‹ Œuvres complètes: comédies, dramesChapitre 78 sur 199 · ADÈLE, DARCEY · texte numérisé non relu

ADÈLE, DARCEY

DARCEY

Je croyais que nous ne dmerions qu'en famille ; mais je vois que de ton côté tu m'as aussi ménagé une surprise... sans doute quelques amis communs que tu as invités pour le jour de ta fête?

ADELE, avec émotion.

Oui, monsieur, des amies. .

DARCEY

Et lesquelles? à moins que ce ne soit un secret, et alors je n'insiste plus, je ferai même l'étonné, si tu le désires.

ADÈLE, avec crainte.

Peut-être le serez-vous en effet?

Et pourquoi donc, ma chère amie?

ADÈLE

Pourquoi?... (a part.) Allons, et comme Amélie me l'a conseillé, tâchons de vaincre cette sotte timidité.

DARCEY

Achève !

ADELE, avec embarras.

C'est que... je ne sais comment vous l'avouer; mais franchement je n'ai pu m'en défendre ; elles sont venues me demander à dîner.

DARCEY

Et qui donc ?

ADÈLE

Madame de Laferrier et madame Marini.

DARCEY

Tu ne parles pas sérieusement?

ADELE, avec vivacité.

Si, monsieur; je les ai invitées, et maintenant il n'y a plus à s'en dédire, (a part.) Grâce au ciel ! j'ai tout dit, m'en voilà quitte.

DARCEY, avec une colère concentrée.

Adèle !... Adèle ! ton intention n'a pas été de me braver? Tu avais oubhé ma défense, dis-le-moi.

ADÈLE

Non, monsieur ; mais cette défense était injuste et injurieuse pour moi, et ce serait m'humilier à mes propres yeux et aux vôtres que de renvoyer mes meilleures amies.

DARCEY, avec chaleur.

Vos meilleures amies ? Rien au monde ne m'est plus pénible que de vous entendre les appeler ainsi ; mais j'espère que bientôt vous connaîtrez ceux qui vous aiment véritablement.

DIX ANS DE LA VIE d'uNE FEMME

ADÈLE

Ce sont ceux qui me plaignent, ceux qui cherchent à calmer mes souffrances ; à mon tour, je dois les défendre quand on les calomnie, et les préférer à ceux qui ne veulent que m'affliger et me tyranniser.... Le trouvez-vous surprenant ?

DARCEY, avec douleur.

Surprenant! non, Adèle; depuis longtemps il n*y a plus rien qui me surprenne, et l'ingratitude d'une femme ne saurait faire exception....

ADÈLE, avec fierté.

Monsieur !

DARCEY

Pardon... j'ai tort de vous laisser voir ce que je souffre.

ADÈLE

Des reproches! Ai -je trahi mes devoirs?

DARCEY, avec douleur.

Je lui parle de tendresse, elle me parle de devoirs.

ADÈLE, froidement.

Et que voulez- vous de plus? Le reste dépend-il de ma volonté ?

DARCEY, s'éloignant d'elle.

Ah !... qu'il n'en soit plus question! cette épreuve est la dernière. Désormais je ne vous demanderai plus que des devoirs, madame; nous verrons comment vous saurez les rempHr. Le premier de tous était la soumission à mes volontés ; et si vous avez pensé que, dans un jour comme celui-ci, j'oublierais devons le rappeler, vous avez eu tort... Un jour, une heure de faiblesse compromettrait toutes les heures de ma vie, et je ne transige jamais avec ce que je crois raisonnable et nécessaire ; je vais vous le prouver.

ADÈLE

Dieu I ce sont mes amies 1

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