SCÈNE II
SAPIEHA, entrant par le fond à gauche; iMENZlKOFF. SAPIEHA, s'approchîint de Menzikoff.
Je VOUS trouve seul, mon prince; j'en suis heureux, car j'ai à vous parler. Si je me suis incliné Lier sous un joug de ter, si j'ai obéi, non pour moi, mais pour celle dont mon refus faisait tomber la couronne et la tête... c'est que j'ai pensé, comme vous sans doute, qu'une union formée par la contrainte était nulle devant Dieu et devant les hommes.
Que dites-vous?
SAPIEIIA.
Que moi, gentilhomme sans fortune, je n'ai aucun droit à votre alliance et à vos richesses... Votre fille qui m'épouse par ordre ne m'aime pas, ne peut pas m'aimer... Ce mariage, je le sens, doit lui être odieux ! Peut-être même avaitelle déjà fait un choix... J'ai compris tout cela... Et loin d'abuser de la position que le hasard m'a faite, je viens vous déclarer que dès que ce mariage pourra se rompre, mon consentement vous est acquis à vous et à ma fiancée. D'ici là, monseigneur, et tant que j'aurai l'honneur d'être votre gendre, je vous promets, comme je l'ai promis à la czarine, d'aimer et de respecter votre fille comme une sœur... je vous le jtire, et dès hier déjà, en sortant de la chapelle, j'ai quitté ce palais oà je ne suis qu'un étranger !... Si j'y rentre ce matin, c'est dans la crainte des remarques que mon absence pourrait faire naître, et pour ne pas réveiller la défiance du czar, qui, dans ce moment, grâce au ciel, n'a plus de soupçons.
MEXZIKOFF.
Erreur, monsicui" î Le czar en a toujours ! Violent, em-
LA GZAIIINE
porté, et en même temps adroit et fourbe, il ne reculera devant aucun moyen pour arriver à la vérité qu'il poursuit. Il suffit qu'il ait eu un doute sur la czarine et sur vous, pour que sa défiance plane sur votre vie entière, vous surveille, vous épie et vous frappe, au moment où vous croirez sa vengeance endormie à jamais.
SAPIEHA
Eh! morbleu... un pareil supplice...
(il remonte au fond du théâtre.) MENZIKOFF.
Ah ! je vous en avais prévenu, monsieur î les conquêtes coûtent cherl...