‹ Œuvres complètes: comédies, vaudevillesChapitre 130 sur 165 · SCÈNE VIIL RINVILLE, EMMELLNE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIIL RINVILLE, EMMELLNE

RINVILLE, à part.

J'avoue que pour une première entrevue la situation est originale.

EMMELINE

Eh bien ! Charles, te voilà donc de retour ?

RINVILLE.

Oui, mademoiselle.

EMMELINE

Blademoiselle ! ne suis-je pas ta cousine ?

RINVILLE.

Si, ma jolie cousine, me voilà auprès de vous, c'est tout ce que je désirais.

EMMELINE

Auprès de vous ! comment ! Charles, tu ne me tutoies plus ?

RINVILLE.

Je n'osais pas, mais si tu le veux?...

EMMELINE

Sans doute, entre cousins, oii est le mal? n'était-ce pas ainsi avant ton départ ?

RINVILLE.

Oui, certainement.

EMMELINE

Que de fois je me suis rappelé ce temps-là ! les souvenirs d'enfance ont quelque chose de si vrai et de si touchant ! Te souviens-tu comme nous étions gais, comme nous étions heureux! et ma pauvre tante Judith, comme nous la faisions enrager ! A propos de cela, monsieur, vous ne m'en avez pas encore parlé.

RIN VILLE

C'est vrai, cette pauvre femme; elle doit être bien vieille?

EMMELINE

Gomment ! bien vieille ! mais elle est morte depuis trois ans.

RINVILLE, à part.

Ah ! mon Dieu î

EMMELINE

Est-ce que vous ne le saviez pas ?

RINVILLE.

Si vraiment, mais je voulais dire que maintenant elle serait bien vieille.

EMMELINE

Pas tant; mais te souviens-tu quand, sans lui en demander la permission, nous allions à la ferme chercher de la crème ? c'était toi qui en mangeais le plus.

RINVILLE.

C'était toi. '

EMMELINE

Non, monsieur; et ce jour où nous avons été surpris par Forage ?

RINVILLE.

Dieu ! avons-nous été mouillés !

EMMELINE

A Tabri de ton carrik, que tu avais étendu sur moi... car tu étais Paul.

LES PREMIÈRES AMOURS

RIN VILLE

Et toi Virginie.

EMMELINE

C'est charmant; il n'a rien oublié !... Et le soir, te souviens-tu quand nous jouions aux jeux innocents ? mais dans ce temps-là déjà vous étiez bien hardi.

RINVILLE.

Vraiment !

EMMELINE

Oui, oui, je me rappelle ce baiser que vous m'avez donné; mais ne parlons plus de cela.

RINVILLE.

Au contraire, parlons-en ; comment ! un baiser I

EMMELINE

Oui, là, sur ma joue; tu ne te rappelles pas que je me suis fâchée, et que je t'ai dit : « Charles, finissez, je le dirai (( à ma tante. » Mais je ne lui ai jamais rien dit,

RINVILLE.

Oui, oui, je me rappelle maintenant... je crois même que le lendemain j'ai recommencé.

EMMELINE

Non, monsieur, du tout ; puisque c'était la veille de votre départ.

RINVILLE, à part.

Je respire, car j'avais peur d'avoir été trop hardi.

C'est le lendemain de ce jour-là que tu es parti. Et tu te rappelles bien ce que nous nous sommes promis en nous quittant ?

RINVILLE.

Oui, sans doute.

EMMELINE, regardant en l'air.

Vous savez bien, là-haut?

RINVlLLE, inquiet, et regardant comme elle.

Oui, là-haut, je me rappelle.

EMMELINE

Eh bien ! monsieur, je n'y ai pas manqué une seule fois ; et vous ?

RINVlLLE.

Ni moi non plus, (a part.) Que diable cela peut-il être ?

EMMELINE

Et toutes vos autres promesses, les avez-vous tenues de même ?

RINVlLLE.

De même, je vous le jure.

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