‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 2)Chapitre 42 sur 156 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

JEANNE, ÉLISE, entrant par la porte à droite. ÉLISE.

Enfin, je puis te rejoindre !

JEANNE, froidement.

Monsieur Melfort est congédié... il part! Quant à mon frère, nous sommes brouillés ensemble... mais, quelque chagrin que j'en éprouve, je ne regretterai rien, si ta tranquillité et celle de ton mari sont désormais assurées.

ELISE, avec agitation.

Mais c'est que... c'est que j'ai peur que non I

JEANNE, vivement.

Et comment cela?

ÉLISE

Mon mari se doute de quelque chose !... Mon trouble, mes gaucheries, ma frayeur... car je suis paralysée... je suis idiote... je ne peux plus parler... Tout cela l'aura éclairé sans doute... et lui aura donné des soupçons... non sur Melfort, mais sur tout autre qu'il ne connaît pas et qu'il cherche à connaître... Depuis le dîner... il ne me quitte pas des yeux, il épie toutes mes démarches, il est toujours sur mes pas. Tout à l'heure il est encore monté dans ma chambre, et, du bas de l'escalier... je l'ai entendu, je te l'atteste... je l'ai entendu fermer à double tour la porte de notre appartement, et retirer la clef de la serrure... Qu'esl-ce que tout cela signifie ?

JEANNE, rêvant.

Je l'ignore ! Peut-être est-ce... Mais avant tout, j'ai à te prévenir d'une chose : mademoiselle Gervaise, à qui je donnais, après dîner, un ordre en ton nom, m'a répondu d'un air si impertinent, que sur-le-champ je l'ai renvoyée.

RÊVES d'amour

ÉLISE

Qu'as-tu fait là?... Nous ne le pouvons pas.

JEANNE

Nous ne pouvons pas mettre à la porte une femme de chambre insolente! Allons donc!... Souffrir qu'on nous manque de respect, c'est se manquer à soi-même !

ÉLISE

Je comprends bien!... Et avec toute autre domestique, sans contredit... mais avec celle-là, c'est d'une imprudence !

JEANNE

En quoi donc Ne dirait-on pas que tu la crains !

ÉLISE

Eh bien, oui! Je crains qu'elle ne soupçonne quelque chose... et Euryale aussi!

Que me dis -tu là?

ÉLISE

Tout est compromis, tout est perdu ! J'ai écrit à M. Melfort... il a ma lettre.

JEANNE

Tu lui as écrit !... .

ÉLISE

Pour le congédier... comme tu l'avais exigé... et ce billet... pour le lui remettre... je l'ai confié...

JEANNE, vivement.

A Gervaise?... Quelle imprudence !

ÉLISE

Et ce n'est rien encore !... Par une fatalité, par un hasard...

JEANNE

Qui arrive toujours !

ÉLISE

Ce billet est tombé entre les mains d'Euryale...

JEANNE, vivement.

Qui l'a lu?...

Je n'en sais rien!... Que veux-tu?... J'avais perdu la tête !... Quand on n'est pas habituée à des positions pareilles...

JEANNE

Voyons... voyons, calme-toi... Cette lettre, après tout, n'avait rien de... de compromeltant?...

ÉLISE

Qu'est-ce que tu entends par là?

JEANNE

Enfin... tu ne lui disais pas... que tu l'aimais?...

ÉLISE

Je crois que si... (vivement.) Pour l'engager à partir, je ne sais pas ce que je n'aurais pas écrit !

JEANNE

Tu lui as écrit... 11 te répondra.

ÉLISE

Oh ! non, non !

JEANNE

Tu lui as donné le droit de te répondre. (Bas.) Tais-toi...

Gervaise !

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