IV
enfants. Bien sage fut-il, car il aurail sans doute réussi comme Cicéron, qui entremit toute la docte séquelle d'Athènes et de Rome pour faire de son (ils le plus nul des cires , un idiot , dont l'unique relief se borna à porter le nom de Cicéron, héritier de son immense fortune, et avaler une cruche de vin en une seule gorgée. Cette crapule était le seul talent du fils de l'orateur romain ; il tenait parmi les biberons le môme rang que son père parmi les beaux esprits.
Telles sont les prouesses que l'histoire nous transmet sur le compte de cet avorton, pour l'instruction de qui les sages d'Athènes et de Rome avaient été mis à contribution. Il faut l'avouer, l'espoir des pères est bien déçu par les méthodes civilisées , et par l'impéritie des sophistes en éducation.
Pour nous sortir du chaos de leurs systèmes , posons d'abord des fanaux de direction ; déterminons le but , puis nous nous occuperons de la marche à suivre.
In toute opération d'Harmonie, le but n'est autre que l'unité. Pour s'y élever, l'éducation doit être intégrale
- OMPOSÉI
Compoêée, formant à la fois le corps et l'Ame ; elle ne remplit aujourd'hui aucune de ces deux conditions. Il sera prouvé . dans le cours de ces sections 3e. et 4e., que les méthodes civilisées négligeai le corps et pervertissent l'Ame.
intégrale, c'est-à-dire embrassant tous les détails du corps et de l'Aine , introduisant la perfection sur tous les points. Il ^era prouvé que uns systèmes Civilises ne tendent qu'à fausser pièce A pièce les développements du corps
| el de l'Ame], et vicier l'un et l'autre] par l'égoïsme et la duplicité.
Dans un prélude , évitons de parler du matériel qui nous conduirait trop loin, et bornons-nous à envisager l'éducation harmonienne en sens moral et politique, c'està-dire en sens unitaire; car il ne peut exister ni saine politique, ni saine morale, hors des voies d'unité ou voies de Dieu.
L'éducation harmonienne , dans ses procédés , tend d'abord à faire éclore dès le plus bas âge les vocations d'instinct, appliquer chaque individu aux diverses fonctions auxquelles la nature le destine, et dont il est détourné par la méthode civilisée , qui, d'ordinaire et sauf rares exceptions, emploie chacun à contre-sens de sa vocation.
Si votre astre en naissant vous a forme' poêle ,
les leçons de la morale et du devoir filial tendront à faire de vous comme de Métastase un portier au lieu d'un poète , et tout l'attirail de la sagesse philosophique sera mis en jeu pour vous entraîner aux fonctions d'où la nature voulait vous écarter. Les 9/10es des civilisés pourraient élever cette plainte.
Il n'est donc pas de question plus obscurcie parmi nous que celle de la vocation ou instinct de fonctions sociales. Ce problème va être pleinement éclairci par le mécanisme de l'éducation harmonienne. Elle ne développe j amais chez l'enfant une seule vocation, mais une trentaine de vocations graduées et dominantes en divers degrés.
Le but étant de conduire d'abord au luxe(\er. foyer d'Attraction (II, 241 ), il faut que l'éducation entraîne au travail productif; elle ne peut y réussir qu'en faisant disparaître une tache bien honteuse pour la civilisation, et qu'on ne trouve pas chez lesSauvages ; c'est la grossièreté
el la rudesse des classes inférieures, la duplicité de lan el de manières. Ce vice peut être nécessaire parmi nous, où le peuple accablé de privations sentirait trop vivement sa misère s'il était poli et cultivé; mais dons l'état sociétaire où le peuple jouira d'un minimum supérieur au sort de nos bons bourgeois, il ne sera pas nécessaire de l'abrutir pour le façonner à des souffrances qui n'existeront plu- . et pour l'enchaîner à des travaux qui n'auront rien de pénible, puisque le mécanisme sériaire les rendra attrayants.
Dr celle chance d'Attraction industrielle dérive la néîsilé de polir la classe plébéienne; car si l'industrie sociétaire doit amorcer les souverains comme les plé- DS, il suffirait de la seule grossièreté du peuple poui conlre-balancer les amorces que le nouveau système industriel pourrait présenter aux grands. La classe riche ne m- plairait jamais à exercer le travail avec des rustres , à -!• mêler à toutes leurs fonctions. Ainsi , par le double molil du bien-être du peuple et de l'accession îles riches au travail, il devient inutile que le peuple d'Harmonie resle grossier; il faut au contraire qu'il rivalise de polie avec la classe riche, pour réunir attrait des personnes el attrait de> fonctions dans les culture et inanu- Dl • S
La politesse générale et l'imite de langage et de manières ne peinent s'établir que par une éducation collectif . qui donne à l'enfant pauvre le ton de l'enfant riche.
Si l'Harmonie avait, connue nous, des instituteurs de .Iin.i rès, pour les trois classes, riche, moyenne et pauvre, des académiciens pour les grands, des péda tes pour les moyens, des r 1 1« i i - ; • i> pour les pauvres,
elle arriverait au même but (pie nous . à l'incompatibilité
des classes et à la duplicité de ton, qui serait grossier chez les pauvres, mesquin chez les bourgeois, et raffiné chez les riches. Un tel effet serait gage de discorde générale: c'est donc le premier vice que doit éviter la politique harmonienne : elle s'en garantit par un système d'éducation qui est un pour toute la Phalange et pour tout le globe , et qui établit partout l'unité de bon ton.
Evitons ici de confondre Y unité avec l'égalité. La classe opulente, loin d'être lésée par la politesse des inférieurs, y trouve une foule d'avantages incontestables. Aussi tout homme riche préfère-t-il des domestiques polis et intelligents, comme ceux de Paris, aux rustres de province, par qui on est fort mal servi et grossièrement traité.
D'ailleurs , le service n'étant pas engagement individuel en Harmonie, où il est au contraire lien d'affection individuelle, c'est pour l'homme riche un double charme que de trouver dans ses nombreux pages des amis intimes et des gens polis comme lui. On croit déjà favoriser les monarques en leur procurant un seul de ces agréments , celui d'avoir pour pages des jeunes gens d'une éducation trèssoignée. Si un Harmonien peut ajouter à cet avantage celui de trouver des amis dans tous ses serviteurs, s'ensuivra-t-il que ce régime ait quelque rapport avec l'égalité?
Csons d'une comparaison : prétendra-t-on que, pour éviter l'égalité, il faille que le peuple soit de plus petite stature et de plus faible corpulence que les gens riches? Non, sans doute. L'unité matérielle veut que les corps soient de même taille dans toutes les classes. Il n'y a jusque-là qu'unité simple, bornée au matériel ou physique de l'homme.
L'unité composée qui doit être matérielle et passionnelle, et qui ne peut s'élablir qu'en Harmonie , exige que
f) ASSOCIATION COMPOSAI".
les humains soient identiques en ce qui touche aux essors de l'âme comme en développements du corps, qu'ils soient homogènes par le langage et les manières, quoique trèsinégaux en fortune.
Du moment où le travail sera devenu attravant , il n'v aura nul inconvénient à ce que le pauvre soit poli et instruit. II y aurait au contraire lésion pour le riche et pour l'industrie générale, si le pauvre conservait les mœurs grossières de la civilisation; il doit se rencontrer sans cesse avec les riches dans les travaux attrayante des n ries pass. Il faut , pour charmer et intriguer ces réunions, que les manières soient unitaires, généralement polies. Les Harmoniens s'aiment entre eux autant que les civilisés se détestent ; la Phalange se considère comme une seule famille hien unie; or, il ne peut convenir à une famille opulente qu'un de ses membres soit dépourvu de l'éducation qu'ont reçue les autres.
Pour élever à l'unité de manières toute la masse des enfants, le plus puissant ressort sera I'opéra, dont la fréquentation est pour tous les enfants d'Harmonie un exercice demi-religieux, emblème de l'esprit de Dieu, de l'unité que Dieu fait régner dans le mécanisme de ITnivers. L'opéra est l'assemblage de toutes les unités matérielles : aussi tous les enfants Harmoniens figurent-ils , dès le plus bas Age, am exercices d'opéra, pour s'y façonner aux unités maté., acheminant aux pi
l ii déjà observé qu'une salle d'opéra est aussi oc., s urc à une Phalange que ses ers irrues et ses troupeaux. Ce nYsi pas seulement pour l'avantage de se donner dans le moindre canton un spectacle aussi brillanl que ceux de Paris, Londres el Naples; c'esl pouréduquer l'enfai la formerai! matériel d'Harmonie.
Ce spectacle sera à la fois vœu d'Attraction et de raison. Il sera vœu d'Attraction , en ce qu'on verra les enfants entraînés passionnément à y figurer dès l'âge de 4 ans; vœu de raison, en ce que les pères y verront le rudiment industriel de l'enfance, l'initiation figurative aux principes de l'Harmonie sociale.
L'éducation unitaire doit élever les hommes aux perfections du corps et de l'âme. Nos instituteurs armés de fouet , de palettes et d'abstractions métaphysiques , savent former des Nérons et des Tibères : laissons-leur ce honteux talent, fruit de l'éducation partielle simple, et étudions le système de l'éducation intégrale composée, qui saura d'un Tibère et d'un Néron pris au berceau, pris à trois ans, former un monarque plus vertueux que les Antonins et les Titus.