‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 2)Chapitre 90 sur 156 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

URSULE, L'AMIRAL, entrant par la porte à gauche, le chapeau sur la tête, l'habit boutonné, la canne à la main.

URSULE, allant à lui avec joie.

Ah ! mon père, si vous saviez 1. .. Apprenez,..

l'amiral, se promenant avec agitation.

Je n'ai pas le temps... (ll sonne. Un domestique paraît.) Une VOi-

ture, à l'instant !

URSULE

Comment! vous sortez?

L AMIRAL, brusquement.

Oui.

URSULE

Vous êtes déjà sorti ce matin pour aller chez votre banquier.

l'amiral.

Oui.

LA FILLE DE TRENTE ANS

URSULE

Pour quelle nouvelle affaire ?

l'amiral.

Cela me regarde seul.

Quand reviendrez-vous?

l'amiral.

Je ne sais.

URSULE, le Toyant se promener en long et en large en toussant.

Je ne vous ai jamais vu ainsi... une fureur concentrée... et votre asthme qui semble redoubler ! Je ne vous demande qu'un instant... pour une chose de la plus haute importance... M. de Lamorinière sort d'ici...

l'amiral, avec [fureur et voulant s'élancer.

Lamorinière !... luii

URSULE, le retenant.

Qu'avez-vous donc ?

L AMIRAL, se contenant.

Rien I Continue... Que t'a-t-il dit?

" URSULE, avec joie.

Il me demande en mariage.

L AMIRAL, chercLant à modérer sa colère.

Ah I Tu appelles cela une demande en mariage

URSULE

Qu'est-ce donc?

l'amiral.

Tout à l'heure... chez moi, dans un accès de toux et de colère, j'ai renversé sur mon bureau une boîte, au fond de laquelle se trouvait ce billet... Tiens, vois toi-même... (Pendant qu'Ursule parcourt le billet.) Oscr écrire uuo pareille lettre à ma fille! Je le tuerai... Je vais chez lui, chez mes témoins, et ce soir ou demain...

URSULE, poussant un cri et tombant assise près do la table, à droite.

Ail ! Quelle humiliation ! Là où je croyais un hommage. . il n'y avait qu'une insulte ! Où allez-vouS; mon père ?

L AMIRAL, froidement.

Chez le ministre, qui m'a fait demander. Quant à de pareils outrages, il faut les mépriser.

URSULE, vivement.

Oui, oui, et surtout ne pas leur donner de retentissement. l'amiral.

Tu as raison.

LE DOMESTIQUE, paraissant.

La voiture est en bas.

l'amiral.

C'est bien... (ll fait un pas pour sortir et revient.) Tu recevraS

en mon absence... (cherchant.) Qui donc?... Ah! Hélène d'abord, que je fais sortir du couvent pour lui parler de la demande de M. de Vallombreuse, que nous protégeons maintenant... (ii fait quelques pas et revient encore) Ah. et puis Raoul, à deux heures.

URSULE, surprise, et avec joie.

Il va venir?

Je l'ai rencontré ce matin chez mon l^anquier, on il venait chercher de l'argent.

URSULE

Luil

l'amiri^l.

« Monsieur, s'est-il écrié en me voyant... des courses... des démarches pour la délivrance d'un ami ont absorbé hier toute ma journée ; mais aujourd'hui, grâce au ciel ! Robert va être libre... moi aussi... et si vous voulez me permettre de vous rendre ma visite à vous et à mademoi-

LA FILLE DE TRENTE ANS

selle Ursule... » De grand cœur, me suis-je écrié ; à deux heures, je vous attendrai...

URSULE

Et vous sortez?

l'amiral, furieux.

Je ne puis donc pas sortir quand il me plaît ?

URSULE

Mais, mon père...

l'amiral.

Ne m'irrite pas davantage ! 11 faut que je sorte... Reçoisle... et adieu, adieu, ma fille !

Il l'embrasse et sort.)

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