‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 2)Chapitre 66 sur 156 · LA BARONNE · texte numérisé non relu

LA BARONNE

Ma chère Ursule, que je suis aise de vous voir. On dit que vous vous mariez... est-ce vrai?

(Elles s'éloignent en causant.) HELENE, assise sur le canapé.

Je suis donc la seule que monsieur Raoul ne reconnaisse pas.

RAOUL

Que dites-vous, mademoiselle? .

HÉLliNE.

11 oublie promptement ceux qu'il a obligés; heureusement ceux-là ont plus de mémoire que lui.

(On entend le piano jouer une valse.) RAOUL.

Prouvez-le-moi en ne me rc l'usant pas la faveur d'une valse.

HÉLÈNE

J'ai reçu, monsieur, six invitations ; mais, en apprenant tout à l'heure, par M. Robert, votre ami, que vous étiez à Plombières, et que probablement vous viendriez ce matin au salon... (a demi-voix.) je VOUS ai réservé de moi-même un tour de faveur... Voilà comment j'oubhe.

RAOUL, à pait.

Si charmante ! Si adorable et si riche, quel dommage !

HELENE, se levant et lui tondant la main.

Monsieur...

(Uélène sort à droite avec Raoul; l'amirul rentre par le fond avec Ursule.)

LA FILLE DE TRENTE ANS

l'amiral, à Ursule.

J'ai à to parler.

URSULE, à l'amiral.

Que me voulez-vous ?

l'amiral, allant s'asseoir à gauche avec Ursule.

Deux mots très-importants. Do tes trois ou quatre prétendants, il y en a un, je t'en préviens, auquel il ne faut plus songer.

URSULE

Lequel ?

l'amiral.

Le fabricant belge. Je viens de causer avec un banquier, un ami à moi, qui connaît parfaitement ses affaires : elles sont dans un état déplorable.

URSULE

Ce n'est pas possible !

l'amiral.

Il nous en donnera les preuves. Le voici. Tais-toi.

URSULE

Je n'ai plus rien à lui dire.

(m. Van Nieuven, venant du salon de droite, s'avance en ce moment, s'incline et invite Ursule à danser.) URSULE, d'un ton sec.

Je ne danserai plus de la matinée, monsieur.

(Van Nieuven sort.)

l'amiral, à part.

Encore une déception !

(Entre dans ce moment le marquis donnant le bras à M. de Lamorinière.) LE MARQUIS.

Oui, mon cher, c'est un ange ; et, quant à moi, je ne saurais trop le redire.

l'amiral.

De qui donc parlez-vous ainsi, monsieur le marquis?

ScBiBE. — Œuvres complète*». l^^ S^-rio. — G^^c Vol. — 9

146 COMÉDIES — DRAiMES

LE MARQUIS

De votre fille.

URSULE

De moi !

LE MARQUIS

Ma protectrice, moa bon ange ! Je suis de l'avis de ceux qui m'accordent peu d'esprit: je n'en ai pas du tout. J'avais cette réputation près des dames, et, par un motif que je ne puis m'expliquer, si ce n'est par la difficulté même de la cause, vous avez entrepris de défendre la mienne, devant Hortense de Saint-Prix, ma cousine, que j'adorais.

URSULE, avec dépit.

Ahl

LE MARQUIS

Et qui jamais n'avait jeté un regard sur moi, tant elle m'en croyait peu digne. Mais, persuadée par vous et par votre éloquent plaidoyer que je suis un des hommes les plus spirituels de France, et que ma timidité seule m'empêche de le prouver, elle vient de m'avouer à finstant qu'elle m'épousait sur parole... c'est-à-dire sur la vôtre. Yoilà ce que je vous dois.

LAMORINIÈRE.

C'est délicieux !

LE MARQUIS

C'est-à-dire que ma femme et moi nous vous devons tout, et que nous entendons bien ne pas mourir insolvables; mettez notre amitié à l'épreuve, et vous verrez. Le mariage n'aura lieu qu'à notre retour à Paris ; mais nous espérons que monsieur l'amiral et sa fille seront des nôtres. Adieu 1 Je voulais, avant tout, vous remercier. Je cours rejoindre ma tante et ma cousine, et les reconduire chez elles.

(il sort par le fond reconduit par Lamorinière ) . ^ l'amiral, bas à Ursule. J

Et de deux ! ■

LA FILLE DE TRENTE ANS

URSULE, do même.

Qu'il se marie, peu m'importe. D'autres me restent.

LAMORINIÈRE, revenant.

C'est admirable ! Voilà une aventure qui, à Plombières, et à Paris, vous fera un honneur infini, sans compter que vous obtiendrez par le jeune ménage tout ce que vous voudrez... mademoiselle de Saint-Prix est la nièce d'un ministre, (s'approchant d'Ursule.) Ce mariage si heureux ne peut inspirer que des idées d'union et de ménage, et m'amène tout naturellement au sujet dont je voulais parler ce matin à vous et à M. votre père.

URSULE

Eh ! mon Dieu 1 de quoi s'agit-il donc ?

LAMORINIÈRE.

De mon neveu, comme nous disons vulgairement, nous autres oncles, de mon coquin de neveu.

URSULE

De M. Robert ?

LAMORINIÈRE.

Franchement, il vaut mieux que sa réputation. Je sais que vous l'avez repoussé autrefois... peut-être alors aviezvous raison... peut-être ses défauts étaient-ils plus grands que son amour... quelque grand qu'il fût, mais il est bien changé. '

URSULE

.le le crois ; je le disais ce matin à mon père.

l'amiral, se rappelant.

Oui, oui !

LAMORINIÈRE.

Oui, il a de l'entrain, de la gaieté, de l'esprit.

URSULE

Mieux encore, de la loyauté et de la franchise.

LAMORINIÈRE.

Vous le pensez ?

URSULE

J'en répondrais.

LAMORINIÈRE.

Eh bien ! Daignez me seconder dans la demande que je veux, et que je n'ose adresser à l'.amiral.

l'amiral.

Qu'est-ce? De quoi s'agit-il?

LAMORINIÈRE.

Si vous voulez faire avec moi un tour de parc ? l'amiral.

A vos ordres. C'est déjà une chance de succès, si ma fille est pour vous.

URSULE, baissant les yeux.

C'est VOUS seul, mon père, que cela regarde.

LAMORINIÈRE, gaiement.

Comme tuteur de mademoiselle Hélène, sans doute !

URSULE, à part.

Tuteur!

l'amiral, furieux.

Tuteur!

URSULE, bas, à l'amiral.

Ne consentez pas !

LAMORINIERE, passant son bras sous celùi de ramiral.

Venez, venez, mon cher.

l'amiral, bas à Ursule.

Et de trois !

(ils s'éloignent tous deux par le fond à droite.]

LA FILLE DE TRENTE ANS

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