ROBERT, ESTELLE
ESTELLE
Fi ! le vilain avare ! Je suis fâchée, seigneur étranger, de la manière dont on vient de vous recevoir ; mais je suis aussi la maîtresse : ne partez pas, restez ici, et j'aurai soin qu'on vous donne un bon lit et un bon souper.
ROBERT
Vous êtes charmante; mais c'est que j'ai avec moi un camarade. Oreste sans Pylade aime autant ne pas vivre, ce qui veut dire qu'il faudrait à souper pour deux.
LES EMPIRIQUES d'aUTREFOIS
ESTELLE
A la bonne heure, vous l'aurez.
ROBERT
Voilà de la générosité, de la bienfaisance, et je suis curieux de voir ce que dira Gaspard ; car cette fois, j'espère,
c'est sans intérêt... (voyant Estelle qui voudrait et qui n'ose lui parler.) Eh ! mon Dieu ! auriez-vous encore quelque chose à me dire ?
ESTELLE
Oui, sans doute ; mais c'est que je n'ose pas. Puisque vous avez parcouru la France, l'Espagne, et tant d'autres pays dont on n'a jamais entendu parler, dites-moi, monsieur, vous n'auriez pas rencontré, dans le cours de vos voyages, un jeune bachelier nommé Pédrille, qui est sorti du pays pour aller chercher fortune ?
ROBERT
Pédrille ! non vraiment ; et j'en suis désolé, car je comprends... c'était un amoureux.
ESTELLE
AIR de Coraly. (Amédée de Beauplan.)
C'était l'ami de mon enfance, Je l'aimais comme mon cousin; Il partit, et par son absence Il nous causa bien du chagrin.
Loin de nous et dans la détresse On dit qu'il a fini ses jours.
Depuis six ans, je veux sans cesse L'oublier, {Bis.) et j'y pense toujours.
Mon cœur plus docile et plus sage Pourtant y serait parvenu ; Mais d'puis qu'il s'agit d' mariage, Je crois que ça m'est revenu.
Plus mon futur me parle de sa flamme, Plus j' pense à mes premiers amours.
Et lorsqu hélas ! je s'rai sa femme, Je le vois, (Bis.) j'y penserai toujours.
ROBERT
Je m'en étais douté. Pourquoi alors épouser ce seigneur Gregorio ?
ESTELLE
Parce que mes parents sont tous à me répéter que je ne peux pas rester fille ; et alors autant épouser Gregorio qu'un autre, (on entend le tambour.) Ah ! mou Dieu ! c'ost ma proclamation de mariage ! et moi qui m'amuse ici ! Au revoir, monsieur.
(Elle rentre dans la maison.)