SCÈNE XL LA CZARINE, OLGA
OLGA, entrant par la droite en robe de cour.
Quel honneur pour nous de recevoir en ce palais notre souveraine !
LA CZARINE
Votre amiel... (La regardant.) Vous voilà bien belle, mon enfant?...
OLGA
Me voilà prête de bonne heure pour la réception ; une femme moscovite ne doit jamais, dit-on, faire attendre son mari.
DRAMES
LA CZARINE, souriant.
Ohl je ne pense pas que le vôtre vous gronderait,
OLGA
Ni moi non plus!... il a l'air si bon!...
LA CZARINE
Vous trouvez?...
Je le suppose!... car excepté ce matin... où j'ai eu un instant de conversation avec lui et mon père... je l'ai à peine vu!... Hier, en sortant de l'église... il nous a quittés...
LA CZARINE
Je le sais... un message... un ordre exprès du czar, lui prescrivait de partir à l'instant même.
OLGA, respirant et souriant.
C'est donc cela ! Je me disais aussi... car ce mariage s'est fait d'une manière si brusque, si effrayante, qu'on n'a pas eu le temps de se reconnaître... Et puis, ce matin, son service qui l'appelait... à la cour, près de Votre Majesté... il m'a quittée et vite ! . . . et vite ! . . .
LA CZARINE
En vérité !
OLGA
Aussi... j'attendais son retour avec une impatience...
LA CZARINE
Et pourquoi ?...
OLGA
Parce que... le czar venait de me tenir des discours très singuliers... que je ne comprenais pas... de pavillon du jardin... d'entrevue accordée par moi...
LA CZARINE, l'interrompant vivement.
C'est bien!... Et lui?...
OLGA
Il m'a rassurée... ce n'était rien... une erreur... un quiproquo de Famiral Villerbeck... J'ai à peine écouté, parce que dans ce moment-là il me regardait d'un air si respectueux... si soumis... et pourtant si bon... que j'en étais tout émue !
LA CZ4RIKE, avec inquiétude.
Ah!...
OLGA
Et lorsque mes femmes sont entrées pour ma toilette, il voulait se retirer... C'est ma gouvernante qui lui a dit : ce Restez donc, monsieur le comte, un mari a ce droit... » et, malgré cela, il a encore hésité un instant.
LA CZARINE, avec jalousie.
Mais il est resté?...
OLGA, joyeusement.
Il est resté !... il s'est assis près de moi... pendant que mes femmes me faisaient belle!... et de temps à autre, d'un air aimable et galant, il m'adressait des phrases... gracieuses... des riens... mais c'était charmant... et quand ma gouvernante, qui me flatte toujours, s'est écriée : Regardez donc, monsieur le comte, comme votre femme est johe!...
LA CZARINE
Qu'a-t-il répondu?...
OLGA
Pas un mot !... mais il avait l'air d'être de son avis! ce qui m'a fait plaisir!... et puis, quand j'ai été habillée, il m'a demandé la permission d'attacher là mon bouquet, je ne pouvais guère le refuser... (s'arrêtant.) Mais pardon, madame, je raconte là à Votre Majesté des détails bien insignifiants...
LA CZARINE
Non, non, regardez-moi comme votre amie ! Confiance tout entière ! dites-moi tout ce qui vous regarde... car ce qui
VOUS intéresse... m'intéresse aussi... plus que je ne peux vous le dire.
OLGA
Ah ! que Votre Majesté est bonne !... Eh bien donc, pendant qu'il attachait ce bouquet... sa main tremblait... moi je venais, pour le remercier, de lui faire une belle révérence, lorsqu'au lieu de s'en aller, il s'est rapproché de moi... puis tout à coup... et sans rien me dire... il m'a pressée contre son cœur... et m'a embrassée !
LA CZARINE
Il vous a embrassée?...
OLGA
Bien fort ! et s'est enfui !
LA CZARINE
Lui!... il serait vrai !...
OLGA
0 ciel!... Qu'a donc Votre Majesté?...
LA CZARINE
Il ne sait donc pas que la foudre gronde sur sa tète... sur la vôtre!... qu'une fois lancée, rien ne pourra l'arrêter.
OLGA, interdite.
Qu'est-ce donc, madame?...
LA CZARINE, froidement.
Rien !
OLGA
Mais ce que disait Votre Majesté...
LA CZARINE
Le voici !... c'est bien... laissez-nous.
OLGA
Mais...
LA CZARINE, avec impatience.
Au nom du ciel, laissez-moi I
LA GZARINE
OLGA
Oui, madame ! (a part.) Ahl mon Dieu!... est-ce qu'il courrait quelque danger?...
(EUe sort par la porte à droite.)