KOLLER, CHRISTINE ET GOELHER
Et quel est-il?
RANTZAU, froidement.
De ne rien faire... c'est ce qu'ils font.
GOELHÏIR.
Eh bien! ils n'ont peut-être pas tort, parce que enfin, quand le peuple aura bien crié...
RANTZ4U.
Il se lassera.
GOELHER.
C'est ce que j'allais dire.
KOLLER
Il fera comme ce matin.
RANTZAU, s'asseyant.
Oh ! mon Dieu, oui.
GOELHER, se rassurant.
N'est-il pas vrai?... Il brisera les vitres, et voilà tout.
KOLLER
C'est ce qu'ils ont déjà fait à tous les hôtels des ministres, (a Gœiher.) aiusi qu'au vôtre, monsieur.
GOELHER.
Eh bien ! par exemple !
RANTZAU
Quant au mien, je suis tranquille ; je les en délie b-ien.
GOELHER.
Et pourquoi cela ?
Parce que, depuis la dernière émeute, je n'ai pas fait remettre un seul carreau aux fenêtres de mon hôtel. Je me suis dit : cela servira pour la première fois.
CHRISTINE, écoutant près de la fenêtre.
Cela se calme, cela s'apaise un peu.
BERTRAND ET RATON
GCELHER.
J'en étais sûr ! Il ne faut pas s'effrayer de toutes ces clameurs-là. Et qu'en dit mon oncle, le ministre de la marine ?
RANTZAU, froidement.
Nous ne l'avons pas vu. (Avec ironie.) Sou indisposition, qui n'était que légère, a pris depuis les derniers troubles un caractère assez grave. C'est comme une fatalité ; dès qu'il y a émeute, il est au lit, il est malade !
GCELHER, avec intention.
Et vous, VOUS vous portez bien ?
RANTZAU, souriant.
C'est peut-être ce qui vous fâche. Il y a des gens que ma santé met de mauvaise humeur et qui voudraient me voir à l'extrémité.
GŒLHËR.
Eh ! qui donc?
RANTZAU, toujours assis et d'un air goguenard.
Eh ! mais, par exemple, ceux qui espèrent hériter de moi.
GOELIIER.
U y en a qui pourraient hériter de votre vivant.
RANTZAU, le regardant froidement.
Monsieur de Gœlher, vous qui, en qualité de conseiller, avez fait votre droit, avez-vous lu l'article 302 du Code danois ?
GOELHER ,
Non, monsieur.
RANTZAU, de même.
Je m'en doutais. Il dit qu'il ne suffit pas qu'une succession soit ouverte... il faut encore être apte à succéder.
Scribe. — • OEuvres complètes. Ire Série. — 2"ie Vol. — 23
GCELHER.
Et à qui s'adresse cet axiome?
RANTZAU, de mémo.
A ceux qui manquent d'aptitude.
GCELHER.
Monsieur, vous le prenez bien haut !
RANTZAU, se levant et sans changer de ton.
Pardon!... Allez-vous demain au bal de la reine?
GŒLHER, avec colère.
Monsieur I...
RANTZAU
Dansez-vous avec elle?... Les quadrilles sont-ils de votre
composition?
GŒLHER.
Je saurai ce que signifie ce persifflage.
RANTZAU
Vous m'accusiez de le prendre trop haut!... Je descends; je me mets à votre portée.
GOELHER.
C'en est trop I
CHRISTINE, près de la croisée.
Taisez-vous donc ! je crois que cela recommence'. (Elle redescend le théâtre.)
GOELHER, avec effroi et remontant le théâtre.
Encore ! Est-ce que cela n'en finira pas?... c'est insupportable I
CHRISTINE
Le bruit redouble 1... tout est perdu !... Ah ! mon père L..
BERTRAND ET RATON