‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 2)Chapitre 41 sur 156 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

JEANNE, DALIBON. •

DALIBON.

Pauvre jeune homme !... Il me touche, moi, et je ne concevrais pas qu'on eût le cœur de ne pas l'accueillir, (hqui.) Eh bien, ma sœur Jeanne... qu'est-ce que nous disons?...

(voyant qu'elle garde le silence.) Tu te tais? (A part.) G'cst bou

signe. (Haut.) Tu vois bien que de près... un prétendu n'est pas aussi terrible que tu te l'imaginais! Voyons, sœur, à moi, ton meilleur ami, parle-moi franchement...

JEANINE.

Tu m'as demandé de le voir... de le recevoir...

DALIBON.

Eh bien?

JEANNE

Eh bien 1 II est venu ! on l'a vu !

DALIBON, se frottant les mains en riunt.

Et comme César, il a vaincu...

JEANNE

Non!

DALIBON.

Comment, non!... Mais toutes les dames que nous avions à dîner le trouvent charmant... et je suis de leur avis.

JEANNE

C'est possible... mais ce n'est pas le mien.

DALIBON.

Un jeune homme qui t'aime... qui l'adore... et il est, parbleu ! bien bon, car tu n'es pas aimable tous les jours. Pendant vingt ans, je l'ai crue raisonnable, et je m'aperçois aujourd'hui que lu n'as pas le sens commun, que tu es ca-

RÊVES d'amour

pricieuse... que tu es fantasque et obstinée... et, malgré tout, il te prend pour femme ! Pauvre jeune homme !...

JEANNE, froidement.

Cela prouve, mon frère, que la sympathie, ou l'antipathie, ne s'explique pas... et qu'enfin... ce n'est pas ma faute si je lui plais... pas plus que la sienne... s'il ne me plaît pas.

DALIBON, irrité.

Ah ! Voilà un raisonnement...

JEANNE

Auquel tu n'as rien à répondre. Vous m'avez dit, toi et ta femme : Consens à le recevoir, et, après cela, s'il ne te convient pas, nous le congédierons... je le jure ! Vous l'avez dit... j'ai votre parole, et je la réclame !

DALIBON, cherchant à modérer sa colère.

Tiens! Jeanne... ce que tu fais là*., renvoyer de ma maison un ami, et le faire renvoyer par moi... c'est une trahison... c'est un abus de confiance.

JEANNE, froidement.

J'ai votre parole.

DALIBON, hors de lui.

Eh bien! Je la tiendrai, puisque tu m'y forces... mais jô ne Veux plus te voir ni te parler... je ne te pardonnerai jamais !... Jamais ! non de manquer à l'amitié, tu n'y tiens pas... mais de me forcer, moi, à trahir la mienne !

(il sort.)

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