‹ Œuvres complètes: comédies, vaudevillesChapitre 140 sur 165 · SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI

EMMELINE, puis CHARLES.

Ah ! mon Dieu ! voici ce M. de Rinville ; je vais tout lui avouer.

CHARLES, entrant par le fond, à la cantonade.

Comme VOUS dites, sans façons; allez à vos affaires ; (a part.) je puis maintenant attendre le dîner; car j'ai bu et mangé, toujours incognito ; le cher oncle est entraîné, je le tiens ; et si je puis détacher de moi ma petite cousine, et la faire renoncer à nos anciens serments, mon pardon est assuré.

EMMELINE, timidement.

Monsieur...

CHARLES, l'apercevant.

Mille excuses, mademoiselle, auriez-vous à me parler?

EMMELINE

Oui, monsieur, mais je n'ose pas.

CHARLES, à part.

Ail! mon Dieu ! est-ce que, malgré moi, l'effet seul de rextérieur|... (Haut.) C'est probablement au sujet de ce mariage...

EMMELINE

Qui me rendrait bien malheureuse, car j'en aime un autre.

CHARLES, à part.

Dieu ! comme ça se rencontre ! (Haut.) Achevez, mademoiselle, ne craignez rien, cet autre que vous aimez...

EMMELINE

Est un ami d'enfance ; c'est mon cousin Charles.

CHARLES, à part.

Ah ! diable, voilà qui va mal 1 (Haut.) Votre cousin Charles, celai avec qui vous avez été élevée ?

EMMELINE

Oui, monsieur.

CHARLES

Celui qui est parti depuis huit ans? un joli garçon ?

EMMELINE

Oui, monsieur.

CHARLES, à part.

C'est bien moi, il y a identité ; je ne sais plus comment je vais sortir de là. (Haut.) Quoi ! mademoiselle, vous y tenez encore? Vous l'aimez toujours?

EMMELINE

Puisque je le lui avais promis,

CHARLES

Certainement, pour quelques personnes, c'est une raison; mais c'est que Charles, de son côté, n'y a peut-être pas mis une constance aussi obstinée ; d'abord, j'ai appris de bonne part qu'il a fait ce que nous appelons des folies.

Je le sais.

LES PREMIÈRES AMOURS

CHARLES

Il a fait des dettes.

EMMELINE

Peu m'importe I

CHARLES

Il est devenu mauvais sujet.

EMMELINE

Ça m'est égal.

CHARLES, à part.

Alors, il n'y a pas moyen de la détacher, à moins de risquer le dernier aveu, (a Emmeiine.)yoyez-vous, mademoiselle, moi, j'ai beaucoup connu votre cousin Charles ; je l'ai vu dans mes voyages ; un aimable cavalier, de la grâce, de la sensibiUté, peut-être trop, parce que son imagination, exaltée par une éducation romanesque. Fa entraîné, comme je vous le disais, dans des fredaines, toujours aimables, mais quelquefois trop fortes, et la dernière entre autres, dont j'ai été témoin...

EMMELINE

Que dites-vous? serait-ce cette aventure dont ce matin on nous faisait un mystère?

CHARLES

Précisément; il n'a pas encore osé en parler à son oncle, ni à personne de la famille ; et il ne sait même comment l'avouer ; mais si vous daignez l'aider, et vous joindre à lui, pour obtenir sa grâce...

EMMELINE

Parlez; que faut-il faire? Je veux tout savoir.

CHARLES, à part.

Dieu! l'excellente cousine! (Haut.) Vous saurez donc que Charles a connu à Besançon une jeune et jolie personne, nommée Paméla, qui, de son état, était couturière.

SCRIBF. — Œuvres complètes. lime Série. — 14Tie Vol. — 19

EMMELINE

Gomment! monsieur?

CHARLES

Elle exerçait la couture; mais elle n'y était pas née; elle était d'une excellente famille, une famille anglaise, que l'on ne connaît pas, et qui avait eu des malheurs.

EMMELINE

Dieu! qu'est-ce que j'apprends là?

CHARLES

Voir Charles et l'aimer fut pour elle l'effet d'un instant. Charles était vertueux, mais il était sensible, et Paméla, dans son désespoir, voulait mettre fin à son existence. Déjà l'arme fatale était levée sur son sein ; c'était une paire de ciseaux que je crois voir encore, grands dieux!... Il fallait qu'elle fût unie à Charles, ou qu'elle cessât d'exister.

EMMELINE

Eh bien?

CHARLES

Eh bien! elle existe encore.

EMMELINE

0 ciel! achevez. Charles l'aurait épousée!

CHARLES

Pour lui sauver la vie, seulement.

EMMELINE

Grands dieux ! il se pourrait ! le monstre, le perfide!... (Appelant.) MoH père, mon père, où ôtes-vous?

CHARLES

Prenez garde, des ménagements; il faudrait quelque moyen adroit pour lui dire...

EMMELINE

Ne craignez rien. Mon père ! ah 1 vous voilà.

LES PREMIÈRES AMOURS

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