SCÈNE IX
JEANNE, qui a remonté le théatrej et suivi son frère des yeux, tombe sur un fauteuil près de la porte; ÉLISE tombe sur un fauteuil, à droite, près de la table.
JEANNE, arec désespoir.
Et la lettre ?
ÉLISE, de même*
Impossible de la reprendre : il ne me perdait pas de vue !
RÊVES d'amour
JEANNE
Ah ! maintenant, tout est perdu.
ÉLISE
J'ai cru que j'en mourrais !
JEANNE
Hein ! les lettres !... comprends-tu, maintenant?
Oui, les lettres !
JEANNE
Ah l ma tante Gertrude avait bien raison!... Mais au lieu de nous laisser ainsi abattre et accabler, ne pourrions-nous pas, avec un peu d'énergie... ou d'adresse... trouver le moyen de sortir de là... Voyons... voyons.
ÉLISE
Ah ! que tu es bonne !
JEANNE
Pardine ! Ce n'est pas maintenant que j'irai te faire de la morale...
Tire-moi de danger;
Tu feras, après, ta harangue.
Mon frère t'aime tant qu'il ne demandera pas mieux que d'être persuadé... Aidons-le !... Un moyen de justifier cette lettre... d'en expliquer les intentions?
ÉLISE
Nous ne la connaissons seulement pas.
JEANNE
G^est vrai ! Et il faut attendre qu'on nous accuse !
ÉLISE
Ah! perdue... je suis perdue!
JEANNE
Allons donc!... Ne suis-je pas là?... je te défendrai... je m'accuserai... je prendrai tout sur moL.i je mentirai.;.
i':lisi:.
Toi ?
JEANNE
Bravement! Mentir pour sauver ceux qu'on aime est un péché... qui nous sera compté là-haut pour une bonne œuvre I... Allons I viens ! viens !
ÉLISE
Et être gaie... aimable... sourire à tout le monde quand on meurt d'inquiétude... Ah ! Voilà un supplice que je ne connaissais pas.
JEANNE
Prends garde, cependant, et que personne ne puisse rien soupçonner.
ÉLISE, troublée.
Oui, tu as raison... laisse-moi me remettre... laisse-moi m'arranger un peu : toi, va toujours... je te rejoins !
JEANNE, l'encourageant.
Allons I... Allons, calme-toi, petite sœur... Seule, on succomberait à l'orage, mais à deux on peut le braver. Va, sois tranquille !
(EUo sort parla porte à droite.)