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CHAPITRE XLIII

Caractère* du commerce , EIM GENEES.

Quelle est la cause de cette vénération des modernes pour le commerce qui est détesté en secret par toutes tes autres dodu corps social ? D'où vient ce stupide engouement pour les marchands que Jésus-Christ battait de verges ? La cause en est qu'ils ont gagné beaucoup d'argent, et qu'une puissance insulaire exerce sur le monde industriel une tyrannie de monopole mercantile.

Ces extorsions, celte tyrannie, ne proviendraient-elles pas de quelque erreur commise parla politique moderne? Cette science rampante n'a pas osé faire l'analyse du commerce, de ses caractères qu'il faut distinguer en genres et espèces; de sorte que le monde social ne sait pas ce qu'est le commerce. Quelques flagorneurs de l'agiotage dépeignent les marchands comme une légion de demi-dieux ; chacun reconnaît au contraire qu'ils sont une légion de fourbes j mais à tort ou à raison ils ont envahi l'influence; tous les philosophes sont pour eux, le ministère même et la cour fléchissent devant les vautours mercantiles, toul suit l'impulsion donnée par la science dite économisme, et par suite le corps cial tout entier se soumet aux rapines mercantiles, de même que l'oiseau fasciné par le serpent, va se rendre dans la gueule du reptile qui l'a charmé.

Une politique honorable aurait du mettre au concours les . moyens de résistance, et s'enquérir i\v> bévues qui donnent le sceptre du monde industriel à une classe improductive, mensongère et malfaisante.

i On est si neuf sur l'analyse du commerce, que chacuo le confond avec les manufactures qu'il s'occupe a entraver el rançonner. Les principaux négociants, nommés marchand- de matières premières, ne sont occupés qu'à machiner la spoliation des manufacturiers el des consommateurs, --'informer des I [Ui surviennent sur chaque denrée, pour l'accaparer, renchérir, la raréfier, et par suite pressurer le fabricant et le citoyen.

La science dite économisme suppose un profond génie è ces accapareurs et agioteurs qui ne sont que des barbouillons, joueurs aventureux, de.- malfaiteurs tolérés. On en a vu en <s une preuve des plus frappante-, lorsqu'on pleine paix, aprèl dix

ans de calme, il survint tout-à-coup une stagnation et un engorgement d'autant plus imprévus, que tous les journaux triomphaient des nouvelles chances ouvertes au commerce par l'émancipation des deux Amériques. Quelle était la cause de cette crise qui fut si mal jugée? Elle provenait du jeu compliqué de deux carac tères commerciaux :

Le refoulement pléthorique , le contre-coup cfavorlement.

Le refoulement est un effet périodique de l'aveugle cupidité des marchands qui, lorsqu'un débouché leur est ouvert, y envoient d'abord quatre fois plus de denrées que n'en comporte la consommation. Les deux Amériques renferment à peine 40 millions d'habitants , en déduisant les sauvages, les nègres et la populace espagnole du payschaud qui est presque nue, il ne reste pas vingt millions d'individus à vêtir ; si on y porte des étoffes pour cent millions, il y aura engorgement et refoulement. C'est ce qu'ont fait en 1 82o nos marchands de culottes et ceux d'Angleterre ; ils ont encombré l'Amérique de leurs drogues, à tel point qu'elle en avait pour une consommation de 3 à 4 ans : il en est résulté mévente, stagnation, avilissement des étoffes, et banqueroute des vendeurs , effet nécessaire de cette pléthore toujours causée par les imprudences du commerce, qui se fait illusion sur les doses de consommation possible. Comment une cohue de vendeurs jaloux, aveuglés par l'avidité, pourrait-elle juger des bornes à établir en exportation ?

Il suffisait déjà de cette maladresse pour causer les banqueroutes et le bouleversement des marchés et des fabriques , lorsqu'un autre caractère est intervenu au même instant pour aggraver le mal. Des accapareurs de New-Yorck, Philadelphie, Baltimore, Charleston, etc., avaient prétendu s'emparer de tous les cotons, d'accord avec leurs aflidés de Liverpool, Londres, Amsterdam, le Havre et Paris; mais l'Egypte et autres marchés ayant fourni une récolte copieuse, l'accaparement a échoué, la hausse n'a été qu'un feu de paille, les vautours d'Amérique ont été engorgés ainsi que leurs coopérateurs d'Europe; la mévente causée parla crise de refoulements pléthoriques a du arrêter les fabriques, et faire sauter les accapareurs de coton qui, ayant compté sui la hausse, ne pouvaient pas même vendre à la baisse. La machination avortée en Amérique a causé par contre-coup mêmes banqueroutes en Europe.

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