SCÈNE IV
LAPIERRE, RINVILLE.
RINVILLE, à la cantonade.
Oui, vous pouvez le mettre à l'écurie, car je reste ici. (a Lapierre.) M. Dcrvièrc, votro maître?
LAPIERRE
Est-ce qu'on ne vous a pas dit en bas?...
RINVILLE.
On m'a dit qu'il y était.
LAPIERRE
Ah ! mon Dieu ! je vous demande bien pardon de ce qu'ils ne vous ont pas renvoyé; c'est ma faute, je ne les avais pas encore prévenus. C'est que, voyez-vous, monsieur, je vais vous expliquer : notre maître y est bien, mais mademoiselle a dit de dire qu'il n'y était pas; et ici on obéit de préférence à mademoiselle.
RINVILLE.
C'est juste, c'est dans Tordre. L'on m'a déjà parlé de la faiblesse de ce bon M. Dervière pour son unique enfant.
AIR : Le luth galant qui chanta les amours.
Loin de blâmer une aussi douce erreur.
Elle me plaît et sourit à mon cœur.
Admirant le premier les héros qu'il fait naître, L'artiste aime le marbre auquel il donna l'être;
LES PREMIÈRES AMOURS
Le père aime l'enfant qu'il a créé... peut-être! Amour-propre d'auteur!
(il donne de l'argent à Lapierre.)
Vois cependant s'il n'y aurait pas moyen d'obtenir de Ion maitre un moment d'entretien; quand je devrais l'attendre ici seul, cela m'est égal.
LAPIERRE, tenant l'argent.
Il est de fait que monsieur y va franchement. Je vais dire à un de mes camarades; car moi, voyez-vous, je suis pressé; il faut que je monte à cheval à l'instant même, pour porter celte lettre au château de Rinville.
RINVILLE.
A Rinville? j'y retourne aujourd'hui; et si cette lettre est pour le maître du château?...
LAPIERRE
Précisément.
RINVILLE.
Je me charge de la lui remettre.
LAPIERRE
Pardi, monsieur, c'est bien honnête à vous. Vous m'épargnez là une course qui ne me plait guère. En revanche, je vais tâcher de faire votre commission, et d'envoyer ici M. Dervière, sans que mademoiselle me voie.
(il sort.)