SCÈNE PREMIÈRE
MELFORT, seul, sortant du salon à droite.
Je n'en puis revenir encore! Cette journée, dont je me faisais d'avance une idée si douce, n'a été pour moi qu'une suite de déceptions. Jeanne n'est plus celle que j'ai vue autrefois et qui m'avait charmé. Elle est toujours gracieuse, prévenante, aimable avec tout le monde... mais avec moi, c'est une froide politesse, c'est un air d'ironie qui perce dans ses moindres paroles... Qu'ai-je fait... quel est mon crime?... D'aspirer à sa main, de me présenter à elle avec le consentement de son frère. Je ne vois dans une telle démarche rien qui doive exciter sa colère... ni justifier l'expression de dédain qui semblait errer sur ses lèvres! D'après le caractère que je lui supposais, j'attendais de sa part, même en cas de refus, une explication franche et loyale que depuis le dîner je n'ai pas encore pu obtenir. Mais ce qu'il y a déplus étonnant encore... c'est sa belle-sœur... madame Dahbon... Que diable ! celle-là, je ne viens pas pour l'épouser... et cependant, elle semble aussi prendre à tache de m'éviter : quand je m'approche, elle se réfugie près de sa sœur... quand je lui adresse la parole, elle me répond à peine... quand je lui donnai la main pour sortir de la salle
RÊVES d'amour
à manger... on aurait dit qu'elle tremblait de peur ! Je suis donc un épouvantail pour toute la maison... Et un autre ennui, le petit cousin, M. Euryale... un bavard, un fat, un impertinent... qui a l'air de faire la cour à ces deux dames... et d'être sûr de son fait... Heureusement, je lui ai donné une leçon dont il ne se vantera pas. Il n'y a ici de franc, de loyal, de dévoué à mes intérêts, que M. Dalibon ! L'excellent homme a tant d'envie de me voir réussir dans mes projets, qu'il se persuade que tout va à merveille!