SCÈNE IV
VALDÉJA, LE DOMESTIQUE de rhôtei, RODOLPHE.
LE DOMESTIQUE, annonçant.
M. Rodolphe !
VALDÉJA, à part.
Rodolphe I Pour le coup, c'est d'une force d'impromptu 1...
DIX ANS DE LA VIE d'uNE FEMME
(Rodolphe entre, équipé de la même manière que Valdéja; deux épées sous le bras gauche, son chapeau sur la tête, une boîte à pistolets à la main droite ; Valdéja et lui se trouvent face à face près de la porte et •'examinent longtemps. — Le domestique sort.)
VALDÉJA.
Monsieur, j'allais chez vous.
RODOLPHE
Vous êtes Dien honnête; si je l'avais su, je vous y aurais attendu.
VALDÉJA.
Le motif de votre visite, monsieur?
RODOLPHE
Le motif de la vôtre ?
VALDEJA, lui montrant toutes ses armes.
Ces préparatifs-là l'annoncent suffisamment.
RODOLPHE, de même.
Et ceux-là donc, qu'en dites-vous?
VALDÉJA.
Je dis que je les vois sans les comprendre.
RODOLPHE
Alors je vais vous conter cela. (ll dépose ses armes sur la table.)
Allons, faites comme moi, débarrassez-vous du fardeau, (vaidéja l'imite.) Vous dites donc quc VOUS ne comprenez pas?
VALDÉJA.
C'est à ce point que je doute si vous êtes vraiment le Rodolphe que j'allais chercher.
Eh bien ! moi, je suis plus avancé que vous : je suis convaincu que vous êtes le Valdéja auquel je veux avoir affaire.
VALDÉJA, étonné.
Ahl
RODOLPHE
Il n'y a rien de surprenant là-dedans. Mon domestique, qui a vu entrer le vôtre dans cet hôtel, s'est informé à qui appartenait ce brutal de Moscovite ; on vous a nommé, et je viens demander au maître raison de l'outrage de son valet. Oui, monsieur, il s'agit d'abord de me rendre, à l'instant même, le portrait et les lettres enlevés par violence, et de m'accompagner ensuite sur un terrain de votre choix.
VALDÉJA.
Les lettres n'existent plus, je ne saurais vous les rendre ; pour le portrait, je le garde ; et quant à vous accompagner sur un terrain, vous avez pu juger que c'était mon seul désir.
RODOLPHE
A votre tour, m'en direz-vous le pourquoi ?
VALDÉJA.
C'est chose juste et facile. Je suis amoureux de madame Darcey, vous avez été son amant, il faut que je vous tue.
RODOLPHE
Comment dites-vous cela?
Je dis qu'il faut que je vous tue, parce que vous avez été son amant ; êtes-vous sourd ?
RODOLPHE
Non, pardieu ! je vous écoute ; vous pouvez vous flatter d'être un peu étonnant, mon cher monsieur.
VALDÉJA.
Vous trouvez?
RODOLPHE
Ah! VOUS voulez me tuer parce que... ah! ça, bien; mais,
et les autres?
VALDÉJA.
Quels autres?
DIX ANS DE LA VIE d'uNE FEMME
RODOLPHE
Les autres, les tuerez-vous aussi?
VALDÉJA.
Sans nul doute... si je puis les connaître.
RODOLPHE
Ah ! ça devient une Saint-Barthélemy ! Mais comme il ne me conviendrait en aucune façon qu'on me tournât en ridicule ou qu'on se moquât de moi au café Tortoni, nous allons dresser au préalable un petit protocole énonçant clairement les causes de notre conflit ; car je ne me bats pas pour les femmes, moi.
VALDÉJA
U me semble cependant...
RODOLPHE
Je vous demande bien pardon ; mettez à la place du portrait et des lettres que vous m'avez subtilisés tout autre objet à moi appartenant, vous me verriez exactement dans les mêmes dispositions, parce que, quel qu'en fût le motif, l'insulte aurait été la même. Règle générale, voyez-vous : c'est toujours pour moi que je me bats.
VALDÉJA.
Très-bien ! Tenez, il faut que je vous le dise, je regrette de ne pas vous avoir connu dans d'autres circonstances.
RODOLPHE
Ah!
VALDÉJA.
Nous nous serions entendus.
RODOLPHE
Peut-être... car, bien que je vous voie pour la première fois, monsieur Valdéj a, je vous connaissais de réputation ; madame Darcey n'est pas la seule personne de la famille que vous ayez adorée.... et sa sœur Clarisse..