I.A FRILEUSE
LA DUCHESSE
Et pour qui donc, alors, monsieur... veniez-vous en cet oratoire ?
GALAOR, à part.
Ma foi, je brûle mes vaisseaux ! (Haut et avec aplomb.) Pour vous, Altesse.
LA DUCHESSE
Pour moi? (Avec un peu d'émotion.) Vouloir me persuader que vous m'aimez encore!
GALAOR
Toujours !... et à tout prix, avant mon départ, je voulais une entrevue avec Votre Altesse... Dans l'obscurité, j'avais osé suivre ses pas...
LA DUCHESSE
Jusqu'ici?
GALAOR
La preuve, c'est que m'y voici. Oui, j'espérais vous y trouver seule... mais, ce que je ne pouvais prévoir, c'est Teffet que produirait sur moi votre présence... Elle vient de rallumer une flamme mal éteinte, un feu qui, depuis vingt ans, couvait sous la cendre !
LA DUCHESSE, avec embarras.
Monsieur... une telle audace!...
GALAOR
Je suis coupable, mais Votre Altesse seule en est cause... La nuit... l'occasion... cette main que je viens de presser contre mes lèvres!.., tout a rappelé le passé... la téte m'a tourné... et la prudence... la raison... (a part.) le sens commun... (Haut.) tout m'a abandonné. (Se jetant à ses pieds.) Oh!
je vous aime! (a part.) Qu'est-ce que je risque?
LA DUCHESSE
Vous, à mes genoux! (Écoutant.) Mais, on vient, monsieur, on vient, levez-vous, je l'ordonne !
366 GOMÉDIKS — DRAMES
GALAOR
J'ai mérité la mort, et je l'attends à vos pieds!
LA DUCHESSE, montrant la porte du fond.
On frappe à cette porte !
GALAOR
Rassurez-vous, elle est fermée à clef! (Montrant la porte à
droite, devant laquelle il s'est placé.) Quant à Celle-cl, je ne VOUS
la laisserai pas franchir ; car, je vous l'ai dit, madame, c'est sous vos yeux, c'est devant vous, que je dois subir mon juste châtiment.
(il se jette de nouveau à ses pieds.) LA DUCHESSE.
Mais on va tout briser... on va me trouver seule avec vous, la nuit... dans cet oratoire!... Un oratoire encore! Quel éclat!... Quel scandale!... Réfléchissez donc!...
GALAOR
Réfléchit-on, madame, lorsque V on va mourir? (Se relerant.) D'ailleurs, on s'éloigne.
LA DUCHESSE
Pour chercher du renfort; ils vont revenir! Et ma réputation... La réputation d'une femme, d'une princesse!
GALAOR
tst une fleur, je le sais, qu'un souffle peut doublement ternir.
Partez, du moins, monsieur, je vous l'ordonne !
GALAOR
Abandonner Votre Altesse dans le danger?
LA DUCHESSE
Partez, ou demain je fais tomber votre tète !
GALAOR
Comme Élisabeth celle du comte d'fîssex? Cela vous com^
LA FRILEUSE
promettra encore plus ; c'est attester mon audace, mon bonheur I
LA DUCHESSE, avec trouble.
Eh bien, non, monsieur!... 3Iais, partez, et j'oublierai tout !.,. (Avec effort.) Je VOUS pardonne !
GALAOR
Voudrais- je d'un pardon que mes amis ne partageraient pas?... Amnistie pour tous!
LA DUCHESSE, écoutant, avec agitation.
Eh bien, soit!... (On frappe.) Amnistie!
GALAOR, se mettant devant la table et écrivant.
0 généreuse souveraine! Souveraine adorée!
Que faites-vous?
GALAOR
J'écris vos augustes promesses.
LA DUCHESSE, ayec hauteur.
Ma parole ne vaut- elle pas ma signature?
GALAOR
Exactement la même chose... Alors, qu'importe !... J'écris amnistie générale, permission à votre neveu, le prince Max, et à la princesse Thécla de se marier.
LA DUCHESSE, vivement.
Ensemble!
GALAOR
Ensemble, ou séparément! (Lui présentant la plume.) Qu'importe!... Daignez signer, et je pars.
LA DUCHESSE, jetant la plume.
Non, je ne signerai pas cela... Je sens se ranimer ma cplère !
GALAOR, avec exaltation.
Et moi se ranimer dans mon cœur le brûlant déhre qui me consume, et qu'un mot de vous allait apaiser!
368 c 0 M K I) 1 1: s — du a m j:s
LA DUCHESSE, so hàUmi de si;3'iior.
Je signe, monsieur... j'ai signé, (on fr.ippo do nouveau à lo porte.) Mais alicz-voLis-en !
GALAOR, sortant à droite.
J'emporte avec moi le décret d'amnistie!