SCENE VII
ÉLISE, assise à gauche, JEANNE, assise près d'elle, DALIBON entrant par le fond.
DALIBON, d'un air de mauvaise humeur.
Enfin !... C'est bien heureux !
(il se dirige vers la cheminée, regirde derrière les flambeaux, sous la pendule.) ÉLISE, bas à Jeanne.
Qu'a-t-il donc ?
JEANNE, de même.
Je n'en sais rien.
ELISE, de même.
Aurait-il quelques soupçons?... (Le voyant s'arrêter devant le tiroir qui est resté ouvert.) Ail !... le tiroir !...
JEANNE, bas.
Que j'ai oublié de refermer...
DALIBON, l'examinant.
Tiens! je ne connaissais pas ça.
JEANNE, bas, à Élise.
Vois-tu bien.., si nous n'avions pas tout fait disparaître...
ÉLISE
Il savait tout !
JEANNE
Et maintenant, plus de danger !
ÉLISE
C'est égal ! Je ne suis pas tranquille. . Il se doute de quelque chose !
RÊVES d'amour
DALIBON, après avoir refermé le tiroir, et regardé encore à droite et à gauche, va à Élise qu'il observe pendant quelque temps, et qui détourne les yeux avec embarras.
Comme tu as mauvaise mine !
ÉLISE
Oui... une migraine affreuse !
DALIBON.
Ca sent le brùlél (Jeanne et Élise échangent des regards de crainte.)
Qu'est-ce qu'on a donc brûlé ici? Des papiers dans la cheminée... justement peut-être ce que je cherche.
JEANNE, se levant et venant à lui avec impatience.
Et que cherches-tu donc ainsi depuis une heure ?
DALIBON.
Le journal î (Jeanne part d'un éclat de rire.) Le journal qui n'est
pas dans mon cabinet... et dont j'ai besoin... (a Jeanne.) Il n'y a pas de quoi rire, c'est sérieux, et je te demanderai pourquoi tu ris ?
JEANNE
Pourquoi... pourquoi... parce qu'il est là dans mon pupitre.
ELISE, le donnant à Jeanne, qui le passe à Dalibon.
Oui, le voilà.
Je l'avais pris pour Hre le feuilleton.
DA.LIBON.
Il n'y en a pas.
JEANNE
C'est pour ça.
DALIBON.
Comment ! c'est pour ça ?
JEANNE
C'est pour ça que je ne le Usais pas.
DALIBON.
Ah!
JEANNE
Et pourquoi donc voulais-tu avoir le journal?
DALIBON, lui faisant signe de se taire. Silence, donc ! (La prenant à part, à droite, pendant qu'Elise, assise à gauche, appuie sa tête sur sa main et rêve.) Un SUpcrbe CadeaU
que je veux faire à ma femme... Notre petite campagne de Lagny lui déplaît... elle est trop vieille, trop exiguë... pas de chambre pour ton mari... (Geste de Jeanne.) si jamais tu en prenais un... et à peine un jardin... j*ai une autre propriété en vue... une villa moderne... charmante... un chalet pour toi, au milieu d'un parc.
Est-il possible !
DALIBON.
Tais-toi donc...
JEANNE
Ce sera bien cher...
DALIBON.
J'ai, cette année, mis de côté soixante mille francs... que je destinais à mon agrément, et mon agrément, à moi... c'est d'être agréable à ma femme !
JEANNE, regardant Élise.
Oh ! mon bon frère...
DALIBON, gaiement.
Mais, comme la tendresse n'exclut pas la bonne administration... je voudrais, avant d'acheter la nouvelle maison, me défaire de l'ancienne.
JEANNE
Très-bien raisonné.
DALIBON.
J'ai donc donné ordre à mon notaire de la mettre en vente,
RÊVES D ' A iM 0 U R
comme cela se fait maintenant... des annonces dans tous les journaux, et je voulais voir si le nôtre avait inséré la notice... (Parcourant le journal.) Ah ! la voilà cn gros caractères. fiisant.) ^< Â vendre, jolie propriété bourgeoise, sise à Lagnyy Grande- Rue, numéro 9. » Ça saute à Toeil... et c'est d'un bon effet.
ELISE, de l'autre côté, et les regardant.
Qu'ont-ils donc à causer ainsi tout bas?
DALIBON.
Surtout, pas un mot à Élise... parce que ça n'est pas encore fait... il y a tant de formalités !
JEANNE
Sois donc tranquille...
(Elle passe près d'Élise, et pendant ce temps Dalibon, qui vîeJit de s'asseoir dans le fauteuil à. droite, déploie le journal qu'il parcourt.)
ÉLISE, bas à Jeanne.
Qu'est-ce donc? De quoi s'agit-il?
JEANNE, de même.
Ne t'inquiète pas... je te le dirai.'
DALIBON, lisant.
« Nouvelles diverses. Liste des jurés... » Merci ! « Encore un accident dû à la crinoline... une femme brûlée... deux femmes. . » Un incendie de femmes... ça ne les corrigera pas... « Un officier de marine distingué, longtemps absent de France, et dont la mort même avait été annoncée, M. Henri Melfort, vient de reprendre du service dans la marine. »
ELISE, poussant un cri étouffé.
Ah!...
DALIBON, se retournant vers sa femme.
Melfort!... Serait-ce un parent?... Ahl mon Dieu !... Elle se trouve mal...
(U jette le journal sur la table, et court à Élise.)