SCÈNE IX
xMENZIKOFF, LE CZAR.
LE CZAR
Voici bientôt l'heure de la revue... mais j'ai encore un quart d'heure à te donner... Parlons de toi?...
MENZIKOFF
Non, sire î parlons de mon enfant ? Gomment a-t-elle pu encourir la colère de Votre Majesté ?...
LE CZAR
Comment?... A peine présentée à la cour... elle a déjà, comme une duchesse douairière, protégé et servi les amours de la czarine.
MENZIKOFF
Elle?... ce n'est pas possible!... Quelles preuves?... sire... quelles preuves?...
LE CZAR, froidement.
Les preuves... Je les attends !
MENZIKOFF
Et vous condamnez d'abord !
LE CZAR
Oui !... car la conviction... je l'ail Et d'ailleurs, de quoi te plains-tu? plus elle sera coupable, plus j'aurai de mérite à t' accorder sa grâce... si je te Taccorde... car autrefois j'avais en toi un ami... je n'ai plus qu'un ministre, ministre dont je reconnais les talents, l'audace, le courage, mais
dont je cherche en vain le dévouement absolu et aveugle..,
MENZIKOFF
A qui la faute?... C'est la confiance qui fait le dévouement... et quand je compare, quand je raisonne...
LE CZAR
Tu ne raisonnais pas autrefois... tu obéissais, toi, comme les grands de ma cour, et mes principaux officiers !
MENZIKOFF
A qui la faute Vous avez apporté la lumière, et vous vous plaignez qu elle nous éclaire ? Vous avez voulu faire de nous des hommes, et vous vous étonnez de ne plus trouver des esclaves ? Vous vous indignez que l'on frémisse sous le bâton qui vous flétrit...
LE CZAR
Tu vois donc que tu te révoltes, que tu me trahis... sinon par le fait, du moins par la pensée ! Et de la pensée à l'action... il n'y a que la distance... d'une occasion...
MENZIKOFF
Vous défiez-vous de moi ?
LE CZAR
Oui ! Tes protestations ne me suffisent plus. Il te faudra désormais, pour reconquérir ma confiance ébranlée, un dévouement plus grand encore que celui d'autrefois! Ta fille est mon otage... j'ai dit la Sibérie, et je maintiens l'arrêt...
MENZIKOFF
Ociel!...
LE CZAR
Tant que tu ne m'auras pas donné de ces gages qui ne • permettent plus de retour...
Parlez!..
MENZIKOFF