CHAPITRE VI
Excellence des Ralliements d'ambition pour affectionner les peuples
aux souverains.
Il faut que le besoin d'être aimé des peuples soit bien impérieux chez les souverains, car on n'en voit aucun qu1 ne veuille jouer de rôle de père du peuple, recevoir des sujets un simulacre d'adoration. Tibère et jNéron ne sont rien moins qu'aimables; cependant ils veulent être appelés pères du peuple. Bonaparte place au rang de premier devoir des Français, t amour de sa personne sacrée. Le chef des bourreaux ottomans, le Sultan fait défiler devant lui des Icoglans qui se font des blessures à coups de couteau, en signe d'amour et de dévouement pour lui. Peut-être exige-t-il aussi d'être adoré des Grecs : cela ne serait guère plus déraisonnable que la prétention commune a tout monarque, d'être aimé de paysans et malheureux sujets qui ne l'ont jamais vu, et ne connaissent de lui que ses percepteurs, ses garnisaires, ses conscripteurs, ses rats de cave; attirail vraiment digne de l'amont des peuples.
Je doute qu'il existe, en mécanique civilisée, un problème plus effrayant que celui d'exciter chez le peuple une affection sincère pour le somerain, et de plus pour les ministres < t lc> grands; car si on aime le monarque sans le connaître, c'est-à-dire par les effets de son administration, l'on doit aimer les fonctionnaires grands Bl petits qui opèrent en son nom.
11 s'agit d'exeiler double affection, pour le monarque et I6S agences , pour le souverain et la souveraineté. I ici qu'on pourra apprécier le mécanisme des ralliements
passionnels qui se joue de ces difficultés , et va garantir aux souverains et à l'administration , l'attachement le plus vif et le plus invariable de toutes les classes de citoyens.
Déterminons d'abord les conditions de ce genre d'affection. L'on ne peut aimer les grands qu'autant qu'on a l'espoir de participer à leur bien-être : tout homme à qui on ferme l'accès aux fonctions supérieures , devient jaloux de ceux qui les envahissent , et souvent haineux pour eux. Si l'on ne recueille pas quelque parcelle des faveurs , comment aimer ceux qui les distribuent et qui les obtiennent?
Si le rang de monarque était inaccessible pour les harmoniens, ils partageraient l'esprit secret des courtisans civilisés dont chacun, s'il était assuré de n'être ni vaincu ni puni, conspirerait comme les Barbaresques pour détrôner son prince , ou comme les pachas de Turquie pour se soustraire à son obéissance (détrônement partiel ).
Il n'existe guère de dévouement sincère des inférieurs au prince. On n'aime point un chef quand on risque d'être destitué par lui. La civilisation se dissimule tous ces motifs de jalousie et de haine secrète, soit des grands entre eux, soit des inférieurs aux supérieurs; il faut pourtant faire disparaître tous ces levains de discorde , si on veut rallier franchement les inférieurs aux monarques et aux grands.
Colloquons dans ce problème le sexe féminin et le neutre. Les convenances de civilisation obligent à interdire aux femmes les fonctions publiques : cette exclusion serait en Harmonie un sujet de mécontentement pour la moitié du genre humain. Déjà dans l'état actuel, on les voit se venger par l'intrigue; elles régnent indirectement sur
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tous les points d'où on a voulu les exclure : ne serait-il pas plus prudent de leur assigner un domaine assorti à leur goûts, des fonctions où elles eussent la faculté de faire le bien et jamais le mal ? Tel est le bj slème de l'Harmonie ; elle multiplie les dignités afin que chacun en trouve d'applicables à ses passions ; elle crée des sceptres et de* magnalures pour les femmes et les enfants mêmes; seul moyen d'extirper cet esprit de rébellion qui règne aujourd'hui chez les femmes et les enfants.
Les deux sexes, féminin et neutre , deviennent en Harmonie les soutiens des autorités , parce qu'ils en font partie. Le grand art de la politique est d'intéresser chaque membre du corps social au maintien de l'ordre établi : c'est donc un acte de sagesse que de faire entrer en partage de dignités les femmes et les enfants; à défaut, il arrive que la femme envahit de fait les fondions civiles ; qu'une favorite fait déclarer la guerre quand le Roi et les peuples voudraient la paix , et que , selon Marmonlel , un petit Dei retroussé change les lois d'un empire.
Pour éviter ces empiétements, l'Harmonie concédera a chaque sexe, à chaque Age, et à toutes les classes de citoyens, des dignités graduées et plus sensées que les nôtres, où l'on ne voit que des tilre> fidefl de seat; une Reine qui ne règne pas et n'exerce aucune branche d'autorité; une présidente qui ne préside rien ; une maréchale qui ne commande rien : concessions aussi illusoires que le litre de pruplc souverain donné à gens qui n'ont pas de pain .
C'est dans le système opposé que nous découvrirons
l'art de ligner lOOS l<-s sujets pour le soutien du souverain et de la souveraineté; lorsqu'on aimera l»'s effets de souvraineté, on aimera le souverain, É moins qu'il ne soit
un monstre. C'est donc !a souveraineté et ses agences qu'il faut rendre aimables , rendre aussi séduisantes que les agences actuelles sont haïssables. Je vais analyser cette amorce descendante ou séduction du peuple , par les huit sceptres cardinaux de la table (275) et par les deux pivotaux dont l'influence est plus puissante.
Nous blâmons un pauvre de désirer un million; nous l'appelons visionnaire , quand il rêve aux moyens de gagner ce million par des jeux de loterie : le contraire a lieu en Harmonie, où chacun blâme le pauvre de ne pas désirer cent millions et une souveraineté du globe, soit de
MÉRITE ACQUIS, SOÎt de LOTERIE CARACTÉRIELLE.
La chance de loterie indue par moitié dans les dix sortes de souveraineté (275); est-ce une sage disposition de la Providence ? Des rigoristes vont répondre qu'il faudrait bannir cet esprit de loterie , n'admettre que l'esprit philosophique dégagé d'ambition. Laissons-les déraisonner sur le bien social , et continuons à examiner le but des passions; l'on va se convaincre qu'en donnant moitié des dignités harmoniennes au mérite acquis et moitié aux jeux de loterie, Dieu a bien fait tout ce qu'il a fait. Exemple :
Irus, le plus pauvre des hommes, peut devenir l'égal d'Homère, composer des poëmes aussi fameux et moins ennuyeux que l'Iliade. Supposons que le globe lorsqu'il sera au complet d'environ 4 millions de Phalanges, adjuge à Irus, par majorité de votes, deux sommes de 12 fr. pour deux poëmes qu'on jugera supérieurs à l'Iliade et l'Odyssée; Irus, pour prix de ces deux ouvrages, possédera environ cent millions de francs au grand contentement du globe qui, satisfait d'avoir deux beaux poèmes épiques, souhaitera qu'Irus en gagne encore autant ù
pareille condition. Il conviendra donc que le plus pauvre des êtres, homme ou femme, aspire, dès le bas âge, à d'immenses richesses, à un gain de cent millions.
Nonobstant cette fortune, Irus pourra être promu au trône électif *2, d'ambition, donné à ceux qui excellent dans les sciences et les arts. Ce sceptre est annuel; Irus peut y être nommé pour un an; le voila devenu l'un des omniarques du globe, et du gré du monde entier. 11 Kl donc louable à tout homme ou femme d'aspirer à l'un des sceptres du globe entier, puisque le inonde trouve son plaisir à créer ces sceptres beaucoup plus productifs que dispendieux; on en verra la preuve.
Irus, dès son enfance, a fait preuve de mérite supérieur dans les Petites Bandes; plusieurs actions d'éclat l'ont fait connaître au inonde enfantin par la gazette de la chevalerie , et il a été nommé a l'Age de 15 ans, haut roitelet du globe (dignité annuelle qui alterne d'un an sur trois entre les Petites Hordes et les Petites Bandes). Ainsi, deux sceptres du monde sont échus à Irus ; valait-il mieux qu'il ambitionnât la médiocrité philosophique ?
Bien n'empêchera qu'Irus ne parvienne à d'autre^ omniarcats, ou du moins à quelques degrés 12,11, 10 de souverainetés (table, II, Ô7(>). Tous les sceptres (27,*>) lui sont accessibles, sauf le n°. T>* monarcat héréditaire : mais CC iegnS peut échoir à l'un de ses enfants il se peut que sa lille soit la plus célèbre vestale du p et soit préférée par l'omniarque héréditaire du globe elle se rend à une arniiv unitaire où cet onmiarque \ien dra faire choix d'une génitrice. Irus lui-même peut, d'après sa renommée, avoir été choisi pour géniteur par l'omniarque du globe, et M Inum t père de l' héritier OU héritière du sceptre fauiili.il universel n°. S\ Celle chaneti
est de loterie autant que de mérite; car elle repose en partie sur la beauté qui est pour chacun loterie de formes , faveur de nature et non mérite acquis.
En considérant qu'Irus peut avoir des prétentions aux 10 sceptres du monde; que toute femme pauvre peut avoir les mêmes prétentions, puisque les sceptres sont masculins et féminins dans tous les degrés (II, 576), on concevra que les êtres les plus pauvres aiment un pareil ordre, et approuvent cette échelle de souverainetés dont quelqu'une doit échoir sinon à eux, au moins à leurs enfants ou amis. C'est un espoir que chacun est fondé à nourrir, et sans se faire illusion; car si l'on n'atteint pas les souverainetés omniarcales (table, 275), on peut obtenir celles de n°. inférieur (table, II, 376), notamment les bas degrés 4 , 2 , 5 , qui n'exigent qu'une célébrité locale et vicinale, puisque le degré 3 ne dépend que des suffrages d'une douzaine de cantons; le degré 2, que de 3 à 4 cantons; le degré 1 , que de la seule Phalange.
Par suite de cette chance de souveraineté flatteuse pour tout le monde , on verra tout le peuple payer avec joie (11,283), ou, pour mieux dire, souscrire avec joie l'impôt des souverainetés, tout-à-fait insensible pour lui. Cet impôt n'étant point déboursé individuel, mais prélèvement fait dans chaque Phalange , avant la répartition annuelle , chacun peut espérer, soit en sa faveur, soit en faveur de ses proches ou amis, l'un des gros lots qu'on forme de cet impôt.
Par exemple, qu'un enfant soit nommé haut roitelet, haute roitclettc du globe, ne reçût-il qu'un traitement d'un demi-franc, ce serait dés à présent 500,000 fr. sur 600,000 Phalanges, et 1,500,000 ou 2,000,000 IV. qunnd le globe sera porté au complet de 5 à i millions de
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Phalanges. Une telle fortune, pour un enfant de 13 à i i ans, est déjà bien magnifique; elle sera moindre dans les degrés 12 , 1 i , 10, etc. , mais encore suffisante à stimuler le peuple qui est bien plus joueur de loterie que les gens riches, plus enclin à se repaître d'espoir de fortune immense , pour peu qu'il y ait possibilité de succès : aussi joue-t-ilà la loterie la chance du terne, qui est des pins mauvaises, comportant lésion de moitié pour le joueur.
Le régime des souverainetés graduées sera donc pour le peuple une loterie perpétuelle dont il souscrira l'impôt avec joie y impôt que je n'estime qu'à un 1SC. des bénéfices annuels de chaque Phalange.
D'après le penchant de chacun a s'exagérer le mérite de ses enfants, tel père qui aura échoué dans l'obtention d'une ou plusieurs souverainetés, ne doutera pas que son fils ou sa fille n'y réussissent. Elles plairont donc même aux plus sots des hommes, à ceux qui n'auront pas été en état de se mettre sur les rangs : chacun d'eux sera persuadé que ses enfants, par les ressources de l'esprit ou le charme de la beauté, vont s'élever à quelqu'un des trônes suprêmes X, ou du moins des hauts detiré- 8,9, 10, 11, 12.
Voilà, sur le problème qui nous occupe, sur le ralliement affectueux du peuple aux grands, un aperçu de su lution : il est déjà évident que le peuple aimera 1rs suun rain$té$t et voudra par passion payer l'impôt qui > esl affecté; impôt prélevé, non déboursé, très-insensible
pour qui jouit d'un ample minimum. Comment après œla n'aimerait-il pas lefl souverains et magnats qu'il verra se confondre avec lui dans \r> travaux attrayants des Séries pass. , y soutenir cabalistiquement ses rivalités , l'appeler . dans les repas de festivile île la Série, à leur table où sa
politesse le rendra admissible? De tels souverains et magnats seront aussi aimés du peuple , qu'ils doivent l'être peu quand il ne les connaît que par les garnisaires, les rats de cave et les droits féodaux.
Pour mieux juger de l'influence des souverainetés graduées sur le peuple et de son enthousiasme pour cette foule de dignités, on peut en étudier l'effet dans les deux degrés pivotaux, caractérisme Y et favoritisme \, qui prêtent bien davantage aux illusions paternelles et personnelles. Cet examen sera le sujet de la Note H. (Voyez page 436).
« Est-il probable, dira-t-on, que les souverains con- » sentent à la création de tant de sceptres nouveaux ? »
Question oiseuse! Toute disposition d'harmonie est réglée selon le vœu collectif et individuel des souverains et des peuples. Autant vaudrait demander si le pouce ne doit pas être jaloux des neuf autres doigts , et s'il ne faut pas les faire couper pour assurer la supériorité de l'un des pouces? Les dix couples de souverainetés, dont huit cardinales et deux pivotales, sont l'image des dix doigts qui se servent réciproquement, et dont aucun ne peut sans lésion se passer des neuf autres.
Avant d'élever de tels arguments, il faut attendre de connaître l'influence combinée des seize ralliements, les avantages que leur emploi général assure aux souverains comme aux peuples : tant que cet exposé n'est pas terminé, il n'est pas temps de répondre aux objections.
Les monarques aujourd'hui ne peuvent pas même jouir en sûreté de leur couronne; ils sont obligés de s'étayer de sbires, tribunaux, police et contre-police. Quand ils verront un ordre de choses où le sceptre d'apparat leur sera garanti à perpétuité, sans commotion poiv. ,9
ASSOCIATION COMPOsi
litique, ils ne seront pis plus jaloux des autres sceptres qu'ils ne le sont aujourd'hui de leurs ministres, véritables rois amovibles, régnant souvent plus que le Roi. D'ailleurs , ne sera-t-il pas loisible à tout souverain héréditaire •irer a l'un des t runes électifs, et cumuler quelque tre du monde ou de haut degré avec k» sceptre d'ap I qu'il possède héréditairement? Voyez à ce sujet la
s divers sceptres électifs (le familial seul est hèrédi taire), ouvrant à l'ambition tant de chances magnifiques on devra inspirer aux enfants harmoniens une ambition
bornes, ou pour mieux dire abandonner la passion son cours naturel, l'essor illimité, ennemi des désirs modères. Il conviendra que chacun aspire aux ma| Inres omniarcales du globe, afin d'arriver au moins i quelque degré inférieur; de même que dans les écoles il es! louable de prétendre au premier prix, sauf à tenter du 2e. , ou 3e. . ou V. . si on ne peut pas •indre plus haut.
L'ambition, tant diffamée par les civilisés, n'a donc chea eux d'autre tort que son extrême faiblesse. On appeïle ambitieux démesurés des êtres qui, comme Iulesir ou Bonaparte, convoitent le trône de l'Europe; ! indis qu'en Harmonie le moindre enfant convoite plusieurs sceptres do monde entier. On verra par une plus impie connaissance de I" riélaire ou destinée hu-
maine , qu'il en est de chacune des autres p comme
de l'ambition, et que, loin d'être excessives, elles ne s'élèvent pas, chei les hommes 1rs plus outres, au quart <bi développement et de l'intensité où elles don en Harmonie.
\ défaul de succès directs en ambition, chacun en
aura d'indirects , car chacun régnera spéculativement sur le globe entier, par adhésion au bel ordre établi. C'est régner que de voir dominer l'ordre qu'on désire : le jour où je lus le traité de limites entre le Directoire exécutif et le Roi de Sardaigne, je me croyais Roi de France , en voyant les limites fixées comme si j'eusse dicté le traité. Nous sommes à moitié rois, quand nous voyons le Roi opérer conformément à nos désirs : c'est un charme dont on jouit constamment en Harmonie.
En effet, tout homme qui serait maître absolu du globe entier, s'occuperait à tout pacifier, établir un régime qui assurât le calme présent et à venir, le bon ordre des cités et familles, des relatious industrielles et administratives : tel sera le régime sociétaire : sa permanence et ses bienfaits seront garantis pour une période estimée septantecinq mille ans. Chacun régnera donc spéculativement sur le globe entier, en y voyant dominer l'ordre de choses qu'il préfère, celui qu'il établirait s'il était maître absolu.
C'est une jouissance qu'aujourd'hui nul souverain ne peut se procurer , même dans son royaume ; il ne la goûte ni en matériel ni en politique. Tout souverain voudrait voir les dilapidations réprimées, les factions éteinte*, le trône bien garanti à sa dynastie, les sujets sincèrement affectionnés, l'empire bien à l'abri des conquêtes; aucun d'eux n'a sur ces divers points le quart des garanties qu'il peut souhaiter. Il en est de même en matériel : qu'un prince désire voir les forêts restaurées, les marécages desséchés, les montagnes reboisées, il rendra cent ordonnances qui n'aboutiront à rien. Et, dès la première innée de l'Harmonie, il verra 900 millions d'hommes occupés à satisfaire tous ses vaux sur ces divers points.
D'après cela , est-il raisonnable de demander si
i")' ASSOCIATION COMPOSÉE.
princes voudront consentir à la création de tels et tels fonctionnaires? Ils voudront tout ce qui sera nécessaire au soutien du bel ordre social qui contentera tous les désirs ; et convaincus que la stabilité de cet ordre dépend du plein essor de chacune des douze passions, ils n'auront garde d'en vouloir entraver aucune, surtout l'ambition , qui est la rectrice principale, et l'on peut dire la plus magnifique des passions cardinales.
Aucune autre ne fournit des ralliements si grandioses, 'le? liens si sublimes que ceux expliqués dans la note H et dans l'article protection fédérale inverse. L'amour et le famillisme nous en donneront de plus gracieux; mais c'est dans les ralliements d'ambition qu'éclate la grandeur des inepties sociales de la raison civilisée, dite philosophie En outrageant les passions, le plus savant œuvre de Dieu, n'est- elle pas l'écho de
Ces noirs habitants des déserts, Insultant par leurs cris sauvages , L'astre éclatant de l'univers ?
NOTE H. Suit les Sceptres de mérite et de Iota
On a souvent rêvé en morale que le bonheur des souverains consisterait a rendre les peuples heureux; c'est un principe équivoque en civilisation, ou les peuples sont ingrats comme les individus. Louis XVI dut son malheur a une déférence imprudente au vœu de la nation, qui demandait les états géoéraui et la double représentation du tiers-état.
On voit que je ne me fais pas illusion sur les voies de bonheur que doivent suivre les souverains ; on en peut induire que je ne m'abuse pas non plus sur celles que leur ouvre , en Harmonie, l'institution des 10 couples de sceptres cardinaux et pivotanx moitié de mérite, moitié de loterie.
Décrivons-en d'abord quelques détails intéressants» après quoi ;e réfuterai les craintes qu'une politique ombrageuse pourrait en concevoir avant examen, et je prouverai que cette méthode est le seul moyen d'affermir les trônes , les garantir à perpétuité aux dynasties légitimes, et affectionner les peuples au souverain comme à la souveraineté.
C'est dans le tableau des 2 sceptres pivotaux que je vais puiser les preuves. Définissons d'abord celui du Favoritisme \, plus aisé a concevoir que celui de Càractérisme Y.
Rien de plus déraisonnable que la faveur, et pourtant c'est la passion de tout le monde. Chaque père élit un favori parmi ses enfants , et préfère souvent le plus vicieux.
Les Barbares, plus rapprochés que nous de la nature , donnent plus d'essor a la passion de Favoritisme. Tout empereur ou pacha barbare a sa favorite variable au sérail , et son favori variable au ministère. Les monarques civilisés donnent moins ouvertement dans ce prétendu travers qui n'en est pas un , mais qui devient vicieux, en ce que la sagesse, dans l'état civilisé, consiste à s'éloigner le plus que possible de la nature ; étouffer toutes ses impulsions, dont l'une des plus impérieuses est le favoritisme (passion contre-foyère de Tunitéisme).
Les harmoniens , dociles à la nature , donnent le plus vaste essor a cette passion. Ils développent le favoritisme légal en 15 degrés (II, 376), formant autant de sceptres pour des couples de favoris annuels , depuis le couple de Phalange n°. 1, jusqu'au couple >4 13, omniarque du globe en favoritisme.
Les choix ne se fondent sur d'autres motifs que le caprice , la préférence aveugle. Il faut savoir charmer la phalange , la province, la région, l'empire, le césarat, l'univers. Celle qui sait mettre l'univers a ses pieds, «est élue favorite omniaicale du globe. N'importent les moyens : talents, beauté, intrigue ou autres , toutes voies sont bonnes : elle peut même, selon la décision de Sanchez, mettre enjeu le fichu transparent : s'il accorde cette licence quand il s'agit de gagner les juges et le procès, il l'accordera d'autant mieux pour capter des armées, et s'élever au trône du monde, affaire de toute autre importance qu'un procès.
Quelle carrière pour des femmes aimables dont l'empire l
''•"' v^SOCIATION COMPOSi
borné aujourd'hui ! Mais, dans cette élection de favoris, la beauté n'est pas le seul arbitre des choix ; il faut exciter un enthousiasme quelconque. Madame de Stai:l , tan* être belle, avait tout a point l'.iali tes propres a capter le suffrage de favoritisme gênerai. Elle aurait parcouru quelques armées, ou le charme de sa faconde, joint au relief de ses écrits, aurait décide en sa faveur le vote de li majorité des Phalanges du globe.
A défaut du globe entier, on peut tenter de moindres conquêtes, charmer au moins un petit empire comme la France , 9e. d< . (II, 570). N'obttnt-on que la faveur de sa Phalange, c'est déjà un lot d'autant plus propre à enthousiasmer les Français , que dans cette branche d'élections Ton se piquera d'agir à La française, juger sans raison et selon le pur caprice.
Parmi nous, des favoris ou favorites, tant du prince que de l'opinion, ne sont point des êtres intéressants pour l'industrie ; ils le deviennent en Harmonie, ou cette fonction est un stimulant très-actif dans les travaux de série ou d'armée. Quiconque aspire au favoritisme hante les grandes réunions d'industrie passionnée, et cherche à y répandre le charme. Les harmoniens étant sans cesse au travail, ce n'est que là qu'on peut les courtiser en masse. La phalange se passionne pour celui ou celle qui sait animer les -landes reunions ; il devient d'abord favori de Phalange ou de vicomte (II , 286); puis, par degrés, favori de comte, de marqui it , de royaume , d'empire, de cesarat , etc. On sait combien les pères se font illusion sur le mente de le enfants ; l'ourse de la fable trouve ses petits beaux et mignon.» : tout père, toute mère porte pareil jugement sur le physique et le moral de ses enfants; dès lors tout le peuple en Harmonie se berce du charme de voir ses enfants promus aux trônes de favoritisme. L'illusion est bien autrement forte sur les trônes de caraclérisme N , dont nous allons parler : elle existe de même sur I pires
de quadrille («T»),
On conçoit pu là que le peuple d'Harmonie veuille foule de
rois , d'empereui pires de tous les titres et de loua les
nfants , dit-il, parviendroni a ce rang ; il n'en doute
nullement; c'est pour lui un prestige de loterie d'autant plus ble qu*îl n'a rien de ruineux . i icn de trompeur ; qu'il ei
le père a stimuler l'enfant dans ses études, et qu'il affectionne ic peuple aux grands et aux princes , tous aimables pour lui , car il ne les connaît que par les bénéfices qu'il recueille de leurs fonctions.
Ce charme est surtout remarquable dans la souveraineté de titre caractériel, au sujet de laquelle chacun peut s'élever bien haut, en fait d'illusion, et voir le souverain présomptif du globe dans un enfant qui n'est pas encore né, ou qui est au berceau; y voir dès l'âge de 7 ans un omniarque légal. Expliquons l'énigme.
Les caractères nous sont distribués p3r la nature, en titre fixe, que l'éducation ne saurait changer : elle peut leur donner un vernis, des formes quelconques, sans dénaturer le fond. Sénèque et Burrhus n'ont pas changé le titre caractériel de Néron, tétratone à quatre dominantes bien distinctes; composite , cabaliste, ambition , amour. (Les caractères tournent au mal en civilisation, dès qu'ils ont en dominance un nombre de distributives supérieur ou seulement égal aux affectives.)
Les caractères sont distribués comme nos autorités et nos i ments, par échelons hiérarchiques. J'en ai donné une ébauche insuffisante (II , 558); rectifions-la en y plaçant les mixte.-. Je change la désinence titre, en celle de tone, plus radoucie (d. b. signifie touches diézécs ou bémolisées).
Les 810 caractères domestiques ou internes,
Formant le clavier général d'une Phalange.
Ut. Solitones 576 1 Dominante quelcon |
dièz. bémol. Bimixtes 80 2 Ralliantes.
Ré. Bitones 96 2 Dominantes animiques.
d. b. Trimixtes 16 5 Ralliantes.
Ifl. Tritones 24 5 Dominantes animiqiu
Fa. Tétratones 8 4 id. id.
d. b. Tètramixtcs 8 4 Ralliantes.
Sol. PE>'TATONES 2 5 Dominantes animiques
Caractères universaux dits externes, Ou clavier général des hauts titres passionnels.
Même gamme que celle tablée (544) : on place le couple \
tatone en touche basse n°. 1 , couple donné sur environ 810 personnes ; et ainsi des degrés plus élevés : d'où il suit qu'on ne trouve sur 2 et 1/2 milliards, qu'un couple d'individus titrés intégralement pour les fonctions d'omniarque du globe en régie caractérielle.
Sans étudier les caractères en si haut degré, observons-les seulement dans la gamme interne, dans les emplois d'une Phalange qui n'a besoin que des caractères domestiques , bornés à 810 touches: il suffit d'en étudier les deux extrêmes, soiitones et jjentatones.
Les 576 soiitones , gens qui n'ont qu'une passion dominante , sont assez constants, s'adonnent a peu de fonctions , et préfèrent volontiers celles qui exigent des réunions fréquentes. Les pentatones au contraire doivent, à eux deux, exercer en régie passionnelle dans toutes les Séries de la Phalange : si elles sont au nombre de 400 , il faut que le pentatonc et la pentatonc en fréquentent chacun 200 a peu près, et qu'ils y fonctionnent en raffinement de 5'. degré. Il faut donc pour pentatones des êtres d'un esprit trtJ actif, très-subtil , très-étendu, comme Voltaire , Fox , Leibnit/ . hommes qui étaient peut-être de plus haut degré, mais au moins du 5e. (Ces notions, je l'avoue, sont bien peu intelligibles tant que je diffère h donner une ample section sur les claviers de caractères en gammes interne et externe.)
Un caractère de haut degré est don de nature et non pas d'éducation. La nature en distribue la quantité nécessaire a la régie passionnelle d'une Phalange : elle sème au hasard , sur 811 enfants, les 810 titres de caractères internes. (Je dis SU , y qu'il en faut quelques-uns de titres plus élevés pour la régie externe, qui emploie à peu près 1 sur 2,000.
L'Harmonie ayant des méthodes fixes pour découvrir le il de chacun , l'on est sûr qu'il n'y aura ni erreur ni faveur dan- ce classement : dès lors toute femme enceinte peut se dire : Je suis peut-être enceinte d'un omniarque pivotai du globe, ou d'un degré éminent dans les hautes régies (11, 576), ou tout au moins d'un pentatonc qui aura, par droit dé naturr, l.i régie p ivsionncllc de sa Phalange; il en >cra le premier personnage en hiérarchie harmonique, et jouira des dividendes et bénéfices attachés a ce
Cette idée est pour le peuple une loterie d'autant plus charmante , qu'on y gagne sans y rien jouer. Nous raillons sur le théâtre un nigaud nommé Jocrisse qui, n'ayant rien mis a la loterie, va voir les numéros sortis , pour savoir s'il a gagné. On lui dit : ■ Imbécile , comment pourrais-tu y gagner, tu n'y as rien mis?»» A quoi il répond : « Eh! que sait-on? l'hasard.
Chacun, en paternité harmonienne, jouira de la chance miraculeuse qu'entrevoit Jocrisse, gagner par effet du hasard, sans avo-ir rien joué. En effet , il faudra bien que ces nombreux officiers caractériels , dont les brevets sont distribués au hasard par la nature , soient engendrés de quelqu'un. Tout homme ou femme, en cas de paternité, aura des espérances bien fondées dans cette loterie qui ne coûtera rien à personne ; on risquera tout au plus de n'y rien gagner, et jamais d'y perdre une obole.
k ne spéculer que sur l'intérieur de sa Phalange , on voit déjà que, sur 810 naissances, il y a 234 lots d'officiers et sous-officiers caractériels, dont 176 sous- officiers et 38 officiers ; toutes fonctions qui rapportent un bénéfice en dividende caractériel. Que d'espoir pour une femme pauvre dans sa grossesse, que d'illusions fondées ! Pourrait-on imaginer une loterie plus séduisante pour la classe populaire , surtout quand on envisage la chance de procréer les hauts titres, des officiers de province , de région , de royaume , d'empire, enfin du globe entier?
Ainsi se trouvera utilisée la passion des loteries, si violente chez le peuple : elle interviendra en Harmonie , non pour le pousser traîtreusement à sa ruine, selon les suggestions de la fiscalité ; mais pour l'attacher à l'ordre établi , aux grandeurs , aux souverainetés qu'il ne possédera pas , et dont il pourra espérer, pour sa progéniture , des omniarchies , duarchies , triarchies du globe. Plus un homme est pauvre en Harmonie, plus il tient à la conservation des nombreuses dignités qu'il espère pour ses enfants ou petits -enfants; la longévité des harmoniens leur garantissant l'avantage de voir peut-être 7 générations.
Un monarque du titre familial qui est le seul héréditaire, ne pourra pas plus jalouser les neuf autres souverainetés, qu'il ne lalouse aujourd'hui ses propres ministres , chargés de fonctions dont il ne veut pas se charger lui-même. Ces neuf classes de
ASSOCIATION COMPOSI
verains, dont huit électives et une naturelle , seront , par le lait . les ministres du souverain d'apparat, titre familial 3°. Il se pourra que l'omniarquc de ce titre >oit un solitone en degré de caractère ; il serait bien ennuyé, bien desoriente, s'il lui fallait fuie les fonctions de pciHatone; intervenir avec 200 Séries quand il n'en veut fréquenter que 50 ; exercer des fonctions de 5'. d quand son inclination le fixe a celle de 1". Il en sera de même de tous les autres titres et degrés de souveraineté; un monarque d'apparat ou hérédité , loin d'en être jaloux, les aimera par concours de service, et d'autant mieux que les neuf canières lui seront ouvertes , si la nature lui donne les moyens et le goût d'y
: er.
D'ailleurs, les souverains familials en tous degrés, depuis l'unarque (II, 37C>), ou baron héréditaire de canton, jusqu'à l'omniarque héréditaire, n'ont-ils pas sur les autres classes un avantage
ssez marqué dans l'hérédité dont ne jouissent pas les neuf c: de colley ica Un prince familial pourra obtenir et cumuler ces ire avant 15 ans roitelet , en même temps que roi familial ; être à vingt ans père d'omniarque ou de césar, par un hymen lique avec une omniarque ou une ce'sarine ; être à 30 ans hyper-faquir du globe , en même temps que roi familial d'une heptarchie ; obtenir ainsi en quelque degré les autres titres, tomme cet empereur d'Allemagne qui devint coadjutcur du pape , sans pour cela quitter le trône germanique.
C'est donc une objection mal fondée que cette hypothè>c de \.\elle n'est applicable qu'aux périodes lymbtques, ou les M herchent à se spolier et se supplanter; encore en on vivre en fort bon accord, si leurs fonctions sont distribuées de manière à éviter les conflits. In roi de France ne s'omee que le pape exerce une juridiction religieuse en i, ll(ii est de même des i<> clai reraineté
harmonie elles sont boa par convenant :oquc
• intime que celle des dix doigts cmre e Il est donc vrai (414) , discordes principales entre
civilisés naissent du motif le plus propre à établir l'union entre H irmonienstdeli i frotte! mr$t voie des ralliements 1< -
tant il est certain que le néca-
nisme civilisé ne sait que changer l'or en cuivre , et faire naître du faux essor des passions autant d'éléments de discorde que Dieu y avait ménagé de voies d'unité.
Voila sur la question qui nous occupe , sur l'accord passionne entre peuples et souverains, des solutions déjà suffisantes, avec lesquelles concourront beaucoup d'autres à tirer des ralliements mineurs. J'ai donné en sens d'ambition 2 liens analogues aux ressorts de la passion, intéhèt et gloire : j'ai prouvé que les souverainetés décuplées et graduées satisfont tout le peuple sous c deux rapports.
Eh ! comment le peuple aimerait-il ses maîtres dans l'état actuel oli les sceptres et magnatures , loin d'ouvrir aucune carrière de gloire à la multitude, ne la servent pas même sur le nécessaire. l'intérêt !
C'est pourtant le premier besoin qui se fait sentir chez le peuple : il n'aime les grands que sous la condition de bénéfice. Lcr-que Néron jeta de l'or et des diamants à la populace de R.ome, il s'en faisait aimer, parce qu'il donnait au lieu de prendre. Lorsqu'on introduisit chez les Tyroliens des droits-réunis, portes et fenêtres, octrois, centimes additionnels, et tout l'attirail de perfectibilité moderne, les Tyroliens maudirent leur nouveau maître; ils crièrent à bas Maxi milieu ! vive François!
Ainsi , le peuple civilisé n'a pas d'amour positif pour les souverains ; il ne les aime que négativement ; il préfère celui qui prend le moins. Un roi civilisé est tout au plus aimé du courtisan gorgé de sinécures et de pensions : nous aimons celui qui nous enrichit et non pas celui qui nous dépouille. Organisez en ce sens toutes les souverainetés ; faites que le peuple y voie des carrières de gloire et d'intérêt pour lui et les siens , et vous aurez établi la stabilité des trônes , fondée sur l'intérêt et l'amour des peuples. Quel appât pour tout monarque, de hâter la fondation de l'Harmonie sociétaire.