‹ Œuvres complètes: comédies, drames (volume 3)Chapitre 90 sur 142 · DU AME S · texte numérisé non relu

DU AME S

MENZIKOFF

Silence !

OLGA

Et de mademoiselle de La Yallière, une pauvre demoiselle d'honneur qu'il adorait... cela nous intéressait toutes; et de M. de Lauzun, un de ses favoris, si élégant, si brillant !... Ces dames se disaient tout bas que M. de Sapieha lui ressemblait !

MENZIKOFF

Et toi?

OLGA

Moi ! je ne disais rien ! Vous m'avez défendu de lui parler, et même de le regarder... j'y tais mon possible. Mais pourquoi?... je vous le demande !...

MENZIKOFF, se levant et passant à gauclie.

Parce qu'il le faut.

Il doit me prendre pour une ingrate et surtout pour une sotte, ce qui est très-désagréable !

MENZIKOFF, avec impatience.

Qu'importe? puisque tu ne peux être à lui! puisqu'il ne peut t'épouser !... Crois-moi, mon enfant, je n'en suis que trop certain.

OLGA

Oui, mon pùre ! Mais vous vous étiez déjà trompé une première fois, sur son départ! vous pourriez bien vous tromper encore cette fois...

MENZIKOFF

Non!... Et je t'en conjure, Olga, ne parlons plus de lui... (Apros un instant de silence. ) Comment la czarinc est- elle pour toi?

OLGA

La plus gracieuse du monde,., elle m'accable de bontés

LA CZAIUNK

et m'a donné le titre et le rang de première demoiselle d'honneur. Le jour je ne la quitte pas ! et la nuit j'habite près d'elle... dans le pavillon du Sud... aussi, j'excite déjà l'envie de toutes les autres dames, qui prétendent que là, comme ailleurs, notre famille envahit toutes les places. Et moi, je me fais petite et modeste pour me faire pardonner ma faveur... et la vôtre.

MENZIKOFF

Et dis-moi, Olga, puisque tu ne quittes pas la czarine, astu remarqué quelque changement dans son caractère et dans son humeur ?

Un très-grand ! Elle était triste... elle est gaie ! Tout l'importunait, tout lui plaît et l'amuse... Au lieu de vivre isolée et retirée dans ses appartements, ce qui eût été bien ennuyeux pour moi, elle multiplie les bals, les concerts ! Hier soir encore, une fête magnifique... et pour surcroît de plaisir... vous savez que depuis deux jours nous avons un ambassadeur turc. Son Excellence Baltadjy-Mehemet.

MENZIKOFF

Homme de tète et de cœur ! brave général et habile diplomate...

OLGA

Il a pour toutes les demoiselles d'honneur les phrases turques les plus galantes et les présents les plus précieux, mais c'est surtout près de la czarine qu'il redouble de soins et d'attentions!.... Je le regardais hier, car celui-là vous n'3 m'avez pas encore défendu de le regarder, et quand ses yeux se tournaient vers Sa Majesté, ils brillaient d'une expression bien singulière... chez un Turc !...

MENZIKOFF, réfléchissont.

Ah! tu as remarqué...

OLGA

Oui!...

MKNZIKOFF, de inètiie el passant à droite. C'est en effet... extraordinaire... (Après un instant de silence.)

Encore un mot : M. le comte Sapieha...

OLGA, vivement.

C'est VOUS qui en parlez, mon père I ce n'est pas moi !

MENZIKOFF

C'est juste! je m'en accuse... Mais, dis-moi, quel est son air et son maintien auprès de la czarine?...

OLGA

Très-froid et très-respectueux ! ne levant jamais les yeux sur Sa Majesté, qui de son côté le regarde à peine.

MENZIKOFF, après un instant de silence.

C'est bien! Et maintenant, mon enfant, laisse-moi... Eh bien, qu'as-tu donc... tu trembles?...

OLGA, avec embarras et regardant à droite.

Ah ! c'est que...

MENZIKOFF

Qu'est-ce donc?... (n regarde aussi à droite.) CouragC, ma fille... courage... (a part, regardant Olga qui sort par la gauche.) Pauvre enfant! (Regardant Sapieha qui entre.) Ah! il faut qu'il

parte ! il le faut ! pour elle... et pour une auLre encore !

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