‹ Œuvres complètes: comédies, vaudevillesChapitre 115 sur 165 · GASPARD, ESTELLE · texte numérisé non relu

GASPARD, ESTELLE

ESTELLE

Enfin, le voilà parti. Ah ! monsieur le docteur, que vous avez bien fait de ne pas ressusciter son grand- oncle !

LES EMPIRIQUES d' AUTREFOIS

GASPARD

Et pour quelle raison?

ESTELLE

Parce que je vous prierai, si ça ne tait rien, de donner cette place-là à un autre.

GASPARD

Volontiers : c'est notre état.

ESTELLE

Il serait vrai!... ah ! monsieur le docteur, que de bonté, de générosité ! Eh bien ! je vous en supplie, daignez rendre la vie à mon cousin Pédrille.

GASPARD

Le cousin Pédrille... à la bonne heure!... autant lui qu'un autre ; mais il me faut d'abord quelques renseignements sur son compte.

ESTELLE

Il y a bien longtemps, nous nous étions promis de nous aimer toujours... mais il s'est brouillé avec sa famille, avec son oncle; il a quitté ce village, et nous avons reçu la nouvelle qu'il avait été tué.

GASPARD

C'est bien, c'est bien! ce n'est pas là ce qui m'embarrasse; mais est-ce qu'il n'a pas laissé quelque fortune ?

ESTELLE

Non, monsieur.

GASPARD

Il n'a pas quelque héritier direct ou indirect ?

ESTELLE

Aucun f puisqu'il n'avait rien.

Mais, avant de partir, il occupait quelque place, quelque emploi?

ESTELLE

En aucune manière, puisqu'il s'est fait soldat.

GASPARD, à part.

Ah ! diable ! j'ai eu tort de m'avancer, car en voilà un sur lequel il n'y a pas de prise.

ESTELLE

Il avait bien son oncle dont nous parlions tout à l'heure, le seigneur Henriquès, un riche marchand, qui l'a déshérité.

GASPARD; vivement.

Vraiment ? à la bonne heure ! Eh ! mais voilà ce que je vous demande. Et qui est-ce qui en a profité? à qui sa part est-elle revenue?

ESTELLE

A moi, monsieur, à moi, qui suis prête à tout lui rendre. J'y renonce, pourvu que je le revoie encore une seule fois. Oui, monsieur le docteur, la moitié de ce que je possède est à mon cousin, mais l'autre moitié...

GASPARD

Eh bien?

ESTELLE

L'autre moitié est à vous si vous le rendez à la vie.

GASPARD

Que dites-vous?... Moi, je pourrais accepter... Non, mon enfant... vous, au moins, vous êtes noble et généreuse; vous avez un bon cœur, (a part.) Voilà la première, et cela fait plaisir, (se reprenant.) Mais ça me met dans un fameux embarras.

ESTELLE

Alh : Depuis longtemps j'aimais Adèle.

Comment jamais peindr* ma reconnaissance?

GASPARD

Daignez m'écouter, mon enfant.

LES EMPIRIQUES d'aUTREFOIS

ESTELLE, à part.

Ah! mon Dieu! je crois qu'il balance...

(a Gaspard.) Vous me l'aviez promis pourtant.

A votre cœur si je n' peux m' faire entendre, Si ce n'est pas assez de tous mes biens, Pour ajouter aux jours qu'on va lui rendre. S'il le faut, prenez encor des miens.

GASPARD, essuyant une larme.

Ahl c'en est trop!...

ESTELLE, vivement.

Vous êtes attendri, vous cédez... Je vais prévenir ma famille, nos parents, nos amis; car vous sentez que je ne peux plus épouser Gregorio, que tout est rompu... Ah bien, oui ! qu'est-ce que diraitmon cousin? Adieu, monsieur le docteur... Çà ! ne tardez pas, n'est-il pas vrai?... Tâchez qu'on ne fasse pas attendre, et que ça commence tout de suite.

(Elle rentre dans la maison.)

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