ANS
ROBERT
Ah ! mon oncle ! Quelle conduite !
LAMORINIÈRE.
Écoute donc... moi je ne me marie pas; je reste garçon. jMais aussi quelle dot et quelle prétendue je t'ai données! Ah çàl J'espère que tu l'aimes!
ROBERT, allant à la cheminée.
Si je ne Faimais pas, elle aurait du malheur... je les aime toutes! Si bonne, si naïve, si aimable! Pauvre fille, je la plains : elle méritait mieux que moi !
Que veux-tu dire ?
ROBERT
Vrai... ce n'est pas ma faute. J'ai cru que jamais ce mariage ne réussirait; je ne me suis mêlé de rien, je vous ai laissé faire et je suis encore à me demander comment vous en êtes venu à bout.
LAMORINIÈRE.
Je te dois la vérité. Je n'étais pas seul. Ursule, envers qui j'étais injuste...
ROBERT
Quand je vous le disais...
LAMORINIÈRE.
A conduit cette affaire avec une diplomatie, une habileté, mais aussi avec un zèle pour tes intérêts...
ROBERT
Cette chère Ursule !
LAMORINIÈRE.
Elle s'est établie depuis un mois ton avocat auprès d'Hélène ; tous les défauts, elle les laissait dans l'ombre, ou ne les présentait que sous un côté favorable ; mais pour peu qu'il y eût quelques bonnes quahlés.-.
d 60 C 0 M K I) I E s — DRAMES
UOCERT.
Il y en a beaucoup.
Pas tant... pas lantl Aussi, le sublime de l'art était de les multiplier, de les faire ressvjrtir... et, comme elle avait eu soin d'éloigner M. de Vallombreuse, un jeune homme charmant et bien posé que l'amiral protégeait, le seul concurrent redoutable, elle a prouvé à Hélène qu'elle te préférait à tous les autres! Une fois maîtresse de cet aveu, je ne sais comment elle s'y est prise auprès de son père, qui ne voulait pas entendre parler de toi et qui te soupçonnait d'être un dissipateur, un mauvais sujet...
ROBERT
Ces vieux marins ont des instincts.. .
LAMORINIÈRE.
Elle lui a fait comprendre que, cela fùt-il vrai, il n'avait pas le droit de contraindre l'inclination de sa pupille, que Hélène était assez riche pour se donner même un dissipateur si elle le voulait, et qu'après tout, elle avait le droit pour son argent d'être heureuse à sa manière.
ROBERT
C'est admirable de raisonnement.
LAMORINIÈRE.
Enfin le vieil amiral...
ROBERT
A consenti?
LAMORINIÈRE.
Du moins il ne s'oppose plus, et c'est une affaire faite, (il se lève.) Tu épouses uuc femme charmante, trois fois millionnaire, et la plus brillante perspective s'ouvre devant nous. Deux fois par semaine je dînerai chez toi ; je te choisirai un cuisinier.
ROlîERT.
Ce bon oncle !
LA FILLE DE TRENTE ANS
LAMORÏNIÈRE.
Je supprimerai ma stalle à l'Opéra ; j'aurai une place dans ta loge de face, entre les colonnes; je la louerai pour toi, ça me regarde.
ROBERT
Ce cher oncle !
LAMORÏNIÈRE.
Que ne ferais-je pas pour toi !
ROBERT, riant.
Des économies d'abord.
LAMORÏNIÈRE,
Gela viendra à point... j'en avais besoin... et puis un autre projet encore... Depuis un mois nos échanges continuels de notes diplomatiques m'ont mis presque tous les jours en rapport avec Ursule... qui a toujours été pour moi d'un accueil si ravissant, si séduisant...
ROBERT
Que vous êtes pris ! •
LAMORÏNIÈRE.
Je ne dis pas non, complètement pris.
Pour le bon motif?
LAMORÏNIÈRE, très-fat.
Allons donc!... Pour qui me prends-tu?
ROBERT
Tenez, mon oncle, pendant que je suis encore garçon, je dois, par esprit de corps, venir en aide à un confrère. Vous ne connaissez pas Ursule. C'est une charmante et sage coquette qui se moquera de vous. Elle vous tiendra la grappe suspendue sans que vous puissiez jamais y mordre.
LAMORÏNIÈRE.
Non pas! J'y mordrai! Je ne suis pas de ceux dont on s'amuse, et je défie la plus coquette de me tenir longtemps
en échec ! (a domi-voix.) Tu sais que je lui offre souvent des bonbons, qu'elle accepte toujours, privilège des vieux garçons! (Prenant une bonbonnière sur son bureau.) Je vicUS de glisSCr
au fond de cette boite...
ROBERT
La boîte de Pandore.
LAMORINIÈRE.
Précisément I Je viens d'y glisser une espérance... un tout petit billet si tendre...
ROBERT
Y pensez-vous?
LAMORINIÈRE, à demi-voix.
Silence, c'est Mélanie... (Haut.) Que voulez-vous encore ?