UN HUISSIER
M. le comte Sapieha.
Le fils du général... si dangereusement blessé... Je lui destinais une récompense... que je serai charmé de lui envoyer par son fils... (a Sapieha qui s'incline.) Vous prendrez h la chancellerie un paquet cacheté que vous porterez aujourd'hui même au général.
LA CZARINE, avec émotion.
D'après les ordres du prince chancelier, je croyais monsieur le comte... absent...
SAPIEIÏA.
Le devoir me retenait ici, madame ! j'avais à soumettre fi Votre Majesté la composition du concert de ce soir... et comme votre chambellan...
LE CZAR, vivement.
En effet!... M. de Sapielia est un de vos chambellans, lo dernier nommé par moi!... Il a fait ses premières armes à la cour de France, et je ne m'étonne pas des succès qu'il
obtient dans le Nord, (a demi- voix en souriant à la czarine.) Je
crois même que nous n'aurons pas besoin de chercher plus loin le héros dont nous étions en peine, (a Sapieha.) Approchez,
monsieur!... (Le czar prend Sapieha à part et lui dit à voix basse.)
Vous étiez la nuit dernière dans le pavillon du jardin... ofi vous vous êtes rencontré avec Villerbeck. Nous savons tout par lui!... D'ailleurs, ces insignes, 'qui sont les vôtres, (Lui montrant la clef.) et OÙ jc vois gravés votre chiffre et l'aigle de Pologne, auraient dissipé tous mes doutes s'il avait pu m'en rester !
Quoi, sire ! Votre Majesté pourrait supposer...
LE CZAR
Je ne me fâche pas !... vous le voyez ! En fait de galanteries, je suis bon prince... (sévèrement.) mais en tout, et toujours, j'ai aimé à savoir ce qui se passait chez moi ! (En sonriant.) Pour qui veniez-vous?
SAPIEHA, interdit.
Sireî...
LE CZAR, de même.
Était-ce pour la princesse Lapoukin ou pour la comtesse Bestutcheff, dont on m'a déjà parlé ?... ^
SAPIEHA
Quelle idée !...
LE CZAR
C'est juste !... elles n'habitent pas au palais... Mais alors, pour qui donc? répondez!.,.
SAPIEHA
Votre Majesté ne peut m'en vouloir de mon silence, dès qu'il s'agit de l'honneur d'une dame...
LE GZAR.
Supposez-vous donc que je ne saurais pas le garder, et que les secrets d'État ne sont pas en sûreté avec nous ? La czarine vous dira que vous pouvez parler sans crainte.
SAPIEHA
Jamais ! l'honneur me le défend !
LE CZAR
Et moi, je vous l'ordonne !... Ici, monsieur, le]premier devoir est d'obéir au souverain... il y va de la tète !
LA CZARINE, qui a écouté jusque-là avec angoisse.
Ociel!...
LE CZAR
Et une plus longue résistance me ferait supposer...
SAPIEHA
Quoi donc?...
LE CZAR
Qu'il y a pour me dérober ce secret des raisons que je tiens maintenant à savoir... (Avec force.) et que je saurai !
(il remonte.)
SAPIEHA, le suivant,
MaiS; sire...
LE CZAR, appelant à droite.
A moi, quelqu'un! (se retournant à gauche.) Eh bien! viendra-1 on? (voyant entrer Olga et les dames.) Ah ! enfin !