‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 3)Chapitre 123 sur 142 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LA CZARINE, OLGA, qui est entrée par une des portes du fond ; LE CZAR, endormi.

OLGA

Je venais demander à Votre Majesté...

LA CZARINE

Plus bas !... le czar est là... il dort.

OLGA, baissant la voix.

Je ne l'avais pas vu ! Je venais demander à Votre Majesté si la fête de demain, la bénédiction de l'eau aurait toujours lieu ?

Je ne crois pas.

OLGA

Et la réception de ce soir ?

LA CZARINE

Non!... Je resterai ici renfermée !... Quand le czar est en proie à ce mal terrible... à ces convulsions... au milieu desquelles on le voit se rouler et se tordre... l'écume et le sang à la bouche... moi seule peux le soigner... moi seule sais calmer et abréger ses douleurs... (a part et pendant qu'oiga va près du czar.) L'Europe s'cst étonnée de ma haute fortune, elle attribue à mon ambition, à mon habileté, ou du moins à l'amour... cette couronne que je ne dois peut-être (Montrant

le czar qui s'agite en ce moment.) qu'à la SOUffranCC ! ... COUronnC

qui n'a pas trompé son origine !... Quand je pense aux tourments qu'elle m'a valus... qu'elle me vaut chaque jour!...

(Regardant Olga qui revient près d'elle.) Mais écartOUS CCS idéCS,

éloignons-les surtout de cette jeune fille !... (a voix basse.) Que s'est-il passé depuis ce matin? Le comte Sapieha, ton mari,

LA C Z A ill N E

est-il toujours aussi galant ?... aussi aimable?... Eh! mon Dieu ! quel air triste et sombre !...

OLGA, baissant la tête et à voix basse.

Pourquoi feindre, ma souveraine?.., je sais tout !

LA CZARINE

0 ciel !

OLGA, de même.

II m'a tout dit I

LA CZARINE, vivement.

Il a eu raison... Dût ma vie être désormais entre tes mains... il a bien fait de te la confier !... Je le lis dans tes yeux... tu ne me trahiras pas !

OLGA

Plutôt mourir!... Mais cet époux dont la vue m'importune et me blesse...

LA CZARINE, avec joie.

Eh bien?...

OLGA

Mais ce mariage que je déteste...

LA CZARINE

Nous le briserons... je te le jure! nous t'enlèverons, à toi, ces chaînes odieuses ! et à moi, le remords de t'avoir enchaînée.

OLGA

Silence... le czar s'éveille 1^..

LA CZARINE, s* approchant du canapé.

Pas encore!... (Montrant la chambre à gauche.) Va prendre là, dans cette chambre, sur une table de malachite, des gouttes... qu'il demande d'ordinaire quand il revient à lui.

(Olga entre un instant dans l'appartement, à gauche.) LA CZARINE, regardant le czar.

Il dort... mais à sa respiration haletante et oppressée... je

G OMÉDIER

— DRAMES

prévois qu'il ne peut tarder à s'éveiller... En attendant... un rêve l'agite,., il parle à demi-voix... Écoutons !

LE CZAR, dormant.

Constantinople !... Constantinople...

LA CZARINE

Même dans le sommeil!... (Apercevant Sapieha qui entre par la porte du fond, à gauche.) Ah !

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