‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 3)Chapitre 66 sur 142 · SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI

HORTENSE, assise à gauche et travaillant, D'ANCENIS. d'ancenis, s'approchant d'Hortense.

Ah ! que j'avais raison de croire à mon étoile ! L'orage qui m'a assailli était le présage du beau temps, et le chemin où je me suis égaré me conduisait à la bonne route !

HORTENSE, sans quitter son ouvrage.

Au sein de votre famille.

d'ancenis.

Oui, mademoiselle.

HORTENSE

Vous disiez mieux tout à l'heure ! vous disiez ma cousine!

160 COMÉDIES — DRAMÊTS

d'angenis.

Vous le permettez donc? Vous m'e rendez ce titre?

HORTENSE

Que vous ne méritiez pas ! Car dans ce bal où le hasard nous avait offerts Tunà l'autre, n'avoir pas reconnu, n'avoir pas deviné une amie d'enfance, une sœur !

d'ancenis .

C'est vrai !

HORTENSE, souriant.

Et la voix du sang ?

d'ancenis, de même.

Elle était muette !

HORTENSE

C'était très-mal, monsieur ! le passé était si doux î

d'ancenis, la regardant.

Le présent était si beau ! Et en voyant cette charmante jeune fille, si railleuse et si séduisante, qui troublait et enivrait ma raison, je n'éprouvai là, je m'en accuse, aucuns sentiments de cousin I

HORTENSE

Aucuns sentiments de cousin !

d'ancenis, avec amour.

Ah ! c'était bien mieux !

HORTENSE, se levant et passant à droite.

Tant pis, monsieur ! Car je ne peux, moi, écouter que ceux-là, et encore ! tout au plus.

d'ancenis.

Comment ?

IIORTKNSE.

Je viens d'apprendre par M. de Paimpol qui vous étiez!... IVfais mon pére l'ignore!

IGl

d'ANCENIS, vivement.

Il le sait, ma cousine, il le sait... c'est lui-même qui m'a offert riiospitalité, et bien plus encore.

HORTKNSE .

Quoi donc ?

D'ANCENIS, se reprenant.

Un déjeuner... un excellent déjeuner.

HORTENSE

Ah ! vraiment ! c'est d'autant mieux à mon père qu'il était peu favorablement disposé, car ce matin encore nous parlions de vous...

d'aNCENIS, virement.

Vous parliez de moi ?

HORTENSE

Mais oui, monsieur... il me semble que c'est notre devoir à nous autres femmes... de prêcher dans les familles la paix... la concorde... et l'union.

d'aNCENIS, avec chaleur.

Ah! vous avez raison !... J'ai toujours pensé, et maintenant plus que jamais, que rien n'était plus absurde et plus injuste que les haines de famille.

HORTENSE

Précisément ce que je disais ce matin, à propos des Capulet...

Et des Montaiguî... Parce que si des grands parents se détestent... ce n'est pas une raison... pour que les fils et surtout les cousins suivent leur exemple... et je m'exphque très-bien... je comprends à merveille comment Roméo et Juliette...

HORTENSE

Ce n'est pas là la question.

d'ancenis.

Si, ma cousine... no fût-ce que par esprit d'opposition! Et à plus forte raison quand il y a d'autres motifs... des rencontres qui ne peuvent s'oubiier... quand on a valsé... quand on a causé avec une personne dont la grâce vous attire, dont le sourire vous charme... dont l'esprit vous séduit... dont le souvenir enfin ne vous quitte plus, vous protège, et marche devant vous dans la vie comme votre guide et votre étoile.

(il montre le ciel.)

HORTENSE, souriant.

Mon cousin, vous raisonniez plus sagement au bal, et je vous crois plus fort sur la valse que sur l'astronomie.

(Elle imite le geste de d'Ancenis.]

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