de jouissance tout-à-fait inconnu des civilisés, et qu'il faut définir.
Le parcours est l'amalgame d'une quantité de plaisirs goûtés successivement dans une courte séance, enchaînés avec art, se rehaussant l'un par l'autre, se succédant à des instants si rapprochés qu'on ne fasse que glisser sur chacun. L'on peut, dans le cours d'une heure, éprouver une foule de plaisirs différents et pourtant alliés, quelquefois réunis dans un même local, par exemple:
Léandre vient de réussir auprès de la femme qu'il courtisait. C'est plaisir composé, pour sens et âme. Elle lui remet l'instant d'après un brevet de fonction lucrative qu'elle lui a procurée ; c'est un 2e plaisir. Un quart d'heure après elle le fait passer au salon où il trouve des surprises heureuses, la rencontre d'un ami qu'il avait cru mort ; 3e plaisir. Peu après entre un homme célèbre, Buiïon ou Corneille, que Léandre désirait connaître et qui vient au dîné , 4e plaisir. Ensuite un repas exquis, 5e plaisir. Léandre s'y trouve à côté d'un homme puissant qui peut l'aider de son crédit et qui s'y engage, 6e plaisir. Dans le cours du repas un message vient lui annoncer le gain d'un procès , 7*' plaisir.
Toutes ces jouissances, cumulées dans l'intervalle d'une heure, composcronlun parcours qui doit rouler sur un plaisir de base continué dans tout le cours de la séance. Ici Léandre atteint le bul par la compagnie de sa nouvelle conquête et le succès affiché au repas C'est le plaisir pivotai qui broche sur le tout, et inter- \ienten continuité pendant la durée des sept autres. Cette sorte de plaisir, nommé Parcours, est inconnue en civilisation; les rois mêmes ne peuvent pas se procurer des parcours, charme très fréquent en harmonie, où un homme riche est assuré de rencontrer
350 section v. — de l'équilibre général des passions.
chaquejour au moins deu: , indépendamment des
de plaisir compote à 2 ■ on à '. itW-
posé à l jouis oumulces. Qu'on juge après cela du dénue-
ment des civilisés en f;iit de bonheur! Voyez III, ' défi-
nition méthodique du vrai bons
Les à la haut».' harmonie. Dans le début un aura à peine à quadruple variante; ce sera déjà merveille pour des échappés de civilisation, qui ne peuvent pas se procurer une seule journée de vrai 1 .Pour composer à .un civilisé une journée de <
Ihi supposer IV, 1 coup pli et plus rap] - que ne le
porte l'état civilis Te ai-je dû. en recourant à cette 1
mmettre 2 fautes: l'une d'y entremettre l'amour, qu crime selon I i: l'autre d'admettre dans la distribu-
tion de eette journée neuf vices d'équilibre passionnel, neuf h -
Q'éprouv< iait pas un harmouien. .le les ai admises parce que la ci nest .-i bornée en plaisirs, que je n'ai trouvé dai
faibli Telle pi aucun moyen de remplir le
cadre d'une journée complètement heureuse, telle que l'obtiendra chaquejour le plus pauvre des barmoni - - ai h
dénués de jouissances, que lorsqu'ils onl eu quelque sujet de charme, quelque fôte passable, ils en rabâchent pendant un inaine entie: ne de mau\ .
caricatun s équilibres i osque l'har-
monie (ail i t dans : travaux festi-
. On peut s'en convaincre par l'ex] neuf vices IV,
que j'ai été obligé d'introduire dans l'emploi d'une juin née h rnée aux ressources de le. mesquine civilisation.
1 tre l'inconvénient de rai sirs, elle ign plè-
:it l'art de les améi relie jouissance est usée au bout
d'une quinzaine; elli uo plusieurs mois l'eût
distribuée a-. irnemen iantes nom!
civilisation, en fait de plaisirs, mangeton blé ru hi . puise nue n peu de temps, faute de variété peur la relayer.
iont'ilsa i l'aménagement d .< A de
haute politiq : ités pi incij n n'y
liais et nouveautés surabondent, Si tel amusement n en mois.
NOTICE X. — CHAPITRE XL. 35l
on en a mille autres à mettre en scène dans l'intervalle, afin de varier artistement les nuances de bonheur, d'une séance à l'autre, d'un repas à l'autre, de jour en jour, de semaine en semaine, de mois en mois, de saison en saison, d'année en année, d'âge en âge, etc., jusqu'au terme d'une pleine carrière estimée 1 il ans, âge auquel les riches harmoniens atteindront plus facilement que les pauvres, par l'extrême variété de plaisirs qui est le plus sûr garant contre les excès.
Quel sujet de réflexion pour celte philosophie qui place le bonheur en civilisation, et qui raisonne sur l'équilibre des passions aussi judicieusement qu'un aveugle-né, raisonnant sur lescouleui s !
Pour compléter la leçon, il faudrait disserter sur le triste sert de tant de civilisés qui, pourvus de santé, fortune et moyens de bien-être, n'arrivent qu'à un extrême malheur. Les contretemps de toute espèce, les disgrâces fondent parfois sur le riche comme sur le pauvre: le jeu, les pièges, la mort d'un enfant, l'inconduile d'une femme, les maladies, les échecs d'ambition, les revers de parti viennent empoisonner la vie de ceux dont on vante la condition comme suprême bonheur. Qu'est-ce donc de ceux que l'indigeooe accable, et quel parallèle à faire de tant de misères avec l'immensité de plaisirs qui seront prodigués à tous, dès qu'un fondateur aura fait l'épreuve d'où dépend l'issue de civilisation et l'avènement aux destinées heureuses !