SCÈNE m
SAPIEHA, MENZIKOFF, OLGA, sortant de la porte latérale à
droite.
OLGA, courant à Menzikoff sans voir Sapieha.
Bonjour, mon père!... Qu'il y a longtemps que je ne vous ai vu! Mais depuis hier, c'est comme un fait exprès... la czarine, qui voulait toujours m'avoir près d'elle, et mes compagnes qui ne me quittaient pas et qui, fidèles à nos usages, ont accompagné la mariée jusque chez elle... pas un moment seule avec vous, et impossible de vous dire combien j'étais touchée et reconnaissante de vos bontés... c'était si bien à vous d'avoir consenti à ce mariage... qui faisait mon bonheur...
SAPIEHA, descendant vivement à droite.
Comment?
OLGA, effrayée,
Ociel!... vous, monsieur!... Ah! que c'est traître! Qui pouvait vous soupçonner là?...
ScRiDE. — Œuvres comp'èles, l»*c Série. — 7^"^' Vo'. — 15
SAPIEHA
Pardon î... pardon, mademoiselle!... Mais vous disiez tout à l'heure...
Si je Tai dit, tant pis!... Je ne peux pas le rétracter... Ne m'en veuillez pas, monsieur; mais ce qui arrive aujourd'hui est si singulier... si étonnant !... Qui me l'aurait prédit il y a quinze jours?... quand je racontais à mon père irrité notre aventure de la Néva... quand je lui parlais de mon libérateur... quand j'excitais sa colère en lui avouant que, malgré moi, je pensais à lui!...
SAPIEHA
Se peut-il ?
MENZIKOFF, bas à Olga.
Tais-toi! '
OLGA
Et pourquoi donc?... A son mari... on peut tout dire... d'autant qu'alors ce mariage me semblait impossible... (a Sapieha.) Yous d'abord, monsieur... vous ne faisiez aucune attention à moi... vous me regardiez à peine... et même pas du. tout!... C'est le czar qui m'a appris que vous m'aimiez... Je ne m'en serais pas aperçue sans lui... Mais dès que le czar le dit... j'ai dû le croire, sans compter qu'il ajoutait d'un air fin : (( qu'il en avait des preuves!... des preuves acquises par lui-même 1... » Quel grand homme ! Comme il s'occupe de tout !
MENZIKOFF, avec impatience.
C'est bien! c'est bien!... El puisque enfin ce mariage est fait...
OLGA
Ce n'est pas votre faute ! Car vous aussi me disiez hier : Pour Ion bonheur, ma fille, jamais je n'y consentirai... jamais 1 (Souriant.) Et pourtant vous avez consenti... non sans peine, j'en conviens ! (se retournant vers Sapieiia.) C'est pour Cela que je lui en sais tant de gré.
SAPIEHA
Quoi! ce que je viens d'apprendre?... (voynnt entrer vnierbeck. ) Allons, Villerbeck !