‹ Œuvres complètes: comédies, vaudevillesChapitre 129 sur 165 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Les mêmes; EMMELINE.

EMMELINE, sans voir d'abord Rinville.

Mon papa ! mon papa ! qu'est-ce que cela veut dire ? je suis tout émue, toute tremblante; il y a en bas un homme qui demande à vous parler.

DERVÎÈRE.

Et qui donc encore ?

EMMELINE

Un étranger, un Allemand, M. Zacharie; il m'a annoncé que mon cousin allait peut-être arriver.

LES PREMIÈRES AMOURS

RINVILLE, à part.

Me voilà bien.

EMMELINE

Et c'est pour cela qu'auparavant il veut, dit-il, vous parler, à vous, pour une affaire qui concerne votre neveu, M. Charles.

DERVIERE, se retournant vivement, à RinviUe.

Pour toi? (Se reprenant.) Dicu! qu'ai-jc fait 1

EMMELINE

Ah ! mon Dieu I qu'avez-vous dit ?

DERVIERE, cherchant à se mettre devant RinviUe,

Rien, mon enfant, rien, je te prie... Je parlais à monsieur, qui est un étranger, et qui se trouvait là par hasard.

Non, non vraiment, vous me trompez ; ce que vous lui disiez tout à l'heure, votre trouble, votre embarras, ses yeux fixés sur les miens ; c'est ainsi qu'il me regardait, (courant à lui.) Charles, c'est toi !

DERVIERE.

La ! elle l'a reconnu.

EMMELINE et RINVILLE.

AIR de Jeannot et Colin.

Beaux jours de notre enfance, Vous voilà revenus.

EMMELINE

C'est lui ! de sa présence Tous mes sens sont émus.

RINVILLE.

De sa douce présence Que mes sens sont émus !

EMMELINE et RINVILLE.

Beaux jours de notre enfance, Vous voilà revenus.

EMMELINE

Comment ! c'est toi ? que je te regarde encore ! c'est que vraiment il est bien changé, n'est-ce pas, mon papa? Mais c'est égal, c'est toujours la même physionomie, et surtout les mêmes yeux, ces choses-là restent toujours ; et vous, monsieur, comment me trouvez-vous?

RINVILLE.

Plus jolie encore que je ne croyais ! au point qu'il me semble vous voir aujourd'hui pour la première fois.

EMMELINE

Vraiment I ah! dame, je ne suis pas changée comme vous,

RLN VILLE.

Et vous m'avez reconnu ?

EMMELINE

Sur-le-champ ; d'abord rien qu'en entrant et sans savoir pourquoi, j'étais un peu agitée, c'était un pressentiment qui me disait : Il est là.

DERVIÈRE.

Pour moi, je n'ai eu aucun pressentiment; et s'il ne m'avait pas dit son nom en toutes lettres...

EMMELINE

Vous! mais moi, c'est bien différent; il est des sympathies qui ne trompent jamais ; et si ma pauvre tante Judith était là, elle vous expHquerait... Mais j'oublie ce monsieur qui est en bas, et qui avait l'air si impatient.

DERVIÈRE.

Je vais le conduire dans mon cabinet, (a Rinvnie.) et, puisque tu ne connais point ce M. Zacharie, voir quelles sont ces affaires qui peuvent te concerner. (Le conduisant à gauche du théâtre.) Je te laissc avec ma fille, avec ta cousine, sur la foi des traités; et j'espère bien que tu ne lui parleras pa? d'amour, tu m'en donnes ta parole ?

Je vous jure que Charles ne lui en dira pas un mot.

LES PREMIÈRES AMOURS

DERVIÈRE.

C'est bien ! je suis tranquille, et même si tu trouvais moyen de lui déplaire et de l'éloigner de toi, cela ne serait pas mal, cela irait à notre but.

RIN VILLE

Fiez-vous à moi, j'arrangerai cela pour le mieux.

(Dervière sort.)

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