‹ Œuvres complètes: comédies, dramesChapitre 163 sur 199 · JEAN, MARTHE · texte numérisé non relu

JEAN, MARTHE

JEAN, paraissant au fond, à la porte de la boutique, pendant que le comte monte l'escalier.

Les voici, les voici... c'est superbe à voir, un cortège magnifique... les chefs des corporations avec leurs bannières, et

puis de la musique. (On entend une marche triomphale, et l'on voit paraître la tête du cortège, qui se range au fond du théâtre, dans la rue,

en face de la boutique.) OÙ cst donc notre maître? là-haut, sans doute, (courant à l'escalier. ) Notrc maître, descendez donc!... on vient vous chercher... m'entendez-vous?

MARTHE, paraissant sur l'escalier avec deux garçons de boutique.

Qu'est-ce que tu as encore à crier?

JEAN

Je crie après notre maître.

MARTHE

Il est en bas.

JEAN

Il est en haut.

MARTHE

Je te dis que non.

TOUT LE PEUPLE, en dehors.

Vive Burkenstaff ! vive notre chef!

JEAN

Et il n'est pas là... et on va crier sans lui... (aux deux garçons de boutique qui sont descendus.) VOyez,VOUS autrCS... par-

courez la maison...

LE PEUPLE , en dehors.

Vive Burkenstaff!... qu'il paraisse !... qu'il paraisse 1

BERTRAND ET RATON

JEAN, à la porte de la boutique et criant -

Dans l'instant... on a été le chercher, on va vous le montrer. (Parcourant le théâtre.) Ça me fait mal... ça méfait bouillir le sang...

PLUSIEURS GARÇONS, rentrant par la droite,.

Nous ne l'avons pas trouvé.

d'autres garçons, redescendant du magasin.

Nous non plus... il n'est pas clans la maison.

LE peuple, en dehors, avec des murmures.

Burkenstaff !... Burkenstaff !...

JEAN

Voilà qu'on s'impatiente, qu'on murmure ; et après avoir crié pour lui, on va crier après lui... Où peut-il être?

MARTHE

Est-ce qu'on Taurait arrêté de nouveau?

JEAN

Laissez donc ! Après les promesses qu'on nous a faites 1 (se frappant le front.) Ah ! mon Dicu !.., Ccs soldats que j'ai vus rôder autour de la maison... (courant au fond.) Et la musique du triomphe qui va toujours !... Taisez-vous donc... lime vient une idée... (criant.) C'est une horreur... une infamie !...

MARTHE

Qu'est-ce qui lui prend donc?

JEAN, s'adressant à une douzaine de gens du peuple.

Oui, mes amis, oui, on s'est emparé de notre maître... on s'est assuré de sa personne ; et pendant qu'on vous trompait par de belles paroles... il était arrêté... emprisonné de nouveau... A nous, les amis !

LE PEUPLE, se précipitant dang la boutique en brisant les vitrages da fond.

Nous voici!... Vive Burkenstaff!... notre chef... notre ami...

MARTHE

Votre ami... et vous brisez sa boutique !

JEAN

Il n'y a pas de mal ! c'est de l'enthousiasme... et des carreaux cassés... Gourons au palais!

TOUS

Au palais! au palais!

RANTZAU, paraissant au haut de l'escalier et regardant ce qui se passe.

A la bonne heure, au moins... cela recommence.

TOUS, agitant leurs bannières et leurs bonnets.

A bas Struensée ! Vive Burkenstaff ! qu'on nous le rende ! Burkenstaff pour toujours !

(Tout le peuple sort en désordre avec Jean. Marthe tombe désespérée dans le fauteuil qui est près du comptoir, et Rantzau descend lentement l'escalier en se frottant les mains»)

Page 1