‹ Œuvres complètesChapitre 60 sur 276 · ARTICLE ABRÉVIATIF · texte numérisé non relu

ARTICLE ABRÉVIATIF

U'EIU 1 S !>I\L!t*.

Je me proposais de traiter, en 6e. section, de l'extrênw utilité du genre ambigu, si dédaigné parmi nous, où il i si vraiment méprisable, parce qu'il n'y trouve que peu ou point d'emplois utiles, mais beaucoup de nuisible odieux.

J.e contraire a lieu en Harmonie, où l'ambigu joue un rôle transcendant, et sous le nom de transition sert de lien universel soit en passionnel, soit en matériel : il y intervient partout en ressort du concert général.

IIOD1 LAITON AMBIGU!

L'ambigu ne doit pas être confondu avec le neutre : tOUS deux l'ont partie du mouvement mixte; mais le neutre est un des 3 modo; I' ambigu s'entend des transitions, au nombre de I ,

Les produits ambigus sont très-nombreux en matériel ; toute série animale, végétale, aromate el minéi iffre des espèces ambiguës extrémités, el souvent entre

ses subdivisions décentre el d'ailes. Deux groupes qui cultivent des coings el brugnons sonl des groupes ambigus. L< a Patagons el Lapons sonl deui r h es tmbigui

U existe des groupes ambigus nel, linsiqua

des caractères. Ils servent à utiliser une foule de manies bizarres dont on se plaint dans le mécanisme civilisé : indiquons-en une série formée de genres bien connus.

[Divers] Caractères généraux en ambigu [d'action].

Les initiateurs, gens qui commencent tout et ne finissent rien.

Les finiteurs, gens qui finissent tout et ne commencent rien.

Les occasionnels , adhérant à l'avis du dernier venu.

Les ambiants, qui ne savent jamais se tenir à un poste, et quittent le meilleur pour prendre le moindre.

Les caméléons ou protées , si connus et si nombreux en civilisation, qu'il est inutile de les définir. [Pour plus ample informé, voyez le dictionnaire des girouettes.]

On voit non-seulement des individus, mais des nations entières atteintes de quelqu'une de ces manies : par exemple, on peut citer la nation française pour type du caractère ambiant ; car elle ne peut, ni en matériel, ni en passionnel, s'en tenir fixement à un goût, à une opinion.

Les initiateurs sont nombreux en France, où ce caractère est vraiment national. Aucun peuple ne porte à si haut degré le défaut de tout commencer sans rien finir. La France est couverte de monuments auxquels on a mis la première main , et qu'on oublie quand le travail est à moitié fait. On ne les achève qu'autant qu'ils sont pour le service de Paris ou de quelque ville favorite.

Les Français, initiateurs individuellement, le sont bien plus familialement : aussi ne voit-on jamais chez eux un (ils achever ce que le père a commencé, ni un arcbi-

OûO ASSOCIATION COMPOSI

lecle continuer un édifice conformêmenl au plan adojti. avant lui. Chez eu\ un commencement n'a jamais de suite garantie, quelque bon qu'il puisse cire.

Les finiteurs sont d'autres ambigus si communs en France, que ce caractère y est national comme le précédent. Une entreprise ne leur plaît que lorsqu'elle est presqu'achevèe : jamais elle n'aura leur suffrage au début ; ils crieront à l'impossible, au ridicule, se répandront en diatribes contre l'autorité qui fait une amélioration ; ils traiteront de fou le propriétaire qui construit , dessèche, innove en industrie.

Mais lorsque la besogne en est aux trois quarts et que le tan iil commence à prendre couleur, alors on voit ces Aristarques changer de ton, se déclarer apologistes de ce qu'ils ont tant décrié ; prétendre, en mouches du coche , qu'ils ont conseillé, aidé l'entreprise. ( m les voit souvent prôner cet ouvrage à ceux mêmes qu'ils ont indécemment raillé pour y avoir coopéré. Ils ne l'aperçoivent pas de leur inconséquence, entraînés par la passion qui ne germe chez eux qu'au dénouaient de l'affaire. Ces caractères n'ayant ni force, ni constance, frémissent d'envisager un grand travail, s'en dissimulent les avantages, s'en exagèrent les difficultés lorsqu'il n'est qu'en projet ou au début.

J ies Fran( M> Iir manqueront p is de le montrer en finileurs Mir la fondation de l'Harmonie. Us débuteront par diffamer l'invention et l'auteur, après avoir amplement raille les actionnaires, entrepreneurs el fondateurs, ils commenceront à se rat iser un peu tard , lorsqu'ils verront s'avancer les dispositions du canton d'épreuve; puis au moment de l'installation, ils achèteront les actions I II hausse du double, prouveront que ce sont eux qui

tout fait, que l'auteur est un des leurs, qu'ils ont admiré sa découverte, et opiné pour la prompte exécution.

Les occasionnels ou girouettes, gens tournant à tout vent et inclinant pour l'avis du dernier venu, gens versatiles collectivement et individuellement. C'est en France que ce caractère est dominant : on s'y fait un mérite de la légèreté et de l'inconstance : elle plaît même au peuple qui en souffre ; il aimerait à changer de constitutions comme de modes et d'uniformes. Il accueille toute nouveauté si elle est inutile ou nuisible; il ne proscrit que les innovations utiles.

Les ambiants, êtres fantasques, impatients de leur sort, et mécontents de leur propre ouvrage. Tels sont ceux qui rebâtissent la maison à moitié construite ; changent le jardin trois ou quatre fois ; changent de profession, de commerce et de fréquentations, sans autre motif qu'une inquiétude naturelle dont ils ne peuvent pas pénétrer la cause ( 11e. passion ).

Les caméléons ou protées , seule classe d'ambigus qui soit considérée en civilisation : leur fortune y est assurée ; on leur défère même le titre de sages, selon ce distique de La Fontaine :

Le sage dit , selon les gens , Vive le Roi, vive la Ligue !

Notre siècle abonde en sages de cette espèce : la révolution les a mis en vogue. Autrefois on ne les trouvait qu'A la cour ; ils affluent maintenant à la ville et aux champs.

[{.es Impossibles, Flâneurs, Nouvellistes, Musards. entremetteurs , Factotums , etc. ]

Ces ambigus dont j'ai cité seulement cinq titres, forment une série de genre a subdiviser en espèces, varié-

tés, etc. Les initiateurs en maçonnerie seront une secte différente des initiateurs en plantation ; et ainsi des finitcurs. Passant sur ces menus détails, exposons quelques principes généraux sur les harmonies ambiguës.

En général, ces caractères sont dédaignés en civilisation, comme gens peu sûrs et dangereux. On peut répondre que si Dieu ne les avait pas jugés utiles en mécanique sociale, il ne les aurait pas créés. S'il les a créés sans utilité prévue, il a donc contrevenu à la première de ses propriétés essentielles, à l'économie de ressorts.

Il n'en est rien : les ambigus sont infiniment précieux en Harmonie. L'examen de leurs fonctions sera pour nous un motif d'admirer la sagesse du Créateur, dans toutes les passions que nous jugeons les plus vicieuses ( \6A les essors directs).

Les ambigus sont les pièces de transition en toutes relations; mais la transition n'est utile à rien dans l'ordre civilisé, où rien n'est lié en système d'association domestique industrielle. Or, les ambigus n'étant créés que pour les liens de série, on ne doit pas s'étonner qu'ils soienl nuisibles hors de l'état sociétaire, ne pouvant modalei qu'en faux essor.

On ne saurait trop répétera cet égard que l'être, qui a créé dos 1^ passions et nos 810 caractères, esl exerce depuis une éternité a créer des hommes et des passions dans des milliards de mondes. Il a bien eu le temps d'apprendre par expérience quelles proportions ilistrilui! on doit observer en pareille <eu\re. Il a sans don'

•le lumières pour ie p tsseï des conseils de quelques ora teurs «le notre globule, gens qui, n'ayant pas le pouvoir

• le détruire ni changer Une seule de n>>^ payions, auraient dû, au lieu de déclamer contre. 'II. -s. s'étudier à découvrir

le mécanisme auquel Dieu les destine; mettre en problème si c'est la divinité qui s'est trompée en distribution du système passionnel, ou si c'est la raison humaine qui s'est fourvoyée en n'adoptant pour mécanisme des passions, que l'état civilisé et barbare, si incompatible avec la nature de l'homme , qu'on voit partout les peuples s'insurger et renverser cet ordre, dès l'instant où ils ne sont pas contenus par la crainte des gibets.

On a vu que la nation française est celle chez qui prédomine le genre ambigu. Il existe des titres en caractère national comme en individuel, et il est bon que les Français apprennent à connaître les leurs, qui sont le titre ambigu et le titre infinitésimal. Une fois pourvus de cette connaissance , ils verront que de toutes les nations la leur est celle qui avait le plus besoin de l'invention de l'Harmonie, seul ordre où on puisse utiliser les caractères titrés d'ambigu et d'infinitésimal.

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