‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 3)Chapitre 138 sur 142 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LA GZARINK, LE CZAR, assis sur le canapé à droite. LA CZARINE, à part, s'avançant lentement vers la gauche.

Rien encore!... aucune nouvelle... mais je puis compter sur Goudounotf... quant à Baltadjy... il tiendra sa promesse... j'en suis certaine... Mais si mes espérances étaient déçues, si tout me trahissait... ce poignard du moins ne me trahira

pas! (Regardant, à sa gauche, le czar et s'avançant vers lui.) Je VOUS

demanderai, sire, pourquoi je suis, depuis hier soir, comme enfermée dans mes appartements... la vue de mes meilleurs amis m'est interdite... et l'on a repoussé la comtesse Sapieha, qui ce matin, dit-on, venait en larmes se jeter à mes pieds... Qu'est-ce à dire?... ce palais s'est-il changé en une prison?... Y suis-je l'esclave de vos esclaves?... Et dois-je payer de ma hberté ce trône que vous m'avez donné?... Je vous en préviens, sire, c'est trop cher !

LE CZAR; avec amertume; se levant.

Vous trouvez?... Et si ce trône, si ma confiance, si mon amour, n'avaient été payés que d'ingratitude et de trahison? Qui de nous deux aurait le droit de se plaindre?...

LA CZARINE

Moi!... que vous outragez!... moi... que vous poursuivez sans cesse de soupçons odieux!

Je ne soupçonne plus! J'accuse... 11 est quelqu'un, qu'au mépris de vos devoirs et de votre rang, vous aimez avec impudence et délire... Amour insensé qui vous t'ait oublier tout... jusqu'au soin même de me tromper!

LA CZARINE, froidement.

Les preuves ?...

âl2 COMÉDIES — DRAMES

LE CZAH.

Cette nuit, le comte Sapieha s'est évadé. (Geste de joie de \n czarine.) Et Celle qui a préparé sa fuite, celle qui a décidé Baltadjy... un ambassadeur... à méconnaître le droit des nations, à prêter ses gens et sa voiture pour favoriser l'évasion d'un coupable... celle-là! c'est vous! Les faits sont-ils clairs et précis?... osezrvous les nier?...

LA CZARINE

Nonl

LE GZAR.

Et vous n'aimez pas le comte Sapieha ! vous ne l'aimez pas ! vous qui n'hésitez point à vous compromettre pour le soustraire à ma justice...

LA CZARINE, froidement.

Non pas à votre justice... mais à votre colère ! J'ai voulu vous épargner un crime inutile qui devait flétrir votre mémoire !... Serait-ce donc la première fois que je vous aurais épargné un remords, ou dérobé une victime? .. Rappelezvous, sire, rappelez-vous ces jours de repentir où, revenant à vous-même, vous tombiez à mes pieds, me remerciant d'avoir trompé votre aveugle fureur!... Ce que je faisais autrefois... j'ai voulu le tenter encore aujourd hui!

C'est donc là le seul but qui vous faisait agir? Et votre cœur n'éprouve... pour Sapieha?...

LA CZARINE

Que de l'indifférence... je ne tiens ni à sa vie... ni à sa mort!

LE CZAR, froidement.

C'est ce que je saurai bientôt, car Sapieha n'est point évadé... il est en mon pouvoir.

LA CZARINE, après avoir regardé le czar avec un sourire imperceptible.

Si Votre Majesté veut m'éproùver, et croit lire, comme

LA CZAUINE

hier, la vérité dans mes traits... je lui conseille de chercher quelque autre ruse, plus digne d'elle et de moi.

LE CZAR, se dirigeant vers la fenêtre à droite.

Une ruse... Regardez!...

LA CZARINE, à part et regardant derrière lui.

Il est donc vrai?...

LE CZAR, se retournant vers la czarine.

Eh bien, qu'en dites-vous?...

LA CZARINE, immobile .

Rien ! (a part.) Tout est fini pour nous, ami ! Le même coup nous frappera!

(Pendant que le czar remonte vers la croisée, elle tire de son sein son

poignard.)

LE CZAR, à la fenêtre.

Un échafaud est dressé au miUeu de la place!

LA CZARINE, à part, appuyée d'une main sur le canapé, et de l'autre tenant son poignard.

Nous mourrons ensemble... toi par la hache et moi par le poignard !

LE CZAR, revenant vers la czarine, qu'il regarde avec attention.

Entre deux rangées de soldats... un homme s'avance...

c'est Sapieha !

LA CZARINE, froidement.

Je le vois !

LE CZAR, de même.

Voyez-vous aussi près de lui le bourreau?...

LA CZARINE, froidement.

Je le vois !

LE CZAR, à part, observant la czarine.

Et elle reste immobile !... (Haut.) Il n'attend plus que mou ordre, et sur un signal de moi...

li — VII. 1R

LA CZARINE, de même.

Que ne le donnez -vous ? (a part et serrant convulsivement son

poignard.) Je suis prête !

LE CZAR, à part, la regardant toujours.

Quel calme ! quel sang-froid... (Haut.) Tu ne vois donc pas qu'il monte les degrés !...

LA CZARINE, froidement.

Eh bien?...

LE CZAR

Qu'il courbe la tète sur le billot?

LA CZARINE

Eh bien?...

LE CZAR, à part.

Son front n'a point pâli... (Haut.) La hache est levée...

(a part.) Elle sourit... (Se précipitant vers la fenêtre.) Arrêtez...

arrêtez !...

LA CZARINE, à part, avec joie.

Que dit-il?...

LE CZAR, après avoir fermé la fenêtre et venant à droite de la czarine.

Pardon, Catherine, pardon! Comme un insensé, comme un furieux, je t'accusais à tort ! Tu ne l'aimais pas, j'en suis sùr maintenant !... Et quant à lui, je le savais déjà, il en aime une autre!

LA CZARINE, avec jalousie.

Qui donc?

Sa femme !

Qui vous l'a dit?

LE CZAR, de même.

Lui-même ! (Tirant le papier de son sein.) Cette preUVC éCI'ile Gt

signée de sa main... Vois plutôt, (u la lui donne.) Quand il pouvait fuir... quand il était hors de danger... risquer i>a vie pour revenir près d'elle... la nuit!

LE CZAR, souriant.

LA CZARINE, de même.

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