SCÈNE XIV. MARGUERITE, CONRAD
CONRAD, sur le seuil de la porte.
Dieu soit loué ! Quelqu'un me répond !
MARGUERITE
Monsieur Conrad !
CONRAD
Mademoiselle de Waldeck !... Pardon, mademoiselle, pourriez-vous me dire où je suis?
MARGUERITE
Chez moi, monsieur.
LA FRILEUSE
CONRAD
Ah ! Tant mieux !
(il entre et ferme la porte.) MARGUERITE, à part.
Mais, non pas! (Haut.) Et comment vous y trouvez-vous?
CONRAD
Ce serait trop long à vous raconter... J'ai rompu mes arrêts... je me suis battu !
MARGUERITE
Vous avez quitté le camp sans permission... je sais tout cela... Mais pourquoi?
CONRAD
Pour venir ici, pour m'introduire dans le palais ducal.
Où l'on vient de signer l'ordre de vous poursuivre, de vous arrêter...
CONRAD
Très-bien !
MARGUERITE
Comme déserteur !
CONRAD
A merveille !
MARGUERITE
De vous condamner, peut-être !
CONRAD
Ça m'est égal! Pourvu que je la retrouve !... que je la revoie !... car elle habite ce palais... mais ce palais est immense, de longs corridors qui se croisent... des portes sans nombre où j'ai frappé en tremblant, et sans qu'on m'ouvrît !
MARGUERITE
îl y a réception chez la grande-duchesse... Tout le monde y est.
COMEDIKS — 1) H AMES
Excepté vous, ma protectrice, mon bon ange... qui pouvez me rendre un grand service !
MARGUERITE
Parlez vite, monsieur, car je suis pressée, et je ne peux pas vous garder longtemps.
CONRAD
Je m'en vais... je m'en vais. Veuillez seulement m'enscigaer où est le corridor des dames d'atours.
MARGUERITE
Et pourquoi?
CONRAD
Elle en est une... elle me l'a dit !
MARGUERITE
Qui donc?
CONRAD
Celle qui m'est apparue... et pour qui je me ferais tuer !... Ça vous étonne?... C'est juste : vous ignorez que nous avons causé des heures entières ensemble!... Je la vois encore.., elle avait si froid !... Et si bonne... si gracieuse... si charmante !.-.. Je la connais comme si je l'avais toujours aimée.
MARGUERITE
Eh bien, monsieur... puisque vous la connaissez si bien, son nom... son nom?...
CONRAD
C'est la seule chose que j'aie oubhé de lui demander ; mais elle est dame d'atours de Son Altesse.
Il y en a quatre.
CONRAD
C'est la plus jeune !
LA FRILEUSE
MARGUERITE
Il n'y en a pas.
CONRAD
La plus jolie î
MARGUERITE
Il n'y en a pas.
CONRAD
Ce n'est pas possible!... Celle enfin.,, qui a de l'esprit !
MARGUERITE
Je crois, Dieu me pardonne, qu'aucune d'elles...
CONRAD
Allons donc !
Je peux me tromper... mais l'autre jour... et avec celle qui passe pour la plus spirituelle, je causais au coin du feu...
CONRAD
Au coin du feu... Elle est frileuse ?
MARGLERITE.
Extrêmement !
CONRAD
C'est elleî... Et son appartement?
MARGUERITE
Au-dessus du mien.
CONRAD
J'y cours!
MARGUERITE
Attendez !... j'entends marcher.
CONRAD, près de la porte du fond et écoutant.
Eh ! oui on s'arrête à cette porte.
MARGUERITE, à port.
Grand Dieu ! Si c'était le prince!... (Haut.) Partez, monsieur... partez!... Mais, comment vous en irez-vous?
CONRyVD, monlront la deuxième porte à droite.
De ce côté. Cette porte...
Conduit chez la grande-duchesse !
CONRAD, montrant la première.
Celle-ci, alors...
MARGUERITE
Celle de mon cabinet de toilette, qui n'a pas d'autre
issue... (On entend sonner dix heures. — Poussant un cri.) Ali! CONRAD.
Qu'avez-vous?
MARGUERITE, tombant dans un fauteuil.
Je me meurs !
CONRAD
Qu'est-ce que cela signifie ? Elle se trouve mal!... (on entend frapper trois coups dans les mains.) Un rendcz-vous quc j'ai dérangé!... Maladroit que je suis! Ma foi, à tout hasard, et, pour ne pas la compromettre...
(il disparaît par la première porte de droite ; au même moment, Max entre avec précaution parla porte du fond.)