LIVRE IV. SECTION VII. 4l(J
d'affaire plus importante que le régime hygiénique. Ce régime , chez les harmoniens , est l'objet de calculs fort opposés aux nôtres : l'hygiène, chez eux, a deux buts, savoir, l'équilibre en régime sanitaire et en régime politique.
Elle tend à élever l'appétit du peuple au degré suffisant pour consommer l'immensité de denrées que fournit le nouvel ordre. Si les harmoniens étaient limités à la dose d'appétit des civilisés, quel emploi feraient-ils d'une masse de denrées septuple de la nôtre (en harmonie composée)? Ils arriveraient à peine à tripler la consommation, et dès l'année suivante chaque Phalange offrirait, en commerce, des masses de denrées qui s'accroîtraient d'autant la seconde année. Le tout serait condamné à pourrir en magasin, car il n'y aurait point d'acheteur là où tout le monde serait vendeur.
De là naîtra la nécessité de la nouvelle sagesse hygiénique ; art d'accroître la santé et la vigueur, en raison du septuple produit ; science qui sera merveilleusement secondée par l'exercice continu et varié sans excès, résultant des courtes séances de Série pass.
Aujourd'hui l'état des choses, la stagnation des citadins, la pauvreté des villageois et la pénurie de subsistances, obligent à spéculer sur la sobriété que nécessite encore la faiblesse des tempéraments formés par l'éducation civilisée. Un système social tout opposé exigera une marche tout opposée dans l'hygiène des harmonies.
INos modernes, en affaire de subsistance, placent la raison dans l'art d'approvisionner sans acception des convenances individuelles : ils savent que leur peuple affamé consommera les denrées quelconques dont on l'aura pourvu. Les harmoniens heureusement n'ont pas relie
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chance de famine et d'emploi confus : pour assurer k\ consommation de leur superflu, ils sont obligés de descendre aux détails de convenances individuelles, ditlerenciées selon les tempéraments; théorie qui exige le concours des quatre sciences chimique, agronomique, médicinale et culinaire.
N'examinons, dans cette quadruple science, que les voies de ralliement. Si sur les gastrosophes repose le problème de la consommation intégrale, chacun deux doit s'intriguer pour exciter chez la masse du peuple un appétit fréquent, une prompte digestion par application judicieuse des mets aux tempéraments.
Les gastrosophes, par cette fonction , deviennent médecins officieux de chaque individu, conservateurs de sa santé par les voies du plaisir : il y va de leur amour-propre que le peuple, dans chaque Phalange, soit renommé par son appétit et l'énormité de ses consommations.
Sous ce rapport, les savants se trouvent en ralliement descendant avec la classe populaire ; ils soignent individuellement et activement ses intérêts en ce qui louche à la santé et aux plaisirs des sens : le peuple répond à ces *oins par son affection pour eux.
Tel est le canevas du 2*4 rail. desc. qui complète le quadrille. Il rallie les savants au peuple , objet de leur méprit actuel, et rallie le peuple aux savants, qui aujourd'hui ne sachant rien faire pour son bonheur, ne lui procurant que l'indigence et les tlelieffS de charité, méritent la dérision dont il paie leur> faines Ionien m
J'ai analvsè quatre voies d'accords sublimes et de liens Universels , dans celte ambition que proscrivent les philosophes i résumons sur les rapports du quadrille, sur sa régularité.
Ralliements d'ambition (583 . Mode.
E L 1. Les récompenses unitaires, i Ascendant Pos. E L 2. Les souverainetés graduées, j Entrave levée.
I C 3. La protection industrielle. \ Descendant Nég. I C 4. La gastrosophie hygiénique. ) Illusion créée.
Le premier dégage le génie d'une foule d'entraves , du besoin de protections, du risque de passe-droits , dii danger de pauvreté, disgrâce, etc.
Le 2e. dégage l'ambition d'une foule d'entraves ; chacun peut aspirer à plusieurs trônes du monde ; l'essor est illimité.
Le 3e. fait naître chez les grands une illusion tutelaire pour le peuple qu'ils protègent par orgueil industriel.
Le 4e. fait naître chez les savants une illusion tutêlairo pour la passion dominante du peuple, la gourmandise.
Ces quatre accords établissent, en rapports de gloire et d'intérêts (éléments d'ambition, 379) , des liens d'affection universelle. A ne parler que des deux premiers, ils rallient entre eux ces savants et artistes si haineux , si jaloux, donnant par leurs dissensions un scandale perpétuel dont ils sont les premières victimes. Ils s'aimeront entre eux quand ils seront assurés que l'état social garantit à chacun d'eux d'immenses récompenses; et ils seront aimés du peuple qui espérera participer , par ses enfants, ou parents, ou amis, à ces voies de fortune (II, 354), aux souverainetés du monde (275, *2, *5), aux souverainetés graduées (II, 376).
Nos savants sont donc bien mal avisés , lorsqu'ils déclament contre l'ambition qui doit réaliser tous leurs souhaits réels et apparents; souhaits réels de gloire immense et fortune sans bornes; souhaits apparents de fraternité cl d'unité, dont le gage se trouve dans le quadrille
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des ralliements d'ambition, plus que dans aucun des trois autres quadrilles.
C'est pourtant contre cette passion que la philosophie veut armer les autorités divines et humaines. A la vérité , l'ambition n'est qu'une source de crimes et d'horreurs en civilisation ; oela >'e\}il;que par la propriété d'ess I dualise (II, 5(Ji, inhérente au mouNein.Mit. eJ selon laquelle toute passion doit produire, en périodes l\mhiques, autant de fléaux qu'elle répandra de bienfait périodes sociétaires. Or, comme c'est de l'ambition que naîtront les plus immenses concerts, les accords les plu> grandioses, il est juste qu'elle cause en civilisation le> plu> épouvantables fureur-.
On n'a pas encore pu juger de la sublimité de accords d'ambition : je renvoie cet examen au chapitre suivant, celui-ci étant affecte à la construction du quadrille de ralliement.
Sans aller plus loin, nous pouvons déjà évaluer la profonde ignorance des publicistes et règénèratei mécanisme d'ambition. Pour en juger, arguons des deux buts que se proposent les sectes opposées en philosophie.
Leurs théories tendent . comme tout ce qui est faux la duplicité d'action. Elles protègent deux corps tateurs identiques en but, malgré leur inimitié apparente ; ce sont (403 les cluhU t commerçants.
La philosophie n i.i.n.i mi. , celle du contrat social et
du VOte populaire; protège lei clubs et les agitateurs de
forum, gui ne tendent qu'à renverser Le gouvernement.
i philosophie uo^éhai mes protège la busse industrie,
ommerce, gui ne tend, par d'autre* \ lies, qu'aux
dèaordrefl sociaux et aux commotions politiqu
amalgame choquant , répondront les marchands! quel
rapport entre des agitateurs exécrés et les estimables amis du commerce? Un rapport des plus saillants; h contact des extrêmes. Démontrons par application à la table des castes (388).
Les amis de l'égalité veulent spolier les hautes castes, la cour ou pivot , et la caste I , haute noblesse , grand propriétaire. Les amis du commerce veulent spolier les basses castes , la 12e. ou peuple , par les accaparements , famines factices, [falsification des qualités], pénuries de matières, obstacles à l'industrie et à la subsistance du peuple; puis par les famines d'armée , qui frappent sur le contre-pivot (388). Tel est le but des fournisseurs et amis du commerce d'armée, qui ne gagnent qu'en affamant et pillant le soldat.
Les uns attaquent l' infiniment grand , la cour X , et la classe I contiguë au pivot.
Les autres attaquent l'infiniment petit, le soldat X , et la classe 12e. contiguë au contre-pivot.
Il y a , entre ces deux sortes d'agitateurs, contraste de forme et identité de fonds, malfaisance égale, même tactique pour attaquer le système social sur l'un des points extrêmes.
Celte manœuvre a deux fois réussi dans notre génération. Les clubistes ont renversé Louis XVI , par attaque directe contre le pivot ou trône. Les mercantiles ont renversé IXapoléon par attaque inverse faite sur le contrepivot, sur le peuple et l'armée. La famine factice de 1812, en retardant la campagne, donna aux Russes le temps d'accommoder avec les Turcs : ce délai, en faisant avorter l'expédition, amena la chute de l'usurpateur. L'ami du commerce qui organisa cette famine contre Bonaparte, l'aurait Je même organisée contre Louis XVI, Le com-
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merce ne connaît ni Dieux (0 ni princes, et ne se guide que par un aveugle inslinct de rapine : s'il n'organise pas chaque année la famine, c'est qu'il ne le peut pas.
Ainsi l'ambition, même sous la bannière des philosophes modérés dits mercantiles, en revient toujours à sa nature, a l'essor illimité en monopole, en accaparement, en conquête, etc.
Naturam expellas furca tamen usque recurret. En stricte analyse, il y a donc identité entre les deux philosophies , Y agitatrice ou la modérée; entre les amide l'égalité et les amis du commerce; entre les agresseurs de V infiniment grand ou trône, et de ^infiniment petit ou peuple. Toutes deux sont le même vice en essor et contreessor (1G-i) : comparables à la lunette qui, en donnant d'une part l'extrême rapprochement, et d'autre part l'extrême èloignement, n'est toujours que le même instru-
(i) « Les Arméniens, dit Peuclict (Dictionn. de géographie » commerciale) , ont une dissimulation active et profonde, une ^ bassesse industrieuse, des manières aussi fausses que persua- » sives , tous les petits moyens que la fraude et l'artifice peuvent > suggérer. Façonnés au despotisme, humiliations, parjures, rien » ne leur coûte pour parvenir a leur but. La religion même n'est • qu'on instrument de plus entre leurs mains, pour cimenter leurs » intérêts et leurs tromperies : en Russie ils suivent le rit grec, » en Perse le mahoméii>mc , etc. »>
Les Hollandais au Japon foulent aux pieds la croix pour obtenir le droit de trafiquer. Les Juifs sont, par principe de commerce, les espions de toutes les nations, et au bes MU les dénonciateurs et le* bourreaux , comme on le voit aujourd'hui en Turquie , OU ils signalent, a tant par tête, les proscrits cachés, et commettent mille autres infami< i l ulcère social que cet esprit de commerce, et quelle dépravation dans la philosophie moderne qui i*-en bit l'apologiste '
ment. On verra , section de l'équilibre externe, que le commerce, avec son attirail de monopole, banqueroute, usure, agiotage, est, en contre-marche, le même fléau que les affiliations jacobites, et que de toutes les inepties scientifiques , la plus honteuse, la plus éloignée de la modération, est l'esprit mercantile, antipode de la vérité.
Ce parallèle des extrêmes philosophiques disposera à reconnaître la fausseté de nos théories sur l'ambition , et de nos doctrines d'essor modéré, sur une passion faite pour l'essor illimité. C'est de quoi l'on va juger dans quelques détails de la magnificence des accords qu'en obtient l'ordre sociétaire, par un essor illimité, inspirant à chaque individu une ambition plus vaste que celle de tous les conquérants civilisés.
L'expérience de tous les siècles a démontré qu'il est impossible d'amener l'ambition à l'essor modéré; qu'elle ne tend qu'aux envahissements illimités , soit chez les agitateurs, soit chez les prétendus modérateurs, qui veulent modérer l'ambition d'autrui et non pas la leur.
II devient donc évident que, pour se concilier avec la nature, il faut spéculer sur l'ambition illimitée, dont je vais décrire une merveille sociale entre mille, celle de l'affection composée du peuple pour le souverain. Sur ce sujet, on va reconnaître que l'ambition est la plus philanthropique de nos douze passions, et qu'en lui donnant la haute influence en mécanique sociale, Dieu a bien fait
TOUT CE QU'lL A FAIT.
Bref, le tort des civilisés est d'avoir trop peu, et non pas trop d'ambition ; d'aimer la simple , celle iï intérêt qui désunit tout, et d'ignorer la composée, l'impulsion û'intérét et gloire qui concilie tout. C'est le sujet (\u chap. suivant.
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