I-ii
VALDÉJA, avec colère.
Monsieur 1
RODOLPHE
Il paraît que vous les aimez toutes ; moi je n'en aime aucune, ce qui revient exactement au même, et c'est en ce point-là que nous nous ressemblons. Je pourrais donc, au sujet de Clarisse, vous confier un secret...
VALDEJA, impérieusement.
Et moi, je vous conseille de ne pas prononcer ce nom devant moi, et de vous taire.
RODOLPHE
Ce serait une raison pour me faire parler ; mais comme en parlant je vous rendrais service, je m'en garderai bien, du moins en ce moment. Vous voudriez peut-être, par reconnaissance, différer le combat , et c'est ce que je n'entends pas.
VALDÉJA.
Ni moi non plus... Partons.
RODOLPHE, se mettant à la table.
Un instant ; il faut auparavant que je rédige le petit protocole.
VALDÉJA, avec impatience.
Eh ! monsieur...
RODOLPHE
Je ne me bats pas sans cela. (Écrivant.) « Afm d'éviter toute interprétation fâcheuse, il est bien entendu de la part... » (Parlant.) Voulez-vous en être, oui ou non, avant que je passe outre !
J'ai mes causes de combat ; elles ne sauraient changer, surtout maintenant.
RODOLPHE
Comme il vous plaira. (Écrivant.) u De la part du sieur Ro-
DIX ANS DE LA VIE d'uNE FEMME ^if^
dolplie, que les motifs qui l'ont porté à provoquer en duel le sieur Valdéja ne sont autres qu'une belle et bonne injure personnelle reçue de ce dernier directement ; qu'en conséquence les femmes n'y sont pour rien. » (Parlant.) Signezmoi cela et approuvez l'écriture.
VALDEJA, avec ironie.
Du moins, monsieur, et pour qu'on vous croie, mettez en tète que ce n'est pas une plaisanterie.
RODOLPHE
La rédaction l'indique suffisamment ; mon caractère bien connu fera le reste.
VALDÉJA, riant.
Ah ! ah !... (ii signe.) Tenez...
RODOLPHE
Maintenant, marchons.
VALDÉJA.
Marchons...
RODOLÇIIE, en montrant les épccs.
Emportons-nous toute cette ferraille ?
Comment nous battrons-nous?
RODOLPHE, avec insouciance.
Comme il vous plaira.
VALDÉJA.
A la rigueur, j'aurais le choix des armes, je vous le laisse.
RODOLPHE
J'ai un faible pour le pistolet... Je suis plus fort à l'épée, cependant; mais au pistolet la besogne est moins fatigante.
VALDÉJA.
Le pistolet, soit.
RODOLPHE
Chactin les nôtres?
VALDÉJA.
J'y consens.
(Rodolphe et Valdéja ont pris chacun leur boite de pistolets.) RODOLPHE.
Dites-moi donc, nous avons l'air de bijoutiers courant la pratique.
Pourquoi non ? La mort est un chaland tout comme un autre, et nos âmes, dit-on, sont des joyaux divins.
RODOLPHE
Vieilles idées sans base et sans soutien.
VALDÉJA.
Pour l'un des deux, monsieur Rodolphe, le doute aura cessé d'exister aujourd'hui!
RODOLPHE
Va comme il est dit 1
(lU sortent.)