‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 3)Chapitre 111 sur 142 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

MENZIKOFF, LE CZAR, JAKINSKI, sortant de la porte de l'angle

de gauche.

LE CZAR, en dehors.

Je ne me mets pas en colère, (Entrant en scène.) mais va-t'en

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au diable'... Dès que ce Villerbeck n'est plus sur son vaisseau, il ne comprend rien et ne sert à rien dans le conseil! (a Jakinski.) Mais tol ! réponds: Qui de nous deux a tort? quel est ton avis ?

JAKINSKI, droit et immobile.

Oui, sire.

LE CZAR

C'est juste I sa réponse ordinaire !... (a Jakinski.) Préviens la czarine et amène-la. (jakinski sort.) Je m'en rapporterai à

elle, (a Menzikoff.) elle prononcera entre nous, (S'asseyant devant

la table à gauche.) ce ne Sera pas la première fois, et elle décidera...

MENZIKOFF

Que j'ai raison.

Que tu as tort.

MENZIKOFF

Non, sire. Méditer une guerre en Asie... dans la Perse...

LE CZAR

Oui !

MENZIKOFF

A l'extrémité de l'empire.

LE CZAR

Oui !

MENZIKOFF

Pour s'agrandir de ce côté-là î... A quoi bon? je vous le demande...

LE CZAR

Je vais te le dire : tout le monde ici, comme toi tout le premier, se méprend sur les véritables intérêts de la Russie... ce n'est pas la terre qui lui manque, elle n'en a que trop, c'est la mer qu'elle doit chercher à conquérir!

LA GZARINE

MENZIKOFF

La mer!... qu'en avons-nous besoin, nous autres soldats?

Bien ! tu raisonnes en soldat, et moi en empereur I Comment, sans commerce, civiliser un peuple barbare? et comment le rendre commerçant, si la mer lui est fermée? Aussi me raidissant contre tous les obstacles, j'ai élevé à l'entrée de la Baltique cette capitale que ses flots menacent d'engloutir ! Pourquoi un si grand travail ? non-seulement pour commander aux golfes de Finlande et de Bothnie, mais pour que mes sujets devinssent pilotes et matelots I Et si je n'ai jeté aucun pont sur la Né va, si les boyards et les bourgeois de Saint-Pétersbourg sont obligés de traverser un fleuve dangereux, en barques ou en chaloupes, c'est que j'ai voulu, malgré eux, les habituer à la rame et à la voile.

MENZIKOFF, haussant les épaules.

Et s'ils se noient?

LE CZAR

S'ils se noient?

MENZIKOFF

Oui.

LE CZAR

Ça m'est égal ! pourvu qu'ils deviennent marins. (Frappant avec sa canne sur la table. ) Et par le sang des Romanoff... ils le deviendront!

OLGA, effrayée et rentrant.

Ah mon Dieu! mon père!...

LE CZAR, l'apercevant et allant à elle.

Ah ! votre fille ! notre nouvelle mariée !

OLGA

Qui entendait de l'appartement voisin...

Une discussion avec votre père... qui est un entêté...

MENZIKOFF, murmurant entre ses dents.

Je ne suis pas le seul...

LE CZAR

Mais je le battrai aujourd'hui... comme je l'ai battu hier

à FoCCasion de votre mariage... (Regardant Olga en souriant.) Eh

bien, comtesse Sapieha, que dites-vous du mari que vous me devez ? un aimable gentilhomme, n'est-il pas vrai ?

OLGA

Oui, sire!

LE CZAR

J'ai bien fait d'ordonner votre bonheur... en maître absolu !

OLGA

Oui, sire !

LE CZAR, souriant.

L'absolutisme a du bon ! Car maintenant, nous pouvons en convenir, la circonstance était grave !

OLGA, naïvement.

Gomment cela?...

LE CZAR, avec bonhomie.

Vous VOUS trouviez un peu compromise, si notre volonté toute-puissante n'eût jeté un voile sur votre imprudence.

OLGA., de même.

Que veut dire Votre Majesté ?

LE CZAR

Il suffit ! vous devez me comprendre.

OLGA

Mais non vraiment 1

LE CZAR, à demi-voix.

Quoi 1... Accorder au comte Sapieha... une entrevue... la nuit...

OLGA, avec indignation.

Jamais !

LA GZÂRINE

MElNZIKOFF, de même.

Une pareille calomnie !

LE CZAR

Calomnie!... quand on l'a surpris dans le pavillon du Sud!... quand lui-même est convenu...

OLGA, viv^ement.

De quoi?...

Me soutiendriez- vous, comme lui, qu'il y était à votre insu?

OLGA, hardiment. •

Oui, sire!

LE CZAR

Que vous ignoriez la présence de ce brillant cavalier qui vous aimait, qui vous adorait et dont vos rigueurs repoussaient les vœux ?

OLGA, avec dignité.

J'ignore qui a pu débiter de pareilles fables à Votre Majesté, mais jamais... avant d'avoir le droit de me le dire, M. le comte Sapieha ne m'a avoué qu'il m'aimait.

LE CZAR, vivement.

11 serait possible ?

OLGA

Je vous l'atteste, sire î (a Menzikoff qui lui fait signe de se taire.)

Eh oui, mon père, c'est la vérité !

LE CZAR, froidement et après un instant de silence.

A la bonne heure !... Il y a tantôt réception... je ne vous empêche pas, madame la comtesse, de vous occuper de votre toilette.

(Olga salue et sort par la porte de droite.)

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