‹ Œuvres complètes: comédies, dramesChapitre 62 sur 199 · DE BLANGY, M. DE COURCELLES · texte numérisé non relu

DE BLANGY, M. DE COURCELLES

M. DE COURCELLES

Ah! madame, comment m'acquitter jamais de ce que je dois à vous et à M. de Bussières?

M™« DE BLANGY, à part.

Pauvre homme 1

M. DE COURCELLES

Je suis si ému que, pour vous remercier, je ne puis trouver de phrases... d'ailleurs, je n'ai jamais su en faire, et j'irai droit au but! A quand la fin du deuil? à quand notre mariage? le jour est-il fixé?

M""® DE BLANGY

Pas encore.

M. DE COURCELLES

Est-ce bientôt?

M™^ DE BLANGY

Non, mon ami; avec vous je dois parler franchement, et je sens là, quoi qu'on ait pu me dire, que je ne suis pas du tout déterminée...

M. DE COURCELLES

Il ne faut pas que cela vous fâche, j'attendrai...

M™® DE BLANGY, avec embarras, et d'un air suppliant.

Non, n'attendez pas.

M. DE COURCELLES

Et pourquoi?

Parce que, décidément, j*ai idée que je ne me déciderai jamais.

M. DE GOURGELLËS.

Vous VOUS trompez.

DE BLANGY

Je ne le pense pas.

M. DE GOURGELLËS.

Je VOUS dis que si... je m'y connais... d'aujourd'hui déjà, et sans que vous vous en doutiez, il y a dans votre état un mieux sensible.

M"® DE BLANGY

Vous croyez?

M. DE GOURGELLËS.

J'en suis sûr, et quoique vous refusiez d'en convenir, votre conversation avec M. de Bussières a avancé mes affaires.

Mme DE BLANGY.

Au contraire.

M. DE GOURGELLËS.

Qu'est-ce que cela signifie?

M™^ DE BLANGY

Gela m'a confirmée plus que jamais dans mon idée de rester libre.

M. DE GOURGELLËS.

Comment, lorsqu'il vous parlait... et de si près... ce n'était pas pour mon compte ?

jime BLANGY, avec embarras.

Il l'avait fait d'abord... et puis...

M. DE GOURGELLËS.

Il a parlé pour le sien?

LES INCONSOLABLES

M™e DE BLANGY.

Pas comme vous l'entendez.

M. DE COURCELLES, brusquement.

11 me semble qu'il n'y a pas deux manières de l'entendre.

M™^ DE BLANGY, vivement.

Si vraiment, vous êtes dans l'erreur. Vous ne savez donc pas qu'il a perdu aussi quelqu'un qu'il aimait, et qu'il aimera toujours?... Et une rencontre pareille, la même situation, le même malheur... c'était charmant! De sorte que du premier moment, du premier coup d'œil, il semblait que depuis longtemps nous nous connaissions tous deux.

M. DE COURCELLES

Vraiment ?

M"^ DE BLANGY

Le malheur vieillit si vite!... Et puis la douleur dispose à l'amitié.

M. DE COURCELLES

De l'amitié ! vous en êtes déjà là?

Mme DE BLANGY.

Eh ! pourquoi pas? Rien que de l'amitié, je vous l'atteste, jamais autre chose.

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