SCÈNE XI
LA GZARINE, MENZIKOFF.
LA GZARINE, sortant de l'appartement à gauche.
Le czar n'est plus là?...
MENZIKOFF
Il vient d'aller à la revue.
LA GZARINE.
Il vous a parlé de moi?...
MENZIKOFF
Oui!
Il était furieux?...
MENZIKOFF
Non! il souriait froidement... Il avait ce sourire d'aciei-, le matin de la mort d'Alexis, quand, pour faire preuve envers son fils de clémence et de douceur, il choisissait luimême le poison le plus doux.
LA GZARINE.
0 ciel!...
MENZIKOFF
C'est celui-là qu'il vous destine.
LA GZARINE, virement.
Un pareil crime ! Ce n'est pas vrai 1
MENZIKOFF
Il en a chargé un de ses fidèles serviteurs.
LA GZARINE, avec force.
Ce n'est pas vrai !
MENZIKOFF
C'est moi!
LA GZARINE.
Vous!!
MENZIKOFF
•A ce prix je rentre en grâce, il me rend sa faveur, sa confiance...
L4 GZARINE, avec douleur.
Pierre!... il a pu ordonner ma mort... lui!
MENZIKOFF
Vous n'êtes pas la seule qu'il ait condamnée ! J'ai là, grâce au ciel, écrits de sa main les noms de tous ceux qu'il destine au supplice...
LA GZARINE, étonnée.
Grâce au ciel! dites-vous?...
MENZIKOFF
La certitude de la mort donne du courage, ils en auront ! (a demi-voix.) Alors à VOUS le pouvoir ; je ne vous demande rien que votre aveu ! ^
LA GZARINE.
Je le refuse!... entends-tu bien? je le refuse et je t'ordonne de renoncer à ce dessein! Que d'autres comptent ses crimes, je ne vois que ses bienfaits... il m'a donné sa main et sa couronfié ! ^
MENZIKOFF
Mais cette couronne, il la reprend!
LA GZARINE
LA CZARINE
Elle est à lui... c'est l'empereur! je dois le respecter.
MENZIKOFF
Lui qui proscrit vos jours...
Il a ce droit! je suis coupable!... A lui de me traiter sans pitié ! J'attendrai la mort et ne la donnerai pas !
MENZIKOFF
Ainsi vous abandonnez vos serviteurs et vos amis ?. . .
LA CZARINE
Que veux-tu? il m'est donné de haïr, mais non pas d'être mgrate, et le voyant menacé par vos poignards, je courrais, malgré moi, le défendre !
MENZIKOFF
Que dirai-je alors à celui qui n'a pas craint d'exposer ses jours pour vous? au comte Sapieha...
LA CZARINE, relevant la tête.
Sapieha!... que dis-tu?...
MENZIKOFF
Interrogé par le czar, il n'a rien voulu avouer ; il vient d'être jeté dans la prison du palais ! et demain, le czar me l'a dit, sa mort !
LA CZARINE, avec désespoir.
Lui... mourir!... et je le souffrirais!...
(Elle passe à droite.)
MENZIKOFF, à part.
A la bonne heure, au moins !
LA CZARINE, avec agitation.
Pourvu qu'il en soit temps encore... viens... viens... guidemoi !
Je réponds de tout... dans une heure vous régnez... vous commandez... Grâce pour Sapieha, et mort au czar!...
LA CZARINE, s'arrêtant.
Au czar... non... non... je te l'ai dit, jamais je ne laisserai conspirer, ni contre sa vie, ni contre son trône !
MENZIKOFF
Soit! Oublions, par reconnaissance, tous ceux qui nous sont chers... et, témoins impassibles de leur supplice, laissons périr, sans les défendre, moi, ma fille... et vous, Sapieha !
LA CZARINE, hésitant et se tordant les mains,
0 mon Dieu! mon Dieu! que faire? (poussant un cri de joie.) Ah ! je le sauverai... Je l'arracherai au bourreau !
MENZIKOFF
Et comment ?
LA CZARINE, sur le devant du théâtre.
Je ne veux exposer que moi ! j'agirai seule!... mais je le sauverai, je te le jure !
MENZIKOFF
Et si votre espoir est déçu?...
LA CZARINE, de même.
Oh ! alors ! ne crains rien pour moi... je mourrai avec lui î
(Elle s'élance vera le fond.) MENZIKOFF. voulant la retenir.
De grâce, écoutez I...
LA CZARINE
Laisse-moi !... laisse-moi !..,
(Elle sort par le fond.) MENZIKOFF, la suivant des yeux.
Malgré toi... lu régneras!...