‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 2)Chapitre 140 sur 156 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

MARGUERITE, évanouie, MAX.

MAX

C'est mon premier rendez-vous, et j éprouve là un trouble, une émotion!... eh! parbleu! pourquoi ne pas l'avouer ?... une frayeur qui me charme ! Grâce aux soins du baron, me voici dans la place... Ce n'était pas le plus difficile... il ne fallait qu'agir... mais, maintenant... il faut parler... et le cœur me bat si fort, que je ne pourrai jamais... Je crois que je ferais mieux de m'en aller, car rien qu'en la voyant... 0

ciel! évanouie!... Tant mieux!... Non! non! (ii lui fait respirer un flacon de sels.) Marguerite ! Marguerite ! Revenez à vous, je vous en conjure !... Ce ne sera rien... Sa pâleur a disparu... ses couleurs reviennent!... Qu'elle est belle ainsi! Et que je suis heureux, pendant qu'elle ne peut m'entendre, d'oser lui dire : Je t'aime !... (se jetant à ses pieds.) je n'ai jamais aimé que toi... tu es mon espoir, mon rêve, ma vie!

MARGUERITE, soulevant la tête.

Bien vrai, monseigneur ?

MAX, se relevant vivement.

Ail! je me suis trahi!... Vous m'avez entendu! J'ai révélé mon secret, le secret de mon dépit, de mes injustes soupçons !... Oui, l'amour est jaloux et colère. C'est souvent de la haine qu'on éprouve... qu'on croit éprouver... pour ce qu'on aime le mieux!... Vous le sauriez com.me moi... si vous aimiez !

MARGUERITE

Et qui vous dit, monseigneur, que je ne vous ai pas souvent délesté?

MAX

Ah I

MARGUERITE

démarche même ne prouve-t-elle pas que je souffrais de votre erreur... et que je tenais, avant tout, à me justifier?

MAX

Vous n'en avez pas besoin. Le mot que vous venez de prononcer, Marguerite, répond à tout !

MARGUERITE, souriant.

Je n'ai rien dit.

MAX

Et moi, je ne veux pas en savoir davantage ; vous devez avoir raison ; moi, je dois avoir tort... mais, désormais, je ne serai plus, comme je l'étais, ni absurde, ni gauche, ni ti-

midc ! Guidé j)ar vous, je serai capable de tout ; j'auiai de la force, du caractère, môme auprès de mon auguste tante!... Dès aujourd'hui, je lui déclare que je n'aurai jamais d'autre femme que vous.

MARGUERITE

Non, non, gardez-vous-en bien! Que je ne sois pas enli'e vous une cause de discorde et de haine !

MAX

Mais, enfm... je ne serai maître que dans deux ans!...

MARGUERITE

Eh bien, laissez faire le temps.

MAX

Non, vous seule devez régner en ce palais!... Dites' un mot, et, dès aujourd'hui, mes ordres seront exécutés. Dites : « Je veux I »

MARGUERITE

Je veux... (Tendrement.) quc VOUS m'almlez !

MAX, la pressant sur son cœur.

Ah! Toujours!

MARGUERITE

Silence!... N'entendez-vous pas?...

MAX, montrant la deuxième porte de droite.

Oui... on ferme cette porte !

MARGUERITE

Qu'est-ce que cela veut dire?

MAX, dési-nniit la porte du fond.

On se dirige de ce côté !

MARGUERITE

0 mon Dieu ! . . . que faire ?

MAX

Oui... que faire?

MARGUEniTE.

Eh ! mais.,, vous semblez aussi ému que moi !

MAX

J'en conviens. Quand on n'est pas fait à ces émotions-là...

(La porte da fond s'ouvre. Max se jette de côté et se cache derrière les rideaux de la fenêtre, près de laquelle il se trouve ; il les ferme vivement.)

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