‹ Œuvres complètes: comédies, dramesChapitre 102 sur 199 · ÉVRARD, CLARISSE, ALBERT · texte numérisé non relu

ÉVRARD, CLARISSE, ALBERT

CLARISSE, à Evrard.

Eh bien ! mon père, vous voyez qu'il n'y a plus d'inquiétude à avoir. Voilà votre crédit plus solide que jamais, et l'estime publique n'a pas cessé un instant de vous environner.

EVRARD

A qui le dois-je ? au meilleur des hommes ; à mon gendre, à mon fils... car un fils n'aurait pas fait davantage. Vous saurez (et cela vous regarde, mon cher Melville), qu'il n'a voulu rien diminuer de la dot de Clarisse. Elle aura toujours cent mille francs en mariage.

ALBERT

Je vous prie de croire, mon cher oncle, que ma cousine, n'eùt-elle rien, je la préférerais encore à toute autre femme ; car je ne l'ai pas quittée depuis son enfance. Je sais quel trésor de sagesse et de vertu je trouverai en elle. Et alors peu importe sa dot ; ma place et mon travail suffiront toujours à nous faire vivre honorablement. Mais c'est dans un mois à peu près que ce mariage doit avoir lieu ; et, avant d'en fixer le jour, il est une chose dont je voudrais vous parler.

EVRARD

Qu'est-ce donc?

ALBERT

Je n'ose pas, tant que Clarisse est là.

CLARISSE

Moi, mon cousin ?

ALBERT

Et cependant, je le sens, c'est devant elle que je dois vous avouer ce qui cause mes craintes et trouble mon bonheur.

CLARISSE

Eh ! mon Dieu, Albert, qu'y a-t-il?

ALBERT

Je le dirai franchement : je vous aime, ma cousine, je vous aime d'amour, je n'ai jamais aimé que vous et il me semble que cette tendresse, si vive et si brûlante, n'est pas partagée.

EVRARD

Y penses-tu?

ALBERT, vivement à Evrard.

Je connais sa bonté, sa douceur, son amitié... Elle est parfaite avec moi comme avec tout le monde ; cela ne peut pas être autrement... Mais enfin, elle ne m'aime pas comme je l'aime ; je le crains, du moins.

ÉVRARD

Et c'est là ce qui t'inquiète?

ALBERT

Oui, mon oncle.

EVRARD

Eh bien ! tu te trompes, et tu n'as pas le sens commun.

ALBERT

Qu'elle le dise, et je la croirai. Oui, Clarisse, je m'en rapporte à vous maintenant comme toujours ; j'en appelle à votre cœur, à votre franchise... m'aimez-vous?

DIX ANS DE LA VIE. d'UNE FEMME

CLARISSE

Mais oui... mon cousin.

ALBERT

M'aimez-vous d'amour ?

Non, mon cousin.

ALBERT, à Évrard.

Quand je vous le disais !

EVRARD

Et comment veux-tu qu'une jeune fille te rdponde autrement ?

CLARISSE

Vous m'avez demandé de la franchise, Albert, et au risque de vous faire de la peine, je ne devais pas vous tromper. Je vous aime comme mon ami, comme mon frère, comme l'homme que j'estime le plus au monde, et à qui je confierai sans crainte mon avenir et mon bonheur... Ce que vous me demandez viendra sans doute, je le désire, je l'espère ; je n'en veux pour garants que vos bonnes qualités et votre amour... Mais, quoi qu'il arrive, vous aurez en moi une amie sincère, une épouse dévouée... et une honnête femme. Cela peut-il vous suffire? voilà ma main. Je vous la donne devant mon père et devant Dieu, qui entend mes serments.

ALBERT, lui prenant la main.

Ah 1 je suis trop heureux encore 1 j'étais un fou, un insensé...

EVRARD

Non, tu étais amoureux, ce qui revient exactement au môme. Ne parlons plus de cela, et ne songeons qu'à notre réunion d'aujourd'hui, dont je me fais une fête... une petite soirée de famille. Il y a si longtemps que nous ne nous étions trouves tous ensemble. M. et madame Dusseuil viendront.

CLARISSE

Nous aurons mon oncle et ma tante ? Tant mieux 1

EVRARD

Et puis ma fille Adèle que je ne vois presque jamais. Elle me néglige...

CLARISSE

Non, mon père, car la voilà.

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