SCÈNE XVII
ÉLISE, sortant de la chambre à gauche; JEANNE, MELFORT, assis à droite.
ÉLISE, pâle et Ironhlée, parlant bas à Jeanne qui vient de s'approcher d'elle.
Ah ! je le liais maintenant... je le déteste !
JEANNE, à part.
Le même mot! les mêmes sentiments! 0 sympathie ! SCÈNE XVIII.
ÉLISE, JEANNE, ô gauche; DALIBON et EURYALE, arrivant par la porte à droite ; MELFORT , assis près de la table à droite.
DALIBON, entrant avec Euryale.
Le sous-préfet est parti !
EURYALE
Tout le monde a levé l'ancre ! (Aporcevant Melfort, et à part.
excepté ce monsieur qui bientôt, je Tespère, va en faire autant.
DALIBON.
Enfin... et grâce au ciel... je puis me mettre en colère h mon aise... On me doit ici des exphcations.
ELîSE, avec désespoir.
Que VOUS aurez, monsieur !
DALIBON.
A la bonne heure !
(il va parler â Melfort.) JEANNE, bas à Élise.
Que vas-lu faire ?
112 COMÉDIES — DHAMKS
ÉLISE, hors d'elle-même.
Je dirai tout... ce sera mon châtiment.
JEANNE, à demi-voix.
Et son malheur à lui 1
DALIBON, à Melfort avec colère.
Vous aviez raison... c'élait un complot! ma femme était contre vous.
ÉLISE, stupéfaite.
Moi!
JEANNE, avec force.
Eh bien, oui ! voilà ce qu'elle n'osait avouer, (a Meifort.) et ce que je voulais vous dire, monsieur. Bien avant Farrivée de M. Melfort... elle avait promis ses bons offices près de moi à M. Euryale , son cousin, son cher cousin !
EURYALE
C'est vrai !...
JEANNE, cherchant ses mots.
Et se croyant obligée par cette promesse et par devoir de parenté à servir ses projets...
EURYALE
Cette bonne cousine!...
JEANNE
Elle n'a peut-être pas protégé monsieur avec toute la chaleur que tu désirais ; car, placée entre son mari et sa famille, elle a fini par se renfermer dans une stricte neutrahté.
DALlBON, avec humeur.
Neutralité armée !
JEANNE
Non... et encore... elle était si désolée... si inquiète... si repentante de ne s'être pas conformée en tout... aux intentions de son seigneur et maître, que j'ai vu le moment
RÊVES d'amour
OÙ elle en perdait la tete, et se croyait coupable des plus grands crimes...
DALIBON.
Quoi! c'était la cause?...
MELFOllT.
Le motif?...
JEANNE, à Melfort.
Du trouble et des syncopes où vous l'avez vue; (a Daiibon.) du désespoir où tu Tas trouvée il y a une heure, et, au lieu de lui demander pardon, tu viens ici, comme un juge d'instruction, lui faire subir un interrogatoire... sur faits et articles.
MELFORT
Je ne me pardonnerai jamais d'en avoir été la cause.
DALIBON, s'adoucissant.
Et moi, femme, d'avoir été si sévère... mais il s'agissait, d'un ami.
ÉLISE, à son mari.
Et comme preuve de mon repentir, je prie sincèrement et du fond du cœur ma sœur Jeanne d'épouser M. Melfort oui, c'est le seul moyen de me réconcilier avec moi-même !
EURYALE, à part.
La voilà qui vire de bord.
DALIBON.
C'est bien î voilà ce que j'appelle réparer franchement ses torts... et si Jeanne n'était pas l'obstination en personne... elle suivrait ton exemple, (a Jeanne.) Allons... il t'aime tant... un bon mouvement... épouse-le !
ELISE, avec prière.
Oui... oui... épouse-le!
EURYALE, bas à Jeanne.
Ne l'épousez pas.
111 COMÉDIES — DIIAMES
JEANNE
Permellcz... permetlcz, ceci est une affaire qui ne regarde que moi, je ne me laisse jamais inlluencer.., c'est connu ! Tantôt déjà, et de moi-môme, je voulais adresser à monsieur... en échange de sa lettre, deux mots que je vais lui dire... à lui tout seul... et si, après cela... il n'est pas content... il s'éloignera. (Melfort est descendu sur le devant du théâtre, elle s'approche de lui et lui dit lentement.) Henri !... dopuis trois
ans, je vous aime !
MELFORT, poussant un cri.
Ah ! vous m'aimez ?
EURYALE, à part.
Coulé bas... sombré!
MELFORT
Alors? et comment?...
JEANNE
Il ne faut rien me demander. Il faut me prendre comme je suis... avec tous mes défauts !
MELFORT, avec joie.
Je les prends... je les prends... je veux qu'on n'ôte rien de mon trésor !
DALIBON, à Élise.
Eh bien! femme, voilà enfin, et non sans peine, notre sœur mariée à un bon mari !
ÉLISE, le regardant avec gaieté et affection.
Pas meilleur que le mien, un homme d'honneur et de mérite dont je suis fière.
DALIBON, riant.
Qu'est-ce qu'il te prend donc ?
ELISE, gaiement.
Il me prend... que maintenant je me sens contente de moi... de toi! liens... je t'aime!
RÊVES d'amour
DALIBON, à Jeanne, poussant un cri de joie.
Elle m'a tutoyé ! (a Euryaie.) Et quand elle verra la surprise qui Tattend !
ELISE) bas à Jeanne.
Quel bonheur! Ce n'était qu'un réve!